‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 462 sur 672 · AU DUC DE NOALLLES · texte numérisé non relu

AU DUC DE NOALLLES

A Paris , 30 juillet 1700.

Je ne scay pas , monseigneur, sur quoi fondé vous voulés qu'il y aijt de Yéqmvoque dans le zèle et dans la sincère estime que j'ai/ toujours/aict prolVs.-ion d'avoir pour vous. Jcés- vous donc oublié que voslm cher poète n'a jamais été accusé de dissimulation, et qu'enfin sa candeur (c'est \ui-mesme qui le dit dans une de ses épistres) seule a fait tous ses vices -t ? Vous me faites concevoir que ce qui vous a donné cette mauvaise opinion de moi , c'est le peu de soin que fay eu depuis vostre départ de vous mander des nouvelles de mon dernier ouvrage. Mais, tout de bon, monseigneur, croiés-xous qu'au milieu des grandes choses dont vous estiés occupé devant Barcelone, parmi le bruit des canons, des bombes et des carcasses, mes muses dussent vous aller demander audience pour vous entretenir de mon démeslé avec l'équivoque, et pour scavoir de vous si je devais l'appeler maudit ou maudite? Je veux

' La bataille de Ramillies eu Flandre, perdue le 23 mai 1706, jour de la Pentecôte.

2 Quand Villeroi reparut pour la première fois devant Louis XIV, après cette désastreuse journée qui rendit les allies maîtres di' toute la Flandre, le roi, au lieu de lui faire des reproches , lui dit seulement : « Monsieur le maréchal , on n'est « pas heureux à notre à^e' «

s Satire x.

4 Kpitre X , v. 86.

bien pourtant avoir failli; et puisque, mesme encore aujourd'hui, vous voulés résolument que je vous rende compte de cette dernière pièce de ma façon, je vous dirai que je Yuij achevée immédiatement après voslre départ; que je Yay ensuite récitée à plusieurs personnes de mérite, qui lui ont donné des éloges auxquels je ne m'attendais pas; que monseigneur le cardinal de jS'oailles surtout en a paru satisfait , et m'a mesme en quelque sorte offert son approbation pour la faire imprimer; mais que, comme j'ai attaqué a force ouverte la morale des méchants casuistes, et que \ay bien prévu l'éclat (jue cela allait faire, je rxay pas jugé à propos mm m senectutem horum soUidtare amodia, et de m'attirer peut-estre avec eux sur les bras toutes les furies de l'enfer, et, ce qui est encore pis, toutes les calomnies de.... vous m'entendes bien, monseigneur. Ainsi jV/// pris le parti d'enfermer mon ouvrage, qui vraisemblablement ne verra le jour qu'après ma mort. Peut-estre que ce sera bientôt. Dieu veuille que ce soit fort tard! Cependant je ne manquerai pas, dès que vous serez à Paris , de vous le porter pour vous en faire la lecture. Voilà l'histoire au vrai de ce que vous desiriez sça voir ; mais c'est assez parler de moi.

Parlons maintenant de vous. C'est avec un extrême plaisir que j'entends tout le monde ici vous rendre justice sur l'affaire de Barcelone, où l'on prétend que tout aurait bien été , si on avait aussi bien uni que vous avés bien commencé. Il n'y a personne qui ne loue le roi de vous avoir faict lieutenant général ; et des gens sensés mesme croient que, pour le bien des affaires, il neust pas été mauvais de vous élever encore a un plus haut rang. Au reste, c'est à qui vantera le plus l'audace avec laquelle vous avés monte la tranchée, a peine encore guéri de la petite vérole, tt approché d'assez près les ennemis, pour leur communiquer vostre mal, qui. comme vous savés, s'excite souvent par la peur, 'l'ont cela, monseigneur, me donnerait [fresque l'envie de faire ici vostre éloge dans les formes; maiscommeil me rote très-peu de papier, et (pie le panégyrique n'est pas trop mon talent, trouvés hou que je me hâte plustôt de vous dire que je suis, avec un très-grand respect, monseigneur, votre très-humble el très-obéissanl serviteur

Dksimh m \.

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