‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 428 sur 672 · BROSSETTE A BOILEAU · texte numérisé non relu

BROSSETTE A BOILEAU

Lyon, 20 septembre 1700.

Monsieur, L'attention obligeante avec laquelle vous avez la bonté de m'écrire depuis quelque temps commen- e à me faire perdre tout le mérite de mon exactitude. Vous ne voulez rien me devoir en cette rencontre; et quoique vous ayez tant d'autres avantages sur moi, vous m'enviez encore celui d'être plus diligent que vous. Ne vous embarrassez point de me faire tenir l'argent (jue j'ai mis pour vous à notre loterie,

' Dans sa lettre du I" .septembre. Les Toici :

L'arc et la trousse nu ilo* . M>n mouvement r.iphle Fait craqueter les traits dans sa trousse homicide.

Consultons un devin . un prêtre , un Intcrj reta Des songes.) ar souvent

Car je ne prétends pas 'le nos travaux soufferts Seul n'avoir aucun priv ; et le mien je le perds.

Par ses beaux cheveux blonds , la déesse guerrière, \ bible pour lui seul , le saisit par derrière.

1 II que je hisse . interrompit Achille . Bien Indigne . bien lâche et .l'une tme Me n \ lie . Tour le céder. Commande ans autres à ton pre; A mot, non : car jamais )e ne t'obélral

parce que je compte beaucoup sur votre bonheur; et j'espère que nous y ferons fortune. En ce cas-là, ce sera moi qui vous enverrai de l'argent.

Nous attendons avec impatience l'édition de vos ouvrages , avec les pièces nouvelles que vous y ajouterez. Je m'en fais une grande idée sur l'ordre que vous y mettez, et sur les ornements de gravure dont vous la faites embellir. Puisque vous y faites graver des planches nouvelles , je voudrais bien que vous fissiez changer le dessin de celle qui est au Traité du Sublime, dans laquelle il me paraît que la figure de l'orateur (c'est sans doute Périclès) qui déclame devant tout ce peuple , n'a pas un air assez grand ni assez majestueux pour donner une belle idée de cette éloquence sublime et victorieuse. La vivacité de cet orateur est très-bien marquée par la foudre dont il est armé ; mais il faudrait, ce me semble, que ce feu parût un peu plus dans la disposition , dans l'attitude et dans les avantages qu'on devrait lui donner sur les personnes qui l'écoutent attentivement. L'effet surprenant de son discours doit aussi être exprimé sur le visage et dans le maintien des auditeurs. Enfin, il me paraît en général qu'il n'y a pas assez de feu, ni assez dévie, s'il est permis de parler ainsi , dans le dessin de cette estampe, non plus que dans la plupart des autres qui sont dans votre livre. J'en excepte pourtant les trois planches du Lutrin, etsurtoutcelle du troisième chant, qui est mieux exécutée que les autres. Voilà mes réflexions , monsieur, et c'est à vous à les rectifier. Je ne saurais assez vous exprimer l'empressement que cette édition excite parmi ceux de nos citoyens qui ont du goût et delà délicatesse.

On se divertit ici de la traduction de l'Iliade par M. Régnier. Je ne mets aucune différence entre cette traduction et la Pucellede Chapelain. Outre les deux vers que vous m'avez cités de ce dernier poème, aviezvous remarqué ceux-ci , qui sont au milieu du cinquième livre ?

Du sourcilleux château la ceinture terrible Borde un roc escarpé, haulain, inaccessible, Où mène un endroit seul ; et de ce seul endroit Droite et roide est la côte , et le sentier étroit.

Dites-moi, je vous prie , monsieur, si ce ne sont pas ces quatre vers qui ont servi de modèle pour faire ceux-ci, qui sont si fameux ?

Droits et roides rochers , dont peu tendre est la cime, De mon flamboyant cœur Pàpre état vous savez ; Savez aussi , durs bois , par les hivers lavés , Qu'holocauste est mon cœur pour un front magnanime.

Après une si belle et si naturelle imitation, je n'oserais vous parler des vers de l'abbé Perrin , qui ,

pour tourner procumb it hum i bos « , dit brusquement : Et tombe à bas le bœuf; mais tous ces gens-là n'étaient que des apprentis en comparaison de l'auteur du poème que je vous envoie avec cette lettre. Il n'y a pas à choisir dans le poème de la Magdeleine* ; tout y est égal , c'est un original incomparable. Je souhaiterais que vous ne l'eussiez pas encore vu, afin qu'il eût pour vous le charme de la nouveauté, outre celui du ridicule ; c'est du vrai burlesque sérieux. En parcourant ce livre , avant que de vous l'envoyer, dupliciter delectatus sum, comme dit Cicéron, et quod ipse risi, et quàd intellexi tejam posse ridere*.

Aimez-moi toujours un peu, je vous prie, et croyez que j'ai pour vous la tendresse la plus respectueuse. Je suis , etc.

Paris , 6 décembre 1700.

Je suis ressuscité, monsieur, mais je ne suis pas guéri ; et il m'est resté une petite toux qui ne me promet rien de bon. La vérité est pourtant que je ne laisse pas de me remettre , et que ce n'est pas tant la maladie qui m'a empêché de répondre sur-lechamp à vos deux lettres, que l'occupation que me donnent les deux éditions qu'on fait tout à la fois en grand et en petit de mes ouvrages, et qui seront achevées, jecrois, avant le carême. J'ai envoyé surle-champ votre lettre cachetée à M. de Lamoignon; mais en la cachetant, je n'ai pas songé que vous me priiez de la lire, et je ne l'ai en effet point lue : ainsi je ne puis pas vous donner conseil sur votre préface. Cela est fort ridicule à moi ; mais il faut que vous excusiez tout d'un poète convalescent et employé à faire réimprimer ses poésies. Du reste, vous verrez mon exactitude par la prompte réponse qu'il vous a faite, et que vous trouverez dans le même paquet que celui de ma lettre.

Je ne suis pas fort en peine du temps où se tirera votre loterie, et je ne suis pas assez fou pour me persuader qu'en quatrecoups j'amènerai raflede six. Ce qui m'embarrasse, c'est comment je vous ferai tenir les quatre pistoles que je vous dois , et que j'aurais bien voulu vous donner avant que la loterie fût tirée , c'est-à-dire avant que je les eusse perdues ; faites-moi donc la faveur de me mander ce qu'il faut faire pour cela. Adieu , monsieur; trouvez bon que,

• Virgile, Énéid. v, v. 482.

' La Magdeleine au désert de la Sainte-Baume en Provence, poème spirituel et chrétien, par le P. Pierre de Saint' Louis, religieux carme.

3 Épitre. xx, liv. IX, à Papirms Petus.

pourproGterde vos bons conseils grecs et français, je ne m'engage point dans une plus longue lettre , et que je me contente de vous dire très-laconiquement et très-sincèrement que je suis....

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