‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 476 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Paris, 9 octobre I7ns.

Je suis surchargé, monsieur, d'incommodités et de maladies, et les médecins ne me défendent rien tant que l'application. O la sotte chose que la vieillesse! Aujourd'hui cependant il n'y a défense qui tienne; et dussé-je violer toutes les règles de la faculté, il faut que je réponde à votre dernière lettre.

Vous me demandez dans cette lettre comment je crois qu'on doit traduire Meteora oralionis. \ cela je vous répondrai que , pour vous bien satisfaire sur votre question , il faudrait avoir lu le livre de M. Samuel Werenfels 2 , afin de bien concevoir ce qu'il entend par là lui-même, ce mot étant fort vague, et ne voulant dire autre chose qu'un galimatias à perte de vue. Pour moi, quand j'ai traduit dans Longin ces mots, oùy. tyriXà, àXXà pureupa, qu'il dit . ce me semble, de l'historien Callisthène. je me suis servi d'une circonlocution, etj'aitraduil que Callisthène ne s'élève pas proprement, mais se guindé si haut qu'on le perd de vue; la langue française, à mon avis, n'ayant point de mot qui reponde juste au

•Ce ren n'est point dans l'ode v dullvn 1 d'Horace, Deorum, etc. dans laquelle il n'est pas question des Ulobiwges, maisdi sortilèges. Il se trouve dans l'ode xvi , \. s, du même Une, .tu, ™ jatn teritur, < te

v>\ isqne rebns Infldelis Mlobrox.

S n principal ouvrage a pour titre 2X L-'jomarkiiserudi-

tôt II III.

(AETsupa des Grecs, qui est à la vérité une espèce d'enflure, mais une espèce d'enflure particulière que le mot enflure n'exprime pas assez , et qui regarde plus la pensée que les mots. La Pharsale de Brébeuf, à mon avis, est le livre où vous pouvez le plus trouver d'exemples de ces (*erée>pa. Je me souviens d'avoir lu dans un poète italien1 , à propos de deux guerriers qui joutaient l'un contre l'autre , que les éclats de leurs lances volèrent si haut , qu'ils allèrent jusqu'à la région du feu , où ils s'allumèrent et tombèrent en cendre sur terre. Voilà un parfait modèle du style (AeWwpa. Du reste, il peut y avoir de l'enflure qui ne soit point asTc'wpa, comme par exemple ce que Démétrius Phalerseus rapporte d'un historien qui, en parlant du ruisseau de Télèbe, rivière grande comme celle des Gobelins, se servait de ces termes : « Ce fleuve descend à grands flots des « monts Lauriciens , et de là va se précipiter dans

« la mer, proche, etc » Ne diriez-vous pas,

ajoute Démétrius, qu'il parle duNil ou du Danube? C'est là de la véritable enflure, mais il n'y a point là de p.cTc'opcv. Je vous rapporterais cent exemples pareils; mais, comme je vous viens de dire, il faut avoir lu l'ouvrage de M. Samuel Werenfels, pour vous parler juste sur ce point; et vous n'en aurez pas davantage pour cette fois , parce que je sens qu'une chaleur effroyable de poitrine que j'ai , et qui est causée par les glaces de la vieillesse, commence à redoubler. Permettez donc que je me borne à ce court billet , et soyez bien persuadé que toutes voslettresme font grand plaisir, quoique j'y réponde si peu exactement.

O mihi prœteritos référât si Jupiter aanos 2 !

quelles longues lettres n'auriez-vous pas à essuyer! Je vous donne le bonjour, et suis parfaitement....

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