‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 495 sur 672 · TIRÉE DU PSAUME XLVIII · texte numérisé non relu

TIRÉE DU PSAUME XLVIII

SUR l'aveuglement des hommes du siècle.

Qu'aux accents de ma voix la terre se réveille 3! Rois , soyez attentifs ; peuples , ouvrez l'oreille ! Que l'univers se taise , et m'écoute parler. Mes chants vont seconder les accords de ma Ij re : L'esprit saint me pénètre, il m'échauffe; il m'inspire* Les grandes vérités que je vais révéler.

1 « Dulciora super mel etfavutn. » Ps. xun.

2 Mais sans tes clartés sacrées, etc. Il était difficile de rendre plus heureusement le sens et l'expression du texte: Delictu quisintelligit? « Les surprises faites a l'ignorance parla < lionne foi. »

* « Audite heec ,omnes génies ; attribua mues

qui habitait* orbem. a Ps. \i vin.

Racine avait déjà dit . Atholit . acte lit , se. vu :

Cienx . écontei ma rota ' terre . prête i oreille I Rien de plus imposant, de plus majestueux que ce début prophétique. — Horace débute comme Rousseau, dans les leçons qu'il donne à la jeunesse romaine :

.... Carmma non priiw Aii.iit.i Musannn gacerdM mis pnerisque canto

l.h. III . odci.

1 L'esprit saint me pénètre, etc. Racine, a l'endroit cil.-.

Mais il od \ uni que mon nnn (remit d'un -ami cftrm ' i i - l'esprit divin qui s'empare de mot I

ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

L'homme en sa propre force a mis sa confiance ; Ivre de ses grandeurs et de son opulence, L'éclat de sa fortune enfle sa vanité.

Mais, ô moment terrible, d jour épouvantable, Où la mort saisira ce fortuné coupable, Tout chargé des liens de son iniquité ' !

Quedeviendront alors, répondez, grands du monde, Que deviendront ces biens où votre espoir se fonde, Et dont vous étalez l'orgueilleuse moisson? Sujets , amis , parents , tout deviendra stérile ; Et, dans ce jour fatal, l'homme à l'homme inutile Ne payera point à Dieu le prix de sa rançon 2.

Vous avez vu tomber les plus illustres têtes;

Et vous pourriez encore, insensés que vous êtes,

Ignorer le tribut que l'on doit à la mort !

Aon, non, tout doit franchir ce terrible passage :

Le riche et l'indigent, l'imprudent et le sage,

Sujets à même loi , subissent même sort.

D'avides étrangers, transportés d'allégresse, Engloutissent déjà toute cette richesse, Ces terres , ces palais , de vos noms ennoblis. Et que vous reste-t-il en ces moments suprêmes ? Un sépulcre funèbre, où vos noms , où vous-mêmes Dans l'éternelle nuit serez ensevelis 3.

Les hommes, éblouis de leurs honneurs frivoles, Et de leurs vains flatteurs écoutant les paroles, Ont de ces vérités perdu le souvenir : Pareils aux animaux farouches et stupides, Les lois de leur instinct sont leurs uniques guides ; Et pour eux le présent parait sans avenir.

Un précipice affreux devant eux se présente ; Mais toujours leur raison, soumise et complaisante, Au-devant de leurs yeux met un voile imposteur. Sous leurs pas cependant s'ouvrent les noirs abîmes, Où la cruelle mort , les prenant pour victimes, Frappe ces vils troupeaux dont elle est le pasteur -».

Là s'anéantiront ces titres magnifiques, Ce pouvoir usurpé, ces ressorts politiques, Dont le juste autrefois sentit le poids fatal :

C'est lui-même , il m'échauffe ; il parle ; mes yeux s'ouvrent , Et les siècles obscurs devant moi se découvrent.

1 Tout chargé des liens de sân iniquité. Ce n'est pas seulement une très-belle image ; c'est une grande pensée morale , revêtue de tout ce que l'expression poétique a pu ajouter a son énergie.

1 « Fratrem redimens non redimel vir : nec dabii Deopropitiationem pro eo. » Ps. XLVin.

3 « El sepulchra eorum domus illorum in <£lernum. »

' Imitation sublime du Psalmiste : « Sicui oves in inferno positi suiU : mors depascet eos. » Ps. xlviu.

Ce qui fit leur bonbeur deviendra leur torture ; Et IJieu , de sa justice apaisant le murmure, Livrera ces méchants au pouvoir infernal.

Justes, ne craignez point le vain pouvoir des hommes; Quelque élevés qu'ils soient, ils sont ce que nous som- Si vous êtes mortels, ils le sont comme vous, [mes : Nous avons beau vanter nos grandeurs passagères, Il faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères, Et c'est le même Dieu qui nous jugera tous.

ODE IV

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