‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 432 sur 672 · A BROSSETTE · texte numérisé non relu

A BROSSETTE

Paris, 16 mai itoi.

Je me sens si coupable envers vous , monsieur, et j'ai tant de pardons à vous demander, que vous trouverez bon que je ne vous en demande aucun, et que je me contente de vous dire ce que disait le bon-

1 Ce qui fait grand honneur à Plutarque. Cette traduction est de Paul Tallemant, proche parent de celui qui a écrit cette lettre, et qui était comme lui de l'Académie française. (L. R.) — Louis Racine, à qui l'on doit la publicité de celte lettre, se méprend ici. Le traducteur d'Amiot est François Tallemant, et celui qui a écrit à Despréaux est Paul Tallemant.

homme Horace à son ami Lollius : « Vous avez acheté « en moi, par vos bontés et par vos présents, un « serviteur très-imparfait et très-peu propre à s'ac- « quitter des devoirs de la vie civile; mais enfin « vous l'avez acheté, et il le faut garder tel qu'il « est. »

Prudens emisti vitiosum; dicta tihi est lex1.

Mes excuses ainsi faites, je vous dirai, monsieur, que j'ai lu avec grand plaisir l'exacte relation que vous m'avez envoyée de la réception de nos deux jeunes princes 2 dans votre illustre ville, et que je ne l'aurais pas , à mon sens , mieux vue , cette réception , quand j'aurais été à la meilleure fenêtre de votre hôtel de ville. L'excessive dépense qu'on y a faite m'a paru d'autant plus belle, que j'ai bien reconnu par là qu'on ne sera pas fort embarrassé chez vous de payer la capitation 3. J'en suis fort aise, et je crois qu'on n'en est pas moins joyeux à la cour.

Votre tableau des effets de l'aimant m'a été rendu fort fidèlement, et en très-bon état; et j'en ai fait un des plus beaux et des plus utiles ornements de mon cabinet :

Omne tulit puuctum qui miscuit utile dulci 4.

Si votre académie produit souvent de pareils ouvrages, je doute fort que la nôtre, avec tout cet amas de proverbes qu'elle a entassés dans son dictionnaire, puisse lui être mise en parallèle, ni me fasse mieux concevoir à la lettre A , ce que c'est que la vertu de l'aimant, que je l'ai conçu par votre tableau5.

Je suis bien aise que vous soyez content de ma dernière édition. Elle réussit assez bien ici, et, contre mon attente, elle trouve beaucoup plus d'acheteurs que de censeurs. Elle va bientôt paraître en petit, en deux volumes, que je me donnerai l'honneur de vous envoyer. J'espère , par ce présent, adoucir un peu le juste ressentiment que vous devez avoir de mes négligences , et vous faire concevoir à quel point, quoique très-paresseux, je suis, etc.

Faites-moi la faveur de m'écrire au plus tôt en quelles mains vous voulez que je remette les trois pistoles que vous savez. Elles m'importunent dans

1 Horace, liv. II, épit. h, v. 18.

2 Les ducs de Bourgogne et de Berri, petits-lils de Louis XIV, venaient d'accompagner jusqu'aux limites de son royaume le duc d'Anjou leur frère, qui allait régner en Espagne sous le nom de Philippe V.

3 Créée sous Louis XIV, en 1695 , supprimée quelque temps après, et rétablie en 1701, la capitation fut définitivement remplacée, vers la lin du dernier siècle, par l'impôt personnel.

4 Horace, Art. poél. v. 342.

5 L'estampe qui représentait la machine inventée par M. de Puget , pour les expériences magnétiques.

ma cassette, où je les ai mises à part, et où , en les voyant , je me dis sans peine tous les jours :

Quod vides periisse , perditum ducas ».

AU MÊME

Paris, 10 juillet 1701.

Je différais, monsieur, à vous écrire jusqu'à ce que l'édition de mes ouvrages fut faite en petit , afin de vous l'envoyer en même temps avec l'argent que je vous dois ; mais comme cette édition est plus lente à achever que je ne croyais, et qu'elle ne saurait être encore piété de huit ou dix jours , j'ai cru que vous auriez sujet de vous plaindre si j'attendais qu'elle parût pour vous remercier des lettres obligeantes que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et pour vous donner satisfaction sur la chose dont vous souhaitez d'être éclairci. Je vous dirai donc, monsieur, qu'il y a environ quatre ans que M. le comte d'Ériceyra2 m'envoya la traduction en portugais de ma Poétique, avec une lettre très-obligeante , et des vers français à ma louange; que je sais assez bien l'espagnol , mais que je n'entends point le portugais, quiestfortdifférent du castillan, et qu'ainsi c'est sur le rapport d'autrui que j'ai loué 6a traduction; mais que les gens instruits de cette langue , à qui j'ai montré cet ouvrage, m'ont assuré qu'il était merveilleux. Au reste, M. d'Ériceyra est un seigneur des plus qualifiés du Portugal, et a une mère qui est, dit-on, un prodige de mérite. On m'a montré des lettres françaises de sa façon , où il n'est pas possible de rien voir qui sente l'étranger. Ce qui m'a plu davantage et de lanière et du lils, c'est qu'ils ne me paraissent, ni l'un ni l'autre, entêtés des pointes et des faux brillants de leur pays, et qu'il ne paraît point que leur soleil leur ait trop échauffé la cervelle. Je vous en dirai davantage dans les lettres que je vous écrirai en vous envoyant ma petite, édition, et peut-être vous enverrai-je aussi les vers français qu'il m'a écrits.

Mille remercîments à M. de Puget de ses présents et de ses honnêtetés. Cependant permettez-moi de vous dire que je romprai tout commerce avec vous, si je vois plus dansvos lettres ce grand vilain mot de Monsieur, au haut de la page, avec quatre grands doigts entre eux. Sommes-nous des ambassadeurs, pour nous traiter avec ces circonspections, et ne sufOt-il pas entre nous de si voles, benè est} ego

1 Vers de Catulle, déjà cité.

3 François-Xavier de Ménésès, comte d'Ericeyra, né en 1678, mort en 1743, âgé de soixante-dix ans. [1 n'était pas urand seigneur avec les savants, dit Cizeron-Rival ; il n'était qu'bomlne de lettres, aisé, poli et communicatlf.

quidem valeo ? Du reste, soyez bien persuadé qu'on ne peut être plus que je le suis, etc.

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