‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 488 sur 672 · SSE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

SSE FRANÇAIS

Il n'est guère de jeunes poètes que ne séduise l'amorce des succès dramatiques : Rousseau s'y laissa surprendre , et donna sa première pièce, le Café, en 1694. U n'avait alors que vingt-trois ans : c'est l'âge de la témérité; mais elle ne fut point heureuse, quoiqu'elle ne hasardât ici qu'un petit acte en prose. La pièce n'eut aucun succès, et n'a jamais reparu au théâtre. Ce premier échec l'éloigna pour quelque temps de la scène française ; et ce fut pendant cet intervalle qu'il donna à l'Opéra Jason , ou la Toison d'or; et l'année suivante, Vénus et Adonis. Une plaisanterie du prince de Conti sauva cette dernière pièce de l'affront de n'être pas même écoutée jusqu'à la fin1. La Toison d'or n'avait pas été plus heureuse ; et Rousseau renonça à la scène lyrique, pour reparaître, en 1696, sur le Théâtre-Français , par la comédie du Flatteur, en cinq actes , et alors en prose. L'absence totale d'action et d'intrigue , la nullité des rôles secondaires , et le défaut d'unité dans le personnage principal , qui est tour à tour Y Imposteur, le Tracassier et même V Escroc, tout ce qu'on veut enfin, excepté le Flatteur ; tant de vices réunis ne pouvaient garantir à cette pièce de bien brillantes destinées : son succès fort équivoque se réduisit à dix représentations, médiocrement suivies; et les reprises, nous disent les liistoriens du Théâtre-Français*, « ont tou- « jours été reçues avec beaucoup d'indifférence de la « part des spectateurs. » Moins heureux encore quatre ans après (en décembre 1700), le Capricieux acheva de convaincre le public , et devait convaincre d'abord Rousseau lui-même, que la carrière du théâtre n'était point celle où l'appelait son génie , et qu'il y tentait infructueusement des pas , qui jusqu'alors n'avaient été marqués que par des chutes. Mais ce n'est point ainsi que raisonne et calcule l'amour-propre ; et il suffit de lire la préface de la pièce , pour voir que Rousseau était bien persuadé qu'il avait fait une bonne pièce , et que tout le tort se trouvait du côté de ceux qui l'avaient jugée mauvaise. Tout son ressentiment se tourna d'abord contre les habitués du café Laurent3; et ces habitués étaient la Motte, Crébillon, Saun'n, etc. c'est-à-dire tout ce que la littérature, les sciences et les arts offraient alors de plus recommandable. Rousseau y était plus craint que désiré, et il le savait. U n'en fallut pas davantage pour voir, dans cette paisible réunion d'amis que rassemblaient des goûts communs , le foyer conspirateur d'où s'était élancé l'orage qui venait de fondre sur te Capricieux. Le succès éclatant de l'opéra à'Hésione, concurremment donné avec la comédie de Rousseau *, venait encore aigrir avec amertume les fâcheux souvenirs de Jason et à' Adonis, si mal reçus dans leur temps. Telle fut la déplorable origine des torts et de tous les malheurs de Jean-Baptiste.

La musique de Catnpra avait mis à la mode quelques

» La cour voulait se retirer après le troisième acte : leprinw la retint, en disant qu'il leur revenait, au cinquième, une hure de sanglier, qui ne serait peut-être pas mauvaise.

» MnTappelè du nom de la darne Laurent, qui tenait cet .établissement rue Dauphine. C'est l'un des premiers de ce genre, ouverts n Paris.

1 Le 21 décembre 1700.

Page 1