QUATRIEME PARTIE
Mais de cet homme , exclu de son premier partage , La gloire est réservée à de plus hauts destins , Quand son Sauveur viendra d'un nouvel héritage Lui frayer les chemins.
Dieu, pour lui s'unissant à la nature humaine Et partageant sa chair et ses infirmités , Se chargera pour lui du poids et de la peine De ses iniquités.
Ce Dieu médiateur , fils , image du père , Le Verbe , descendu de son trône éternel, Des flancs immaculés d'une mortelle mère Voudra naître mortel.
Pécheur, tu trouveras en lui ta délivrance ; Et sa main , te fermant les portes de l'enfer, Te fera perdre alors de ta juste souffrance Le souvenir amer.
Eve règne à son tour, du dragon triomphante ; L'esclave de la mort produit son Rédempteur; Et , fille du Très-Haut , la créature enfante Son propre Créateur.
O Vierge , qui du ciel assures la conquête, Gage sacré des dons que sur terre il répand , Tes pieds victorieux écraseront la tête De l'horrible serpent.
Les saints après ta mort t'ouvriront leurs demeures, Nouvel astre du jour pour le ciel se levant ; Que dis-je, après ta mort? se peut-il que tu meures, Mère du Dieu vivant?
Non , tu ne mourras point; les régions sublimes Vivante t'admettront dans ton auguste rang; Et telle qu'au grand jour où, pour laver nos crimes , Ton fils versa son sang.
Dans ce séjour de gloire où les divines flammes Font d'illustres élus de tous ses citoyens , Daigne prier ce fils qu'il délivre nos âmes Des terrestres liens.
Obtiens de sa pitié , protectrice immortelle , Qu'il renouvelle en nous les larmes, les sanglots De ce roi pénitent dont la douleur fidèle S'exhalait en ces mots :
O monarque éternel , Seigneur, Dieu de nos pères , Dieu des cieux , de la terre et de tout l'univers ; Vous dont la voix soumet à ses ordres sévères Et les vents et les mers !
Tout respecte, tout craint votre majesté sainte; Vos lois régnent partout , rien n'ose les trahir : Moi seul j'ai pu, Seigneur, résister à la crainte De vous désobéir.
J'ai péché : j'ai suivi la lueur vaine et sombre Des charmes séduisants du monde et de la chair; Et mes nombreux forfaits ont surpassé le nombre Des sables de la mer.
Mais enfin votre amour , à qui tout amour cède, Surpasse encor l'excès des désordres humains : Où le délit abonde, abonde le remède : Je l'attends de vos mains.
Quelle que soit , Seigneur , la chaîne déplorable Où depuis si longtemps je languis arrêté, Quel espoir ne doit inspirer au coupable Votre immense bonté?
Au bonheur de ses saints elle n'est point bornée : Si vous êtes le Dieu de vos heureux amis, Vous ne l'êtes pas moins de l'âme infortunée , Et des pécheurs soumis.
Vierge, flambeau du ciel, dont les démons farouches Craignent la sainte flamme et les rayons vainqueurs , De ces humbles accents fais retentir nos bouches , Grave-les dans nos coeurs ;
Afin qu'aux légions à ton Dieu consacrées , Nous puissions , réunis sous ton puissant appui , Lui présenter un jour, victimes épurées, Des vœux dignes de lui.