‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 459 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Je suis si coupable envers vous , monsieur, que , si je voulais me disculper de toutes mes négligences, il faudrait que j'y employasse toutes mes lettres, et je ne vous pourrais parler d'autre chose. Il me se mble donc que le mieux est de vous renvoyer à mes excuses précédentes, puisque je n'en ai point de nouvelles à vous alléguer, et de vous prier de suppléer, par la violence de votre amitié , à la faiblesse de mes raisons. Cela étant, je vous dirai que j'ai été ravi d'apprendre, par votre dernière lettre, l'honorable distribution que vous avez faite des estampes de Drevet. La vérité est que vous devriez les avoirreçues de ma main; maisje crois vous avoir déjà écrit que je ne les donnais à personne , à cause des vers fastueux que M. le \ enier a fait graver au bas, et dont je paraîtrais tacitement approuver l'ouverte flatterie, si j'en faisais dv> présents en mon nom. Cependant il n'est pas possible de n'être point bien aise qu'elles soient entre les mainsdeM.de Pugetetde M. Perrichon , et qu'elles leur donnent oo souvenir de l'homme du mondequi lesestime i : honore le plus. Pour ce qui est de monsii m- le prévôt des marchands de Lyon,je ne saurais croit% qu'il

« Acle I. m', vi.

2 L'abbé de Mezzabarba, membre de la congrégation des Somasqui - . i t professeur de rhétorique à Brescta, à Pavie et a Turin.

souhaite de voir un portrait aussi peu digne de sa vue que le mien. La vérité est pourtant que je souhaite fort qu'il le souhaite, puisqu'il n'y a point d'homme dont j'aie entendu dire tant de bien que de cet illustre magistrat , et qu'on ne peut être honnête homme sansdésirerd'êtreestiméd'unaussi excellent homme que lui. M. le Verrier m'a assuré qu'il vous enverrait encore deux de mes portraits par la voie que vous m'avez mandé; et vous les pourrez donner à qui vous jugerez à propos. M. dePuget me fait bien de l'honneur de me mettre en regard , pour me servir de vos termes, avec M. Pascal. Rien ne me saurait être plus agréable que de me voir mis en parallèle avec un si merveilleux génie ; mais tout ce que nous avons de semblable , comme l'a fort bien remarqué M. dePuget dans ses jolis vers, c'est l'inclination à la satire, si l'on doit donner le nom de satires à des lettres aussi instructives et aussi chrétiennes que celles de M. Pascal.

Je viens maintenant à l'extrême honneur que la ville de Lyon me fait en me demandant mon sentiment sur l'inscription nouvelle qu'elle veut qui soit mise dans son hôtel de ville , au sujet du passage de nosseigneurs les princes en 1701 : et je n'aurai pas grand'peine à me déterminer là-dessus, puisque je suis entièrement déclaré pour la langue latine, qui est extrêmement propre , à mon avis, pour les inscriptions, à cause de ses ablatifs absolus, au lieu que la langue française, en de pareilles occasions, traîne et languit par ses gérondifs incommodes , et par ses verbes auxiliaires, où elle est indispensablement assujettie, et qui sont toujours les mêmes. Ajoutez qu'ayant besoin pour plaire d'être soutenue, elle n'admet point cette simplicité majestueuse du latin, et, pour peu qu'on l'orne, donne dans un certain phébusquilarend sotte et fade. En effet, monsieur, voyez, par exemple, qu'elle comparaison il y aurait entre ces mots qui viennent au bout de la plume : Regiàfamiliâ urbeminvisente, et ceux-ci : La royale famille étant venue voir la ville. Avectout cela néanmoins peut-être que je me trompe, et je me rendrai volontiers sur cela à l'avis de ceux qui me demandent mon avis. Cependant je vous prie de bien témoigner mes respects à messieurs de la ville de Lyon, et de leur bien marquer que je ne perdrai jamais l'occasion de célébrer une ville qui a été pour ainsi dire, par ses pensions, la mère nourrice de mes muses naissantes, et chez qui autrefois, comme je l'ai déjà dit dans un endroit de mes ouvrages, on obligeait les méchants auteurs d'effacer eux-mêmes leurs écrits avec la langue. Du reste, croyez qu'on ne peut être plus que je le suis , etc.

Vous recevrez dans peu une recommandation de

moi pour un valet de chambre que vous connaissez, et dont franchement j'ai été indispensablement obligé de me défaire.

AU MÊME

Paris, 20 novembre 1705.

Je suis si coupable envers vous, monsieur, que le mieux que je puisse faire, à mon avis, c'est d'avouer sincèrement ma faute, etde vous en demander un pardon que , grâce à votre aveugle bonté pour moi, je suis en quelque façon sûr d'obtenir. Je ne vous ferai donc point d'excuse de mon silence depuis six mois. J'en pourrais pourtant alléguer de trèsmauvaises, dont la principale est un misérable ouvrage1 que je n'ai pu m'empêcher de composer de nouveau , et qui m'a emporté toutes les heures de mon plus agréable loisir, c'est-à-dire tout le temps que je pouvais m'entretenir par écrit avec vous. M'en voilà quitte enfin , et il est achevé.

Ainsi , monsieur, trouvez bon que je revienne à vous comme si de rien n'était, et que je vous dise avec la même confiance que si j'avais exactement répondu à toutes vos lettres, qu'il n'y a point de jeune homme dans mon esprit au-dessus de M. Dugas; que je le trouve également poli , spirituel, savant ; et que si quelque chose peut me donner bonne opinion de moi-même, c'est l'estime, quoique assez mal fondée, qu'il témoigne, aussi bien que vous, faire de mes ouvrages. Il m'est venu voir deux fois à Auteuil; et bien que nos conversations aient été fort longues, elles m'ont paru fort courtes. Je lui ai donné un assez méchant diner avec M. Bronod , et cela ne s'est point passé , comme vous pouvez bien vous l'imaginer, sans boire plus d'une fois à votre santé. Il m'a marqué une estime particulière pour vous; et j'ai encore mis cette estime au rang de ses grandes perfections. Mais que voulez-vous dire avec vos termes de parfaite reconnaissance et d1 attachement respectueux, qu'il se pique, dites-vous, d'avoir pour moi ? Au nom de Dieu , monsieur, qu'il change tous ces sentiments en sentiment de bonté et d'amitié. M. Dugas est un homme à qui on doit du respect , et non pas qui en doive aux autres ; et d'ailleurs, vous vous souvenez bien de l'épigramme de Martial :

Sed si te colo , Sexte , non amabo.

Que serait-ce donc si M. Dugas en allait user de la sorte, et comment pourrais-je m'en consoler? Voilà, monsieur, tout ce que j'ai à vous dire cette fois pour vous marquer ma rentrée dans mon devoir.

1 La satire xn, sur rfiquhoque.

LETTRES DE I501LEAU

Je ne manquerai pas au premier jour de vous écrire une lettre dans les formes, où je vous dirai le sujet et les plus essentielles particularités de mon nouvel ouvrage, que je vous prierai pourtant de tenir secrètes. Cependant je vous supplie de demeurer bien persuadé que, tout nonchalant que je suis, je ne laisse pas d'être, plus que personne au monde , etc.

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