‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 480 sur 672 · CO.NFESSEUR DU ROI · texte numérisé non relu

CO.NFESSEUR DU ROI

AU PÈRE THOULIER2,

Mont-Louis, ce 12 août 1709.

Paix en J. C.

D'autres jésuites que vous, mon révérend père, m'ont dit aussi que M. Despréaux désavouait les vers que l'on fait courir sous son nom contre nous. Mais ces discours, tenus en particulier, n'empêchent point que le public ne continue à les lui attribuer; et nos ennemis, qui répandent ces vers avec empressement , lui en font honneur dans le monde. Ce n'est point nous qu'il est besoin détromper, soit parce que M. Despréaux n'a point d'intérêt de mé-i nager les jésuites, soit qu'ils croient qu'une telle! pièce est plus capable de lui faire tort qu'à eux dans l'esprit des honnêtes gens. C'est le public et le ro qu'il a intérêt de détromper; et il sait bien les moyens de le faire quand il le voudra, s'il croit qu'i y aille de son honneur. S'il ne le faisait pas, il don nerait lieu à ceux qui ne l'aiment point de dire qu'i a bien voulu avoir auprès de nos ennemis le mérito d'avoir fait ces vers-là, sans avoir auprès de nous 1 témérité de les avoir faits. Je suis de tout mon coeur mon cher père, votre, etc. en R. S.

Le Tellieh , j.

1G0. — LE PÈRE THOULIER A ROILEAU

Le 15 août 1709.

Je vous ai promis , monsieur , de vous apprendn ce qui se passerait à l'occasion des vers qui couren à Paris sous votre nom. Ils ont été montrés ai Pi. P. le Tellier; et aussitôt que j'en ai été averti je lui ai écrit que, non content de les désavouer, voffi m'aviez fait paraître une estime très-sincère poiu notre compagnie, et toute la vivacité imaginabli

1 Michel le Tellier, né auprès de Vire en 1643, mort en I7Ii à la Flèche, où l'avait relégué le régent, fut un des premier collaborateurs des Mémoire» de Trévoux.

2 Connu depuis sous le nom de l'abbé d'Olivet. Il était alon préfet au collège de Louis le Grand. C'est un des hommesqu ont rendu les plus grands services à la langue française.

contre l'imposteur qui a emprunté votre nom pour nous insulter.

Voici à quoi se réduit la réponse qu'il m'a faite, et dans les propres termes qu'il emploie : « Ce n'est « point nous , c'est le public et le roi même que n M. Despréaux a intérêt de détromper; et il sait a bien les moyens de le faire quand il le voudra. Ses « discours, tenus en particulier, n'empêchent point « tpte le public ne continue à lui attribuer ces vers; « et nos ennemis , qui les répandent avec empres- « sèment, lui en font bonneur dans le monde. »

J'ai cru , monsieur, vous devoir fidèlement rapporter ce qu'il y a d'essentiel dans cette lettre du P. le Tellier, pour vous marquer en même temps et mon zèle et ma sincérité. J'irai demain à Versailles pour une affaire qui ne m'y retiendra qu'une beure ou deux ; je lui répéterai plus au long ce que je lui ai écrit. Vous savez que les ignorants et nos ennemis ne sont pas en petit nombre : les uns croient que vous avez fait les vers dont il s'agit, et les autres voudraient le persuader. Jugeriez-vous à propos de faire sur ce sujet quelque lettre, ou quelque chose de semblable , qu'on put rendre publique, si ces sortes de bruits continuent? Au restç, cet expédient vient de moi seul , et je vous le propose sans façon , parce que je m'imagine que la droiture de mon intention excuse la liberté que je prends. Qu'on vous attribue de mauvaises pièces, et que les jésuites soient attaqués et calomniés, en tout cela il n'y a rien de nouveau ; mais il est fâcheux , et pour vous et pour les jésuites, qu'on emploie bautement votre nom pour flétrir avec plus de succès un corps où votre mérite est si bien reconnu , et où vous avez toujours eu tant d'amis. Je fais gloire d'en augmenter le nombre, et je suis avec un parfait dévouement, monsieur, votre très-bumble , etc.

Thoulikr, j.

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