A BROSSETTE
Paris, 7 décembre 1703.
J'ai tardé jusqu'à l'heure qu'il est, monsieur, à vous écrire, parce que j'attendais pour le faire que messieurs de Trévoux eussent répondu à mes épigrammes dans leur nouveau volume, afin de voir et de vous mander si j'avais la guerre ou non avec ces bons pères; mais étant demeurés dans le silence à mon égard, voilà toutes nos querelles finies, et vous pouvez assurer messieurs les jésuites de Lyon que je ne dirai plus rien contre aucun de leur compagnie, dans laquelle, quoique extrêmement ami de la mémoire de M. Arnauld, j'ai encore d'illustres amis, et entre autres le P. de la Chaise, le P. Bourdaloue et le P. Gaillard; car pour ce qui regarde le démêlé sur la grâce, c'est sur quoi je n'ai point pris parti , étant tantôt d'un sentiment , et tantôt d'un autre; de sorte que, m'étant quelquefois couché janséniste tirant au calviniste, je suis tout étonné que je me réveille moliniste approchant du pélagien. Ainsi, sans les condamner ni les uns ni les autres, je m'écrie avec saint Augustin : O altitude sapientix ! mais , après avoir quelquefois en moimême traduit ces paroles par : Oh! que Dieu est sage' j'ajoute aussi en même temps : Oh! que les hommes sont fous! 3z m'imagine que vous entendez bien pourquoi cette dernière exclamation, et que vous n'y comprenez pas un petit nombre de volumes.
Mais pour répondre maintenant à la question que vous me faites sur la prononciation du mot de Trévoux, et s'il faut un accent sur la pénultième, je vous dirai que c'est vous qui avez entièrement raison, et que ma faute vient de ce que je n'avais jamais entendu prononcer le nom de cette ville, avant les journaux de messieurs de Trévoux. Trouvez bon que je ne vous écrive rien davantage cet ordinaire, parce que le retour de M. de Valincour de l'armée navale m'a surchargé d'occupations. Aimez-moi toujours, croyez que je vous rends la pareille, et soyez bien persuadé que je suis très-passionnément. . .