XV11K POUR HENRI LE GRAND
« Donc * cette merveille des cieux, Pource qu'elle '■ est chère à mes yeux, En sera toujours éloignée!
Et mon impatient amour, Par tanl de larmes i< moigné, N'obtiendra jamais son retour ■* !
i Ces stances aonl parfaite ni belles depuis le commencement jusqu'à la lin. Elles ont été faites, ainsi qae les trois pièces suivantes, pour le roi BenrlIV), amoureux de mada la
princesse Charlotte-Marguerite de Montmorency, remme de Henri de Bourbon . pr< mier prince du sang , Bile du dernier connétable de Montmon ncj . Mi \.
1 Vaugelas approuve remploi de cette particule affirmative au commencement de la période; e( la seule raison qu'il en donne, c'est que pour conserver les mots D faut en varier l'u-
• i 'oreille s préféré parce que ; "ii dll cependant pour cette raison . aussi bien , et quelquefois mieux que par cette raison. On dit c'est pour cela, eton ne dit jamais c'est par cela.
(M IRMONTI I .
' M le Prince venait de quitter la cour, qui se h naît '
« Aies vœux donc ne servent de rien ! Les dieux , ennemis de mon bien , Ne veulent plus que je la voie!
Et semble que les rechercher De me permettre cette joie Les invite a me l'empêcher!
« 0 beauté, reine des beautés, Seule de qui les volontés Président à ma destinée, Pourquoi n'est comme la Toison Votre conquête abandonnée A l'effort de quelque Jason?
« Quels feux, quels dragons, quels taureaux, Quelle horreur de monstres nouveaux.
Et quelle puissance de charmes Garderait que jusqu'aux enfers Je n'allasse avecque mes armes Rompre vos chaînes et vos fers ' ?
« N'ai-je pas le cœur aussi haut , Et pour oser tout ce qu'il faut Un aussi grand désir de gloire Que j'avais lorsque je couvrî D'exploits d'éternelle mémoire Les plaines d'Arqués etd'Ivry?
« Mais quoi ! ces lois dont la rigueur Tiennent mes souhaits en langueur Régnent avec un tel empire, Que si le ciel ne les dissout, Pour pouvoir ce que je désire, Ce n'est rien que de pouvoir tout.
« Je ne veux point , en me flattant .
Croire que le sort inconstant De ces tempêtes me délivre:
Quelque espoir qui se puisse offrir, Il faut que je cesse de vivre, Si je veux cesser de souffrir.
'• Arrière donc ces vains discours.
Qu'après les nuits viennent les jours.
El le repos après l'orage!
Autre sorte de réconfort Ne me satisfait le courage, Que de me résoudre à la mort.
« C'est là que de tout mon tourment S bornera le sentiment :
Fontalni bl a . et s'était retiré a H iretavee madame la Prineesse.
1 Rompre r - ifnsait, quoi ru'il j ait des chaîne
qui ne son! point de f< r. Mn
ŒUVRES DE MALHERBE
Ma foi seule , aussi pure et belle Connue le sujet en est beau, Sera ma compagne éternelle , Et me suivra dans le tombeau. »
Ainsi d'une mourante voix Alcandre , au silence des bois , Témoignait ses vives atteintes; Et son visage sans couleur Faisait connaître que ses plaintes Étaient moindres que sa douleur.
Orantbe , qui par les zéphyrs Reçut les funestes soupirs D'une passion si fidèle , Le cœur outré de même ennui , Jura que, s'il mourait pour elle , Elle mourrait avecque lui.
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« Quelque ennui donc qu'en cette absence
Avec une injuste licence
Le Destin me fasse endurer,
Ma peine lui semble petite
Si chaque jour il ne l'irrite
D'un nouveau sujet de pleurer!
« Paroles que permet la rage A l'innocence qu'on outrage C'est aujourd'hui votre saison; Faites-vous ouïr en ma plainte :
Jamais l'âme n'est bien atteinte, Quand on parle avecque raison *.
« O fureurs dont même les Scythes N'useraient pas vers des mérites Qui n'ont rien de pareil à soi !
Ma dame est captive, et son crime C'est que je l'aime, et qu'on estime Qu'elle en fait de même de moi.
« Rochers où mes inquiétudes Viennent chercher les solitudes Pour blasphémer contre le sort ,
t Bertaut exprime à peu près la même pensée dans les vers suivants :
Le mal n'est guère grand qui se peut bien dépeindre , Et je sais mieux souffrir que je ne sais me plaindre.
Quoique insensibles aux tempêtes ' , Je suis plus rocher que vous n'êtes De le voir et n'être pas mort.
« Assez de preuves à la guerre D'un bout à l'autre de la terre Ont fait paraître ma valeur; Ici je renonce à la gloire , Et ne veux point d'autre victoire Que de céder à ma douleur.
« Quelquefois les dieux pitoyables
Terminent des maux incroyables :
Mais , en un lieu que tant d'appas
Exposent à la jalousie,
Ne serait-ce pas frénésie
De ne les en soupçonner pas?
<• Qui ne sait combien de mortelles Les ont fait soupirer pour elles, Et, d'un conseil audacieux , En bergers , bêtes et satyres , Afin d'apaiser leurs martyres, Les ont fait descendre des cieux 1 ?
« Non , non ; si je veux un remède , C'est de moi qu'il faut qu'il procède , Sans les importuner de rien ; J'ai su faire la délivrance Du malheur de toute la France :
Je la saurai faire du mien.
« Hâtons donc ce fatal ouvrage ; Trouvons le salut au naufrage; Et multiplions dans les bois Les herbes dont les feuilles peintes Gardent les sanglantes empreintes De la fin tragique des rois 3.
« Pour le moins, la haine et l'envie Ayant leur rigueur assouvie, Quand j'aurai clos mon dernier jour, Oranthe sera sans alarmes , Et mon trépas aura des larmes De quiconque aura de l'amour. »
1 On ne trouve que les deux premières lettres de ce vers dans les éditions de 1630 et 1631. Peut-être la lecture du manuscrit ulïrait-eUe ici quelque difficulté que Ménage seul aura pu lever. Quoi qu'il en soit, je m'étonne que Saint-Marc n'ait pas constaté ce fait.
2 Jupiter se changea en pasteur pour Mnémosyne; en taureau, pour Europe; en cygne, pour Léda; en satyre, pour Kvcléis. iMln.)
3 Ces quatre vers sont merveilleux, et je les achèterais volontiers d'une centaine des miens. (Mén.)