‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 449 sur 672 · AUX RÉVÉRENDS PÈRES AUTEURS DU JOURNAL DE TREVOUX · texte numérisé non relu

AUX RÉVÉRENDS PÈRES AUTEURS DU JOURNAL DE TREVOUX

Mes révérends pères en Dieu ,

El mes confrères en satire,

1> 1 1 1 - VOS écrits, en phiMl'un lien , Je vois qu'à mes dépens vous- affectez de rire; Mais neeraignez-vous point que, pour rire de vous, Kelisanl Juvcnal, refeuilletanl Borai .le ne ranime encor ma .sa Inique ainlaee?

Grands aristarques de Trévoux , N'àïle/, point de nouveau taire courir aux arme-, Un athlète foui préi à prendre son congé , Qui, par vos traits malins au combat rengagé, l'eut encore aux ri. un bure verser des larmes.

Apprenez un mol de Etégnier,

Notrecélèbre devancier :

« Corsaires attaquant corsaires

« Ne font pas , dit-il , leurs affaii

Au reste, comme ils ne m'ont pas attaqué seul , et qu'Us ont traite très-indignement mon frère, au sujet du livre des Flagellants, je me suis cru oblige de le défendre contre la mauvaise foi avec laquelle ils

l'accusent , eux et M , Tliiers ■ , d'avoir attaqué la discipline en général, quoiqu'il n'en reprenne que le mauvais usage; c'est ce que je fais voir par l'épigramme suivante, qui court aussi déjà le monde :

AUX PÈRES JOURNALISTES DE TRKVOl X.

Non , le livre des Flagellants N'a jamais condamné, lisez-le bien , mes pères ,

Ces rigidités salutaires Que, pour ravir le ciel saintement violents , Exercent sur leurs corps tant de chrétiens austères. Il blâme seulement cet abus odieux

D'étaler et d'offrir aux yeuj Ce que leur doit toujours cacher la bienséance : Et combat vivement la fausse piété , Qui , sous couleur d'éteindre en nous la volupté Par l'austérité même et par la pénitence Sait allumer le feu de la lubricité.

Cette épigramme n'est pas si bonne que la précédente. Klle dit pourtant assez bien ce que je veux dire, et défend parfaitement mon frère de la chose dont on l'accuse. Je ne sais pas ce que messieurs les journalistes répondront à cela; mais, s'ils m'en croient, ils profiteront du bon avis que je leur donne par la bouche de Régnier , notre commun ami. Je n'ai pas vu jusqu'ici que ceux qui ont pris à tâche de me décrier y aient réussi. Ainsi je leur puis dire avec Horace :

Nec quisquam noceat cupido mihi pacis ! at ille Qui me commorit (radius non tangere , clamo) , Flebit , et insignis tota cantabitur urbe ».

Ce qu'il y a de certain , c'est que tout le tort est de leur côté. La vérité est que je me déclare dans mes ouvrages ami de M. Arnauld , mais en même temps je me déclare aussi ami des écrivains de l'école d'Ignace, et partant je suis tout au plus un molinojanséniste. C'est ce que je vous prie de bien faire entendre à vos illustres amis les jésuites de Lyon, que je ne confondrai jamais avec ceux de Trévoux , quoiqu'on me veuille faire entendre que tous les jésuites sont un corps homogène: et que qui remue une des parties de ce corps remue toutes les autres mais c'est dequoi je ne suis point encore parfaitement convaincu. Quoi qu'il en soit, il ne s'agit point en notre querelle d'aucun point de théologie: et je ne s lis point comment messieurs de Trévoux pourront me faite janséniste pour avoir soutenu qu'on ne doit point étaler aux yeux ce que leur doit toujours cacher la bienséance. Ce quejt vous prie surtout, c'est de bien faire ressouvenir M. Perriehon de la sincère estime que j'ai pour lui. Je suis....

1 Jean-BaptisteThiers,Uiéologien,néà Chartres eu li uiorl en 17",;. i coi iposé, outn la critique donl parle Betnréaux . Ie> Traités des superstitions, îles perruques, des cloche-, i Li

' l.iv II, -il 1 . » ..

œuvres de boileau.

Comme je n'avais point eu de vos nouvelles, monsieur, je me suis engagé à une autre partie que celle que vous m'avez proposée. Pour les épigrammes , il n'y a plus de mesures à garder, puisque , grâce à l'indiscrétion , ou plutôt à l'enviede me faire valoir, de notre illustre ami, elles sont maintenant dans les mains de tout le monde. D'ailleurs on n'y fait plus actuellement que des critiques que je ne 6ens point, et qui sont par conséquent mauvaises; car à quoi je reconnais une bonne critique, c'est quand je la sens, et qu'elle m'attaque par l'endroit dont je me défiais. C'est alors que je songe tout de bon à corriger, regardant celui qui la fait comme un excellent connaisseur, et tel que le censeur que je propose dans mon Art poétique en ces termes :

Faites choix d'un censeur solide et salutaire , Que la raison conduise , et le savoir éclaire ; Et dont le crayon sur d'abord aille chercher L'endroit que l'on sent faible , et qu'on se veut cacher.

Chant iv.

Du reste, je m'inquiète peu de toutes ces frivoles objections qui se font contre les bons ouvrages naissants. Cela ne dure guère, et l'on est tout étonné souvent que l'endroit que l'on condamnait devient le plus estimé. Cela est arrivé sur ces deux vers de la satire des femmes :

El tous ces lieux communs de morale lubrique Que Lulli réchauffa des sons de sa musique...

contre lesquels on se déchaîna d'abord , et qui passent aujourd'hui pour les meilleurs de la pièce. Il en arrivera de même, croyez-moi, du mot de lubricité dans mon épigramme sur le livre des Flagellants; car je ne crois pas avoir jamais fait quatre vers plus sonores que ceux-ci :

Et ne saurait souffrir la fausse piété , Qui , sous couleur d'éteindre en nous la volupté , Par l'austérité même et par la pénitence , Sait allumer le feu de la lubricité.

Cependant M. de Termes ne s'accommode pas, ditesvous, du mot de lubricité. Eh bien! qu'il en cherche un autre. Mais moi , pourquoi ôterais-je un mot qui est dans tous les dictionnaires au rang des mots les plus usités? Où en serait-on, si l'on voulait contenter tout le monde?

Quid dem? Quid non dem? Renuis tu quod jubet aller '.

Toutle monde juge, et personnelle sait juger. Il en est de même que de la manière de lire. Il n'y a personne qui ne croie lire admirablement, et il n'y a

1 Horace , liv. II , ép. n , v. C3.

presque point de bons lecteurs. Je 6uls votre trèshumble, etc.

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