‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 425 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Auteuil , 12 juillet 1700.

Je vous écris d'Auteuil, où je suis résidant à l'heure qu'il est; ainsi je ne puis pas revoir votre précédente lettre que j'ai laissée à Paris, et je ne me ressouviens pas trop bien de ce que vous me demandiez sur YHistoria flageUantium 2. Je ne tarderai pas à y aller, et aussitôt je m'acquitterai de ce que vous souhaitez.

Pour ce qui est de la loterie, je vous ai fait réponse par la lettre que vous devez avoir reçue de moi , et vous y ai marqué le peu d'inclination que j'ai maintenant à donner rien au hasard de la fortune, qui, à mon avis, n'a déjà que trop de puissance sur nous, sans que nous allions encore lui donner de nouveaux avantages en lui portant notre argent. Si vous jugez néanmoins qu'on souhaite fort à Lyon quejemetteà cette loterie, je suis trop obligé à votre ville pour lui refuser cette satisfaction ; et vous pourrez y mettre quatre ou cinq pistoles pour moi, que je vous rendrai par la première voie que vous me marquerez. Je les regarderai comme données à Dieu et à l'hôpital.

Je voudrais bien pouvoir trouver de nouveaux termes pour vous remercier du nouveau présent que vous m'avez fait; mais vous m'en avez déjà fait tant d'autres, que je ne sais plus comment varier la phrase.

Il parait ici une traduction en vers du premier livre de l'Iliade d'Homère, qui, je crois, va donner cause gagnée à M. Perrault.

Avocat, chargé à Paris des affaires de la ville de Lyon. Ouvrage de l'abbé Boileau, frère de Despréaux

Di magni , horribilem et sacrum libellum * ! Je crois qu'en la mettant dans les seaux pour rafraîchir le vin , elle pourra suppléer au manque de glace qu'il y a cette année. En voilà le troisième ou le quatrième vers ; c'est au sujet de la colère d'Achille :

Et qui , funeste aux Grecs , fit périr par le fer Tant de héros. Ainsi l'a voulu Jupiter.

Nevoilà-t-il pas Homère un joli garçon? Cette traduction est cependant de M. l'abbé Régnier-Desmarets, de l'Académie française, qui la donne au public , dit-il , pour faire voir Homère dans toute sa force2. Avant que de l'imprimer, il me l'apporta manuscrite pour l'examiner, et il m'en lut quelques vers. Comme je les trouvai extrêmement plats, je lui dis qu'il n'avait point rendu ce feu et ce sublime qu'Homère respirait partout, et que j'avais tâché d'exprimer dans tous les passages que j'ai traduits d'Homère. Je lui citai pour exemple ces vers qui sont cités par Longin :

L'enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie ; Pluton sort de son trône , il pâlit , il s'écrie , etc.

M. l'abbé Régnier me ditalors qu'il n'y avaitpointde page, dans sa traduction d'Homère, qui ne contînt plusieurs vers de la même force et de la même élévation que ceux-là, et qu'il me priait de corriger le reste. « Ah ! monsieur, lui répondis-je , après cela je « n'ai plus rien à vous dire. Corriger de pareils vers! « cela ne se peut corriger qu'avec la bouteille à l'en- « cre , etc. »

On me vient quérir pour aller à un rendez-vous que j'ai donné. Ainsi vous trouverez bon que je me hâte de vous dire qu'on ne peut pas être plus que je le suis....

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