‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 423 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Autcuil, le 2 Juin 1700.

Vous excusez, monsieur, si aisément mes fautes, que je ne crains presque plus de faillir, et que je ne me crois pas même obligé de vous faire des excuses d'avoir été si longtemps sans me donner l'honneur de vous écrire. J'en aurais pourtant d'assez bonnes | à vous alléguer, puisqu'il est certain que j'ai été malade assez longtemps , et que j'ai eu plusieurs affaires plus occupantes mêmes que la maladie.

Enfin m'en voilà sorti, et je puis vous parler. Je vous dirai donc, monsieur, que j'ai reçu votre dernier présent avant votre dernière lettre , et que j'avais même lu votre livre avant que de l'avoir reçu. J'ai été pleinement convaincu de la noblesse de messieurs les avocats de Lyon, par les preuves qui y sont très-bien énoncées , et encore plus par la noblesse du cœur que je remarque en vos actions, et en vos libéralités, qui sont sans fin.

Je suis ravi de l'académie qui se forme en votre ville. Elle n'aura pas grand peine à surpasser en mérite celle de Paris , qui n'est maintenant composée, à deux ou trois hommes près , que de gens du plus vulgaire mérite, et qui ne sont grands que dans leur propre imagination. C'est tout dire qu'on y opine du bonnet contre Homère et Virgile, etsurtout contre le bon sens, comme contre un ancien, beaucoup plus ancien qu'Homère et Virgile. Ces messieurs y examinent présentement l'Aristippe de Balzac; et tout cet examen se réduit à lui faire quelques misérables

1 Louis de Coureillon de Dangeau, de l'Académie française, Dé en iui:s, mort en 1723, frerc de celui a qui la satire v est adressée. Son mérite personnel, et le nom qu'il s'était fait parmi les gens de lettres, et comme leur ami, et comme leur défenseur, lui ouvrirent Les portes de l'Académie française.

critiques sur la langue , qui est juste l'endroit par ou cet auteur ne pèche point. Du reste, il n'y est parlé ni de ses bonnes ni de ses méchantes qualités. Ainsi, monsieur, si dans la vôtre il y a plusieurs gens de votre force , je suis persuadé que dans peu ce sera à l'Académie de Lyon qu'on appellera des jugements de l'Académie de Paris. Pardonnez-moi ce petit trait de satire, et croyez que c'est de la manière du monde la plus sincère que je suis....

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