COMTE DE MAUREPAS
Paris, mardi, cinq heures du soir....
Monseigneur, Mon neveu m'ayant écrit que vous seriez bien aise que je vous rendisse compte moi-même de ce qui se serait passe ,i I' académie des médailles le jour de ma réception , j'ai saisi avec joie cette occasion de vous marquer mon obéissance. Je vous dirai donc , monseigneur, que j'y ai ete reçu aujourd'bui avec un applaudissement général , et que l'on m'y a accablé d'honneurs , de caresses et de bonnes paroles. J'y
1 Jean-Paul Bignnn . né a Taris le 19 septembre IG62, mort le 14 mars 1743, était petit-nls du célèbre Jérôme Bignon, et neveu de If. de Pontchartrain. Après la mort de Tabbé de LotfVois, ayant obtenu la charge de bibliothécaire du roi, dont son père et son grand-père avaient été revêtus , 11 enrichit de plu- .le 60, rolumes le dépôt qui lui était confié.
3 L'Académie des inscriptions était alors composée de quarante académiciens, dix honoraires', < l j v pensionnaires, dix associés et dix élèi es.
5 François Bourdelin . né en 1668 . mort eu i?r, fut >ucces- >i \ cnn-i 1 1 secrétaire d'ambassade en Danemark, eonsefllef au châtelel et gentilhomme ordinaire.
ai renouvelé connaissance avec monseigneur le duc d'Aumont1 , que j'avais eu l'honneur de fréquenter autrefois à la cour. On a commencé par y lire un ouvrage fort savant , mais assez fastidieux , et on s'est fort doctement ennuyé; mais ensuite on en a examiné un autre beaucoup plus agréable, et dont la lecture aassezattiré d'attention. C'était une dissertation sur l'origine du mot de médaille. Comme on a fait approcher de moi celui qui la lisait, j'ai été en état de l'entendre et d'en parler2 : c'est ce que j'ai fait jusqu'à l'affectation, sachant bien que cela vous pi airait . D'autres en ont dit aussi leur sentiment avec beaucoup de politesse et d'érudition, et je n'ai plus vu aucune bouche s'ouvrir pour bâiller. On a reçu ensuite trois élèves, et j'ai nommé M. Bourdelin pour le mien. Voilà, monseigneur, ce qui s'est passé de plus mémorable dans cette célèbre cérémonie , cujus pars magna fui. Tout ce que je puis vous dire , c'est que je ne doute point que votre établissement ne réussisse dans la suite ; et il ne faut point s'étonner s'il y a maintenant quelques gens qui le désapprouvent , car tout ce qui est nouveau , quoique excellent , ne manque jamais d'être contredit ; et quelles sottises ne dit-on point de l'Académie française, lorsque le cardinal de Richelieu la fit fonder ! Tout ce que je souhaiterais , monseigneur, c'est que tout le monde fût content dans la métallique. Cela tient à bien peu de chose , et si vous vouliez bien me permettre de négocier pour cela , je suis persuadé que tous vos pensionnaires seraient bientôt aussi satisfaits que moi. Je vous écris ceci , comme vous l'avez souhaité , très à la hâte , à la sortie de notre assemblée, et suis avec un très-grand respect , etc.