CO>TBE LES HYPOCRITES
Si la loi du Seigneur vous touche , Si le mensonge vous fait peur, Si la justice en votre cœur Règne aussi bien qu'en votre bouche ■ ; Parlez , fils des hommes : pourquoi Faut-il qu'une haine farouche Préside aux jugements que vous lancez sur moi ?
C'est vous de qui les mains impures Trament le tissu détesté Qui fait trébucher l'équité Dans le piège des impostures ; Lâches, aux cabales vendus , Artisans de fourbes obscures, Habiles seulement à noircir les vertus.
L'hypocrite, en fraudes fertile , Dès l'enfance est pétri de fard :
Il sait colorer avec art Le fiel que sa bouche distille ; Et la morsure du serpent Est moins aiguë et moins subtile Que le venin caché que sa langue répand 2.
En vain le sage les conseille, Ils sont inflexibles et sourds; Leur cœur s'assoupit aux discours De l'équité qui les réveille :
Plus insensibles et plus froids Que l'aspic, qui ferme l'oreille Aux sons mélodieux d'une touchante voix 3.
1 « Si vere utique justifiant loquimini, recte judicite, fdii hitininum. » Ps. LVII.
2 « Furor Mis secundum similitudinem serpentis : sieut aspidis surdte et obturanlis aures suas. » Ps. LVII.
1 Aux sons mélodieux, etc. Ce n'est pas précisément le sens de l'original. Il s'agit du sage enchanteur, incantantts sapienier, dont la voix puissante sait charmer et adoucir la langue même de l'aspic.
OT)KS, f.IVUK I.
Mais de ces langues diffamantes Dieu saura venger l'innocent.
Je le verrai , ce Dieu puissant, Foudroyer leurs tètes fumantes.
Il vaincra ces lions ardents, Et dans leurs gueules écumantes Il plongera sa main , et brisera leurs dents '.
Ainsi que la vague rapide D'un torrent qui roule à grand bruit Se dissipe et s'évanouit Dans le sein de la terre humide ; Ou comme l'airain enflammé Fait fondre la cire fluide Qui bouillonne à l'aspect du brasier allumé 2 :
Ainsi leurs grandeurs éclipsées S'anéantiront à nos yeux; Ainsi la justice des cieux Confondra leurs lâches pensées.
Leurs dards deviendront impuissants, Et de leurs pointes émoussées Ne pénétreront plus le sein des innocents.
Avant que leurs tiges célèbres Puissent pousser des rejetons , Eux-mêmes, tristes avortons, Seront cachés dans les ténèbres ; Et leur sort deviendra pareil Au sort de ces oiseaux funèbres 3 Qui n'osent soutenir les regards du soleil.
C'est alors que de leur disgrâce Les justes riront à leur tour •* :
C'est alors que viendra le jour De punir leur superbe audace ; Et que, sans paraître inhumains, Nous pourrons extirper leur race, Et laver dans leur sang nos innocentes mains \
> a Deut content dénies eorum m on ipsorum. »
5 Cette dernière comparaison est littéralement traduite, et avec un rare bonheur, du texte sacré : Sicut cent quœ fluit , auferentur, < te.
1 /// sort de ces oiseaux funèbres, etc. Funèbre, pour sinistre, de mauvais augure .'c'est l'effet pour la cause; c'est, pour le signe, la chose signifiée.
4 « Lstabilur justus, i/iiiim vident vindictam : monta tuas lavabit in sanguine peccatoris. Ps. i.vn.
'■> Bt laver dans leur sang, etc. Racine avait «lit bien plus tnerglquement encore, tthalie, acte t\, se. m, en parlant de ces fameux lévites, qui ,
lie leurs plus chers parents saintement homit
l 'onsaeri rent leurs mains dans le sang des perfides
Consacrer est ici la pensée de la religion et le mol de la poésie.
Ceux qui verront cette vengeance l'ourront dire avec vérité Que l'injustice et l'équité Tour à tour ont leur récompense ; Et qu'il est un Dieu dans les cieux Dont le bras soutient l'innocence , Et confond des méchants l'orgueil ambitieux.
ODE V