‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 479 sur 672 · BROSSETTE A BOILEAU · texte numérisé non relu

BROSSETTE A BOILEAU

Lyon, ce 2 i juin 1709.

Je crois, monsieur, que vous ne faites pas mal d'accepter l'offre qui vous a été faite par M.Bronod , et d'attendre quelque temps pour recevoir l'entier payement de votre rente. Par ce moyen , vous êtes bien éloigné de l'inconvénient que vous aviez d'abord apprébendé, puisqu'au lieu d'être incertain si l'on vous payerait votre demi-année , vous voyez que la ville de Lyon, cette bonne mère, vous fait par avance le payement de l'année entière. C'est une distinction que vous méritez bien, vous, monsieur, qui êtes le plus illustre et le plus cber de tous ses nourrissons. Oserais-je m'applaudir d'avoir pu contribuer au succès d'une chose qui vous fait quelque plaisir ? Les occasions me manqueront souvent,elles me manqueront peut-être toujours; mais le zèle et la bonne volonté ne me manqueront jamais. Les promesses flatteuses que vous me faites , pour marquer votre reconnaissance valent mieux cent fois que mes services les plus signalés.

Souviens-toi qu'en mon cœur tes écrits tirent naître L'ambitieux désir de voir et de connaîtra L'arbitre , le censeur du Parnasse francois , Le digne historien du plus grand de nos rois. Je te vis , je t'aimai. Mon heureuse jeunesse , Boileau,ne déplut point à ta sage vieillesse. Tu souffris que j'allasse écouter tes leçons ; Tu daignas m'enrichir de tes doctes moissons ; Tu m'instruisis à fond de tes divins ouvrages, Et tes écrits pour moi n'eurent plus de nuages. Tu lis plus : secondant ma curieuse ardeur, Tu commis à ma foi les secrets de ton cœur, Souvent tu m'entretins de tes mœurs , de ta vie , Des puissants ennemis que t'opposa l'envie , Des honneurs éclatants où (u fus appelé : Tes chagrins , tes plaisirs tout me fut révélé. Mon esprit, enchanté de toutes ces merveilles, Occupait tout entier mes avides oreilles ; Et , dans les traits naïfs de ce vivant tableau , Je vis à découvert l'àme du grand Boileau. Mais , dans quelque haut rang que ta muse te mette , Je vis l'homme d'honneur au-dessus du poète. O toi ! qui peux transmettre à la postérité Des vers marqués au coin de l'immortalilé ; Toi qui , dans tes écrits chantes sur le Parnasse , Es moins l'imitateur que le rival d'Horace ; Toi dont le dieu des vers prend le ton et la voix Pour régler son empire et dispenser ses lois , Vois le comble de gloire ou mon esprit aspire ! Quand tu dis qu'Apollon en ma faveur t'inspire., Boileau , tu me promets un honneur éternel : Le moindre de tes vers peut me rendre immortel.

Fais qu'un long avenir de mon nom s'entretienne; Qu'il connaisse ma gloire , en admirant la tienne; El que ma renommée, emplissant l'univers, Puisse aller aussi loin que le bruit de les vers.

J'ai Tbonneur d'être, monsieur, etc.

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