‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 448 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Auteuil , 29 septembre 1703.

J'ai été, monsieur, si accablé d'affaires depuis quelque temps , que je n'ai pas eu le loisir de faire la chose qui m'est la plus agréable , je veux dire de m'entretenir avec vous Je m'en serais même encore dispensé aujourd'hui , si tout d'un coup, en relisant votre dernière lettre que j'ai trouvée sur ma table, je n'eusse fait réflexion que vous imputeriez peut-être mon silence au chagrin que vous croyez que j'ai conçu de vos critiques. Je vous assure pourtant que je n'en ai eu aucun , et que j'ai été d'autant moins capable d'en avoir, que j'ai bien vu, comme je vous l'ai, ce me semble, témoigné, que vous ne me les faisiez qu'afinde vous divertir et de me faire parler. J'ai trouvé un peu étrange , je l'avoue , que vous me voulussiez mettre en société de style avec Charpentier , l'un des hommes du monde avec lequel je m'accordais le moins, et qui toute sa vie , à mon sens , et même en sa vieillesse , eut le style le plus écolier; mais cela n'a point fait que je vous aie voulu aucun mal. Et qu'ai -je fait effectivement, à propos de vos censures , autre chose que vous comparer à M. Patru et à M. Racine ? Est-ce que la comparaison vous déplaît ?

Pour vous montrer même combien je suis éloigné de me choquer de vos critiques , je m'en vais ici vous écrire une énigme que j'ai faite à l'âge de dixsept ans , et qui est pour ainsi dire mon premier ouvrage. Je l'avais oubliée , et je m'en souvins le dernier jour en allant voir une maison que mon père avait au pied de Montmartre J , où je composai ce bel ouvrage. Je vous l'envoie afin que vous l'examiniez à la rigueur; mais, pour me venger de votre sévérité , je ne vous dirai le mot de l'énigme que la première fois queje vous écrirai, afin de me vencer de la peine que vous me ferez en la censurant, par la peine que vous aurez à la deviner. La voici :

Du repos dos humains implacable ennemie , J'ai rendu mille amants envieux de mon sort : Je me repais de sang, et je trouve ma \'f Dans les bras de celui qui recherche ma mort.

Tout ce que je puis vous dire par avance , c'est que j'ai tâché de répondre par la magnificence de mes paroiesà la grandeur du monstre queje voulais exprimer. Adieu, mon cher monsieur; aimez-moi

i AClignancouit.

toujours , et croyez que Je suis , avec tout le respect et la sincérité que je dois....

AU MÊME

Paris , 7 novembre 1703.

Je ne vous ai point écrit, monsieur, depuis longtemps , parce que j'ai été un peu malade et fort accablé d'affaires. Vous êtes un véritable Œdipe pour deviner les énigmes; et si les couronnes se donnaient au jourd'hui à ceux qui en pénètrent le sens, je suis sur que vous ne tarderiez pas à vous voir roi de quelque bonne et grande ville. Mais , si vous avez très-bien reconnu que c'était \apuce que j'ai voulu peindre dans mes quatre vers , vous n'avez pas moins bien deviné , quand vous avez cru que je ne digérerais pas fort aisément l'insulte ironique que m'ont fait de gaieté de cœur, et sans que je leur en aie donné aucun sujet, messieurs les journalistes de Trévoux . Comme j'ai fait profession jusqu'ici de ne me point plaindre de ceux qui m'attaquent , et que je les ai toujours rendus complaignants , j'ai cru en devoir encore user de même en cette occasion, et je les ai d'abord servis d'une épigramme,ou plutôt d'une petite épître en seize vers , où je leur ai marqué ma reconnaissance sur leur fade raillerie. Je ne saurais vous dire avec combien d'applaudissements cette épître a été reçue de tout le monde ; et j'ai fort bien reconnu par là que non-seulement je ne suis pas haï du public, niais qu'ils lui sont fort odieux. Je m'imagine que vous avez grande envie de voir ce petit ouvrage , et il n'est pasjuste de retarder votre curiosité. Le voici :

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