‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 427 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Paris , 8 septembre 1700.

Je souhaiterais que ce fdt par oubli que vous eussiez tardé à me répondre, parceque votre négligence serait une autorité pour la mienne, et que je pourrais vous dire : Tu igitur unus es ex nostris. J'ai reçu vos quatre billets de loterie. Vous m'avez fait grand plaisir d'associer mon nom avec le vôtre, et il me semble que c'est déjà un commencement de fortune qui vaut mon argent. On ne peut être plus touché que je le suis des bontés qu'on a pour moi dans votre illustre ville. Témoignez bien à vos messieurs la reconnaissance que j'en ai, et assurez-les que, bien qu'il n*y ait pas peut-être d'homme en France si parisien que moi , je me regarde néanmoins comme un habitant de Lyon, et par la pension quej'y touche, et par les honnêtetés que j'en reçois.

L'édition dont vous me parlezdans votre lettre est déjà commencée, et j'en ai revu ce matin la sixième feuille. Toutes chosesy seront dans l'ordre que vous souhaitez. I/edition en grand sera magnifique, et on fait présentement trois nouvelles planches pour mettre au Lutrin dans la petite, où il y aura une estampe a chaque chant. Le Faux honneur y fera la onzième satire , et j'espère qu'elle ne vous paraîtra pas plus mauvaise que lorsque je vous en récitai les premiers vers. J'y parlede mon procès sur la noblesse d'une manière assez noble, et qui pourtant ne donnera aucune occasion de m'accuser d'orgueil. Pour les autres ouvrages que j'ajouterai , je ne puis vous

1 Ce poème latin du père Frllon n'a pas été publié; mais le recueil déjà cité ; Poemata dideucalica) en renferme un sur le même sujet, par le P. Lefèbvre, t. I, p. 330.

' Sot V Aimant et sur le Café.

1 Horace, li\. I, sat. x , v. 89.

en rendre compte présentement , parce que je ne le sais pas encore trop bien moi-même.

Vos remarques sur l'Iliade de M. l'abbé Régnier sont merveilleuses; et on ne peut pas avoir mieux conçu que vous avez fait toute la platitude de son style. Est-il possible qu'il ait pu ne point s'affadir lui-même en faisant une si fade traduction ? Oh ! que voilà Homère en bonnes mains? Les vers que vous m'en avez transcrits " m'ont fait ressouvenir de ces deux vers de M. Perrin , qui commence ainsi sa traduction du second livre de l'Enéide : pour rendre : « Conticuêre omnes , intentique ora tenebant : u

Chacun se tut alors, et l'esprit rappelé Tenait la bouche close et le regard collé.

Voilà , si je ne me trompe , le modèle sur lequel s'est forcé M. l'abbé Régnier, aussi bien que sur ces deux vers de la Pucelle :

O grand cœur de Dunois , le plus grand de la terre ,

Grand cœur, qui dans lui seul deux grands amours enserre.

Je suis bien fâché de la mort de M. Perrachon : mais je ne saurais lui faire d'autre épitaphe que ces quatre vers de Gombauld :

Colas est mort de maladie; Tu veux que je plaigne son sort :

Que diable veux-tu que j'en die?

Colas vivait, Colas est mort.

Adieu, monsieur ; aimez-moi toujours, et croyez que je suis parfaitement....

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