A BROSSETTE
Paris, 14 juin I7I0-
Quelque coupable , monsieur, que je vous puisse paraître d'avoir été si longtemps sans répondre à vos fréquentes et obligeantes lettres, je n'aurais que I trop de raisons à vous dire pour me disculper , si je voulais vous réciter le nombre infini d'infirmités et demaladiesquimesont venues accabler depuis quelque temps.
Quorum si Domina qu;eras, Promptius expediam quot amaverit Hippia uiœchos , etc.
Mais je me suis aperçu , dans une de vos lettres , que vous n'aimez point à entendre parler de maladies; et moi je sens bien, par l'abattement et par l'afllietion où cela me jette, que je ne saurais parler d'autre chose ; et pour vous montrer que cela est très-véritable, je vous dirai que je ne marche plus que soutenu par deux valets; qu'en me promenant, même dans ma chambre, je suis quelquefois au hasard de tomber, par des étourdissements qui me prennent; que je ne saurais m'appliquer le moins du monde à quelque chose d'important, qu'il ne me prenne un mal de cœur tirant à défaillance. Cependant je n'ai pas laissé de lire tout au long l'églogue que vous m'avez envoyée de votre excellent P. Bimet ; je l'ai trouvée tres-\ irgilienne. Ainsi, quand je serais le personnage affreux qu'il s'est ligure de moi , vous pouvez l'assurer qu'il n'a rien à
craindre de moi, qui ai toujours honoré les Lrens de mérite comme lui , et qui ai été et suis encore aujourd'hui ami de tant d'hommes illustres de sa société. En voilà assez, monsieur, et je sens déjà que le mal de cœur me veut reprendre. Permettez donc que je me hâte de vous dire que je suis, plus violemment que jamais , etc.