‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 452 sur 672 · PLAINTE CONTEE LES TUILERIES · texte numérisé non relu

PLAINTE CONTEE LES TUILERIES

Agréables jardins , où les Zéphyrs et Flore

Se trouvent tous les jours au lever de l'aurore;

Lieux charmants qui pouvez dans vos sombres réduits

Des plus tristes amants adoucir les ennuis ,

Cessez de rappeler dans mon Ame insensée

De mon premier bonheur la gloire enlin passée.

Ce fut Je m'en souviens , dans cet antique bois

Que l'hilis m'apparut pour la première fois;

i;'est Ici tnie souvent , dissipant mes alarmes,

Elle arrêtait d'un mot mes soupirs et mes larmes ;

Et que, nie regardant d'un oeil si gracieux,

Elle m'offrait le ciel ouverl dans ses beaux yeux.

Aujourd'hui cependant , injustes que vous êtes,

Je sais qu'à mes rivaux vous prêtez vos retraites,

Et qu'avec elle assis sur vos tapis de fleurs,

Ils triomphent , contents de mes \ aines douleurs.

Allez , jardins dressés par une main fatale,

Tristes enfanls de l'art du malheureux Dédale,

Vos bois , jadis pour moi si chaînants et si beaux ,

tourne en effet, entre dans le jardin ; et n'y trouvant plus un berceau qu'il aimait, il appelle Antoine; Qu'est devenu mon « berceau ? — Abattu par l'ordre de M. le Verrier. — Je ne suis ■' plus le maitre ici; qu'y viens-je faire?» 1.1 il remonta a l'instant même en voiture. Ce fut son dernier voyage à Auteuil.

1 Liv. I, épit. vu, v. 4.

1 Liv. I , épit. on, v. 3.

Ne sont plus qu'un désert , refuge des corbeaux, Qu'un séjour infernal , où cent mille vipères Tous les jours en naissant assassinent leurs mères.

Je ne sais, monsieur, si dans tout cela vous reconnaîtrez votre ouvrage, et si vous vous accommoderez des nouvelles pensées que je vous prête. Quoi qu'il en soit, faites-en tel usage que vous jugerez à propos ; car, pour moi , je vous déclare que je n'y travaillerai pas davantage. Je ne vous cacherai pas même que j'ai une espèce de confusion d'avoir, par une molle complaisance pour vous, employé quelques heures à un ouvrage de cette nature , "et d'être moi-même tombé dans le ridicule dont j'accuse les autres, et dont je me suis si bien moqué par ces vers de la satire à mon Esprit :

Faudra-il de sang-froid , et sans être amoureux , Pour quelque Iris en l'air faire le langoureux , Lui prodiguer les noms de Soleil et d'Aurore , Et toujours bien mangeant , mourir par métaphore ' ?

Ce qu'il y a de sûr, c'est que je ne retomberai plus dans une pareille faiblesse, et que c'est à ces vers d'amourettes, bien plus justement qu'à ceux de ma pénultième épître, qu'aujourd'hui je dis très-sérieusement :

Adieu, mes vers, adieu pour la dernière fois.

Du reste , je suis parfaitement votre , etc.

A BROSSETTE

Paris , 25 janvier 1701.

Ce n'est pas , monsieur, à un homme qui a tort à se plaindre d'un homme qui a raison. Cependant vous trouverez bon que je ne m'assujettisse pas aujourd'hui à cette règle, et que, tout coupable que je suis de négligence à votre égard , je ne laisse pas de me plaindre de votre peu de diligence depuis quelque temps à m' écrire. Quoi! monsieur, laisser passer tout le mois de janvier sans me souhaiter, du moins par un billet, la bonne année? Cela se peutil souffrir? Vous me direz que j'ai bien laissé passer le mois de novembre et celui de décembre pour répondre à deux lettres que j'ai reçues de vous, mais doit-on se régler sur un paresseux de ma force, et pouvez-vous vous dire un homme exact, si vous ne l'êtes que deux fois plus que moi? Sérieusement, je suis fort en peine de n'avoir point eu depuis trèslongtemps de vos nouvelles. Auriez-vous été indisposé? C'est ce que j'appréhenderais le plus. Faitesmoi donc la grâce de me rassurer sur ce point, et de me dire pourquoi dans votre dernière lettre vous ne parlez point de mon accommodement avec messieurs de Trévoux. Cet accommodement est main-

1 Satire ix.

tenant complet, et le P. Gaillard est venu, de la part de messieurs les jésuites de Paris , témoigner à mon frère le chanoine qu'on avait fort lavé la tête à ces aristarques indiscrets , qui assurément ne diraient plus rien contre moi.... Je suis avec beaucoup de sincérité et de reconnaissance....

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