POUR LA VICOMTESSE D'AUCHY
Laisse-moi, raison importune, Cesse d'affliger mon repos , En me faisant mal à propos Désespérer de ma fortune :
Tu perds temps de me secourir, Puisque je ne veux point guérir.
Si l'Amour en tout son empire , Au jugement des beaux esprits , N'a rien qui ne quitte le prix A celle pour qui je soupire , D'où vient que tu me veux ravir L'aise que j'ai de la servir?
A quelles roses ne fait honte De son teint la vive fraîcheur?
Quelle neige a tant de blancheur, Que sa gorge ne la surmonte?
Et quelle flamme luit aux cieux Claire et nette comme ses yeux ?
Soit que de ses douces merveilles Sa parole enchante les sens, Soit que sa voix de ses accents Frappe les cœurs par les oreilles , A qui ne fait-elle avouer Qu'on ne la peut assez louer?
Tout ce que d'elle on me peut dire, C'est que son trop chaste penser, Ingrat à me récompenser, Se moquera de mon martyre ; Supplice qui jamais ne faut 2 Aux désirs qui volent trop haut.
Je l'accorde , il est véritable , Je devais bien moins désirer; Mais mon humeur est d'aspirer
' Racan croit que Malherbe tit ces stances pour lui-même. ? VV manque.
Où la gloire est indubitable.
Les dangers me sont des appas :
Un bien sans mal ne me plaît pas.
Je me rends donc sans résistance A la merci d'elle et du sort ; Aussi bien par la seule mort Se doit faire la pénitence * D'avoir osé délibérer Si je la devais adorer.