‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 506 sur 672 · MISÈRE DES RÉPROUVÉS, FÉLICITÉ DES ÉLUS · texte numérisé non relu

MISÈRE DES RÉPROUVÉS, FÉLICITÉ DES ÉLUS

Peuples , élevez vos concerts , Poussez des cris de joie et des chants de victoire ;

Voici le roi de l'univers Qui vient faire éclater son triomphe et sa gloire.

La justice et la vérité Servent de fondements à son trône terrible ;

Une profonde obscurité Au regard des humains le rend inaccessible ».

Les éclairs , les feux dévorants , Font luire devant lui leur flamme étincelante;

Et ses ennemis expirants Tombent de toutes parts sous sa foudre brûlante.

Pleine d'horreur et de respect 3, La terre a tressailli sur ses voûtes brisées :

Les monts, fondus à son aspect, S'écoulent dans le sein des ondes embrasées.

De ses jugements redoutés La trompette céleste a porté le message,

Et dans les airs épouvantés En ces terribles mots sa voix s'ouvre un passage :

1 Ce beau et grand sujet devait inspirer la lyre du poêle, comme il avait tenté le pinceau de plus d'un grand peintre. Il est fâcheux que le poids de la matière ait excédé les forces de la plupart de ceux qui s'en étaient chargés. Si l'on en excepte deux ou trois strophes , dont une entre autres est admirable, la pièce de Rousseau ne s'élève pas à la hauteur du sujet. Lefranc , qui a pris , dans ses Cantiques et dans ses Prophéties , un rang si distingué sur notre Parnasse sacré, est resté audessous de son talent dans Y Hymne sur le Jugement dernier; et l'on n'a retenu de l'ode de Gilbert que trois vers, reconnus il est vrai, et proclamés admirables, parla Harpe lui-même Les voici :

L'Eternel a brisé son tonnerre inutile ;

Et d'ailes et de faux dépouillé désormais.

Sur les mondes détruits le Temps dort immobile.

2 Nubes et calir/o in circuilu ejus ; justilia et judicium correclio sedis ejus. Ps. xcvi.

3 Voilà cette belle strophe dont j'ai parlé , et qui offre de plus le mérite de la difiiculté vaincue. Le texte disait : Monta sicut ceraJluxeruntafacieDomini. « A l'aspect du Seigneur, les montagnes se sont écoulées comme la cire; » et le poète, ayant déjà fort bien rendu cette comparaison dans l'ode iv, avait à lutter ici contre lui-même. Il était impossible de sortir plus glorieusement du combat.

Soyez à jamais confondus, Adorateurs impurs de profanes idoles,

Vous qui , par des vœux défendus , Invoquez de vos mains les ouvrages frivoles

ODES, LIVRE I

Grand Dieu, quel sera mon appui?

C'est à toi seul que je m'adresse; Et c'est en ta sainte promesse Que mon cœur espère aujourd'hui.

Ministres de mes volontés , Anges, servez contre eux ma fureur vengeresse.

Vous , mortels que j'ai rachetés , Redouhlez , à ma voix , vos concerts d'allégresse.

C'est moi qui , du plus haut des cieux , Du monde que j'ai fait règle les destinées :

C'est moi qui brise ses faux dieux , Misérables jouets des vents et des années.

Par ma présence raffermis , Méprisez du méchant la haine et l'artifice :

L'ennemi de vos ennemis A détourné sur eux les traits de leur malice.

Conduits par mes vives clartés , Vous n'avez écouté que mes lois adorables :

Jouissez des félicités Qu'ont mérité pour vous mes bontés secourables.

Venez donc, venez en ce jour Signaler de vos cœurs l'humble reconnaissance;

Et, par un respect plein d'amour, Sanctifiez en moi votre réjouissance.

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