‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 514 sur 672 · LE DUC DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

LE DUC DE BRETAGNE

Descends de la double colline 2, Nymphe dont le fils amoureux 3

1 Louis , duc de Bretagne , fils du duc de Bourgogne : né en 1706 . il nu un ut en [712, \ iiipt jours après son père, qui n'en avait survécu que six a la duchesse nui époose.

' Descend» </<• la double coiliru . : . < v>i le débat de la belle ode d'Horace, liv. III, ode i\ :

Descende cœlj , etc. 3 Orphée, lilsd'.Eagre et de Calliope. (Voyez les Vétamor-

Du sombre époux de Proserpine Sut fléchir le cœur rigoureux :

Viens servir l'ardeur qui m'inspire ; Déesse , prête-moi ta lyre , Ou celle de ce Grec vanté Dont , par le superbe Alexandre , Au milieu de Thèbes en cendre, Le séjour fut seul respecté '.

Quel dieu propice nous ramène L'espoir que nous avions perdu?

Un fils de Thétis ou d'Alcmène Par le ciel nous est-il rendu?

]Ven doutons point : le ciel sensible Veut réparer le coup terrible Qui nous fit verser tant de pleurs.

Hâtez-vous , ô chaste Lucine!

Jamais plus illustre origine Ne fut digne de nos faveurs.

Peuples, voici le premier gage Des biens qui vous sont préparés :

Cet enfant est l'heureux présage Du repos que vous désirez.

Les premiers instants de sa vie , De la discorde et de l'envie Verront éteindre le flambeau :

Il renversera leurs trophées; Et leurs couleuvres étouffées Seront les jeux de son berceau a.

Ainsi durant la nuit obscure, De Vénus l'étoile nous luit ; Favorable et brillant augure De l'éclat du jour qui la suit :

Ainsi , dans le fort des tempêtes , Nous voyons briller sur nos têtes Ces feux amis des matelots 3 ,

phoses d'Ovide, liv. Xet XI; et surtout l'admirable épisode qui termine le quatrième livre des Géorgiques.

1 Le séjour fut seul respecté. L'inscription placée , par l'ordre même du vainqueur, sur la maison de Pindare, ne fait mention , il est vrai , que de l'asile du poète ( tw axija p.r, y.xit-i ) : mais plusieurs témoignages se réunissent pour affirmer qu'Alexandre épargna généreusement tout ce qui se trouvait encore à Thèbes de la postérité de Pindare.

2 Déjanire rappelle ironiquement à Hercule, son infidèle époux, cet exploit de sa première enfance, dans l'épitre qu'elle lui adresse , Héraid. îx , v. 21-22 :

Tene ferunt peminos pressisse tenaciter angues , Quum tener in cunis jara Jove dignus eras ?

Théocrite en a fait le sujet d'une de ses plus belles idylles dans le genre héroïque : c'est la xxive. (Voyez aussi Pindare, Kern, i, 59 et suiv.

3 Castor et Pollux, placés par Jupiter au rang des constellations , sous le nom des Gémeaux.

Quorum simul alba nautis Stella refulsit,

DE J. B. ROUSSEAU

Présages de la paix profonde Que le dieu qui règne sur l'onde Va rendre à l'empire des flots.

Quel monstre de carnage avide

S'est emparé de l'univers ?

Quelle impitoyable Euménide

De ses feux infecte les airs?

Quel dieu souffle en tous lieux la guerre • ,

Et semble à dépeupler la terre

Exciter nos sanglantes mains ?

Mégère , des enfers bannie ,

Est-elle aujourd'hui le génie

Qui préside au sort des humains?

Arrête , furie implacable ; Le ciel veut calmer ses rigueurs !

Les feux d'une haine coupable N'ont que trop embrasé nos cœurs.

Aimable Paix , vierge sacrée, Descends de la voûte azurée; Viens voir tes temples relevés , Et ramène au sein de nos villes Ces dieux bienfaisants et tranquilles Que nos crimes ont soulevés.

Mais quel souffle divin m'enflamme?

D'où naît cette soudaine horreur?

Un dieu vient échauffer mon âme D'une prophétique fureur.

Loin d'ici, profane vulgaire!

Apollon m'inspire et m'éclaire ; C'est lui : je le vois , je le sens , Mon cœur cède à sa violence :

Mortels, respectez sa présence, Prêtez l'oreille à mes accents.

Les temps prédits par la Sibylle A leur terme sont parvenus a :

Nous touchons au règne tranquille Du vieux Saturne et de Janus :

Voici la saison désirée, Où Thémis et sa sœur Astrée ,

Déduit saxis agitarus humor :

Considunt venti , tugiuntque nubes ; Et m m ;i \ , qua sic voluere , ponto Unda recumbit.

Hor. I, xir.

Le même poète les appelle ailleurs lucida sidéra, I, ni.

1 Quel dieu souffle en tous lieux la guerre? Imité de ce beaux vers des Géorgiques, liv. I , v. 509.

Hinc movet Euphrates , illinc Germania bcllum , etc.

2 Virgile , églogue iv, v. 4 et suiv.

Ultima Curoaei venit jam carminis «tas.

Jam redit et Virgo , redeunt Saturnia régna , etc.

ODES, LIVRE IL

ô-lU

Rétablissant leurs saints autels, Août ramener ces jours insignes, Où nos vertus nous rendaient dignes Du commerce des immortels.

Où suis-je? quel nouveau miracle Tient encor mes sens enchantés?

Quel vaste , quel pompeux spectacle Frappe mes yeux épouvantés?

Un nouveau monde vient d'éclore « :

L'univers se reforme encore Dans les abîmes du chaos; Et pour réparer ses ruines , Je vois des demeures divines Descendre un peuple de héros.

Les éléments cessent leur guerre ; Les cieux ont repris leur azur; Un feu sacré purge la terre De tout ce qu'elle avait d'impur On ne craint plus l'herbe mortelle , Et le crocodile infidèle2 Du Nil ne trouble plus les eaux : Les lions dépouillent leur rage, Et dans le même pâturage Bondissent avec les troupeaux3.

C'est ainsi que la main des Parques Va nous filer ce siècle heureux , Qui du plus sage des monarques Doit couronner les justes vœux.

Espérons des jours plus paisibles :

Les dieux ne sont point inflexibles , Puisqu'ils punissent nos forfaits.

Dans leurs rigueurs les plus austères Souvent leurs fléaux salutaires Sont un gage de leurs bienfaits.

Le ciel dans une nuit profonde, Se plaît à nous cacher ses lois.

Les rois sont les maîtres du monde ; Les dieux sont les maîtres des rois.

Valeur, activité, prudence , Des décrets de leur providence Rien ne change l'ordre arrêté; Et leur règle , constante et sûre ,

* Ecce ego creo cœlos novos et terram novam, et non erunl inmemoria priora. Isa. Lxv, 17.

1 El U crocodile infldèle, etc. Allusion aussi Juste qu'ingénieuse aux poisons divers qui commençaient dès lors à trouhier, à corrompre toutes les sources de la morale, et par conséquent de la félicité publique.

Nec magnos metuent armenta leones.

Viro. égl. tv, v. 4 et suiv.

Voyez Isaïe, ch. xi , v. 10 et suiv.

Fait seule ici-bas la mesure Des biens et de l'adversité.

Mais que fais-tu, Muse insensée?

Où tend ce vol ambitieux?

Oses-tu porter ta pensée Jusque dans le conseil des dieux?

Réprime une ardeur périlleuse :

Ne vas point d'une aile orgueilleuse , Chercher ta perte dans les airs, Et, par des routes inconnues Suivant Icare au haut des nues, Crains de tomber au fond des mers.

Si pourtant quelque esprit timide, Du Pinde ignorant les détours , Opposait les règles d'Euclide Au désordre de mes discours ; Qu'il sache qu'autrefois Virgile Fit , même aux Muses de Sicile x , Approuver de pareils transports; Et qu'enfin cet heureux délire Peut seul des maîtres de la lyre Immortaliser les accords.

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