IDÉE DE LA VÉRITABLE GRANDEUR DES ROIS
O Dieu! qui , par un choix propice, Daignâtes élire entre tous Un homme qui fût parmi nous L'oracle de votre justice , Inspirez à ce jeune roi 2, Avec l'amour de votre loi Et l'horreur de la violence, Cette clairvoyante équité Qui de la fausse vraisemblance Sait discerner la vérité.
Que par des jugements sévères Sa voix assure l'innocent :
Que de son peuple gémissant Sa main soulage les misères :
Que jamais le mensonge obscur Des pas de l'homme libre et pur N'ose à ses yeux souiller la trace ■ Et que le vicefastuenv Ne soit point assis à la place Du mérite humble et vertueux.
Ainsi du plus haut des montagn La paix et tous les dons des cieux .
Comme un fleuve délicieux, \ iendronl arroser nos campagnes.
Son règne à ses peuples chéris Sera ce qu'aux champs défleuris Est l'eau que le ciel leur envoie :
Et, tant que luira le soleil .
L'homme, plein d'une sainte joie.
Le bénira dès son réveil.
1 Dette pièce, composée dans l'extremejeunesse de LouisXl . époque où le talent de Rousseau était dans toute sa fonce, emprunte un nouvel Intérêt de U circonstance et du rapprochement < |ii<- l'un en peut faire a\ee le discours du grand prêtre Joad, dans dthaUe, acte iv. >e. m. allusion qui, indépendamment du mérite de ce magnifique ouvrage, contribua &i puissamment, en iTldjaasuccèsd'unchef-d'œni re jusqu'alors sj peu apprécié.
' .. Deusjudicium tuum régi '/■'. et justifiant tuant fitic régis : judican populum tuum in justifia, ■ i- . Ps. iwi ipiant montes pacem populo, et colles justitiam. »
Son trône deviendra l'asile De l'orphelin persécuté :
Son équitable austérité Soutiendra le faible pupille.
Le pauvre , sous ce défenseur, Ne craindra plus que l'oppresseur Lui ravisse son héritage; Et le champ qu'il aura semé Ne deviendra plus le partage De l'usurpateur affamé.
Ses dons , versés avec justice ,
Du pâle calomniateur
Ni du servile adulateur
Ne nourriront point l'avarice > ;
Pour eux son front sera glacé.
Le zèle désintéressé ,
Seul digne de sa confidence,
Fera renaître pour jamais
Les délices et l'abondance,
Inséparables de la paix 2.
Alors sa juste renommée, Répandue au delà des mers, Jusqu'aux deux bouts de l'univers Avec éclat sera semée :
Ses ennemis humiliés Mettront leur orgueil à ses pieds 3; Et, des plus éloignés rivages, Les rois , frappés de sa grandeur, Viendront par de riches hommages Briguer sa puissante faveur.
Ils diront : Voilà le modèle Que doivent suivre tous les rois ; C'est de la sainteté des lois Le protecteur le plus fidèle.
L'ambitieux immodéré, Et des eaux du siècle enivré 4, N'ose paraître en sa présence :
Mais l'humble ressent son appui ; Et les larmes de l'innocence 5 Sont précieuses devant lui.
' Humiliabit calumniatorem.
1 Orietur in diebus ejusjustitia Mabundanlia pacis.
3 Mettront leur orgueil à ses pieds. C'est traduire bien heureusement ces mots du texte : Inimici ejus terram lingent. « Ses ennemis baiseront la poussière de ses pieds. »
4 Les eaux du siècle , pour dire les attraits du luxe, la séduction des plaisirs du siècle , etc., sont une de ces expressions familières aux écrivains sacrés, et qu'il faut religieusement conserver en traitant ces sortes de sujets : Racine n'y manque jamais.
5 Celte belle expression est empruntée de Racine , qui avait dit:
Et les larmes du juste , implorant sou appui , Sont précieuses devant lui.
DE J. B. ROUSSEAU
De ses triomphantes années
Le temps respectera le cours ;
Et d'un long ordre d'heureux jours
Ses vertus seront couronnées.
Ses vaisseaux , par les vents poussés ,
Vogueront des climats glacés
Aux bords de l'ardente Libye :
La mer enrichira ses ports;
Et pour lui l'heureuse Arabie
Épuisera tous ses trésors ».
Tel qu'on voit la tête chenue
D'un chêne, autrefois arbrisseau,
Égaler le plus haut rameau
Du cèdre caché dans la nue :
Tel , croissant toujours en grandeur,
Il égalera la splendeur
Du potentat le plus superbe;
Et ses redoutables sujets
Se multiplieront comme l'herbe a
Autour des humides marais.
Qu'il vive , et que dans leur mémoire Les rois lui dressent des autels :
Que les cœurs de tous les mortels Soient les monuments de sa gloire!
Et vous , ô maître des humains , Qui de vos bienfaisantes mains Formez les monarques célèbres , Montrez- vous à tout l'univers , Et daignez chasser les ténèbres Dont nos faibles yeux sont couverts.
ODE VI