‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 518 sur 672 · A M. DUCHÉ · texte numérisé non relu

A M. DUCHÉ

Dans le temps qu'il travaillait à la tragédie de Débora.

Tandis que, dans la solitude Où le destin m'a confiné, J'endors par la douce habitude D'une oisive et facile étude L'ennui dont je suis lutine ;

Un sublime essor te ramène A la cour des soeurs d'Apollon ; Et bientôt avec Melpomène Tu vas d'un nouveau phénomène Eclairer le sacré vallon.

O que ne puis-je , sur les ailes Dont Dédale fut possesseur, Voler aux lieux où tu m'appelles,

1 A l'exemple de Racine, mais non avec le même succès. Duché avail compose pour Saint-Cj r quelques tragédies tirées de l'Ecriture sainte. Celle de Débora, a l'occasion de laquelle Rousseau lui adresse ces stances, n'est pas a beaucoup près la meilleure; mais Absalon offre des beautés d'un ordre vraiment supérieur. Duché était ne en hitis, et mourut en ITui. Il était de l'Académie des inscriptions et bielles-lettres.

Et de tes chansons immortelles Partager l'aimable douceur !

Mais une invincible contrainte, Malgré moi, fixe ici mes pas.

Tu sais quel est ce labyrinthe , Et que , pour aller à Corinthe , Le désir seul ne suffit pas '.

Toutefois les froides soirées Commencent d'abréger le jour :

Vertumne a changé ses livrées; Et nos campagnes labourées Me flattent d'un prochain retour.

Déjà le départ des Pléiades A fait retirer les nochers; Et déjà les tristes Hyades Forcent les frileuses Dryades De chercher l'abri des rochers.

Le volage amant de Clytie Ne caresse plus nos climats ; Et bientôt des monts de Scythie Le fougueux époux d'Orythie Va nous ramener les frimas.

Ainsi , dès que le Sagittaire Viendra rendre nos champs déserts , J'irai, secret dépositaire, Près de ton foyer solitaire, Jouir de tes savants concerts.

En attendant, puissent leurs charmes, Apaisant le mal qui t'aigrit , Dissiper tes vaines alarmes , Et tarir la source des larmes D'une épouse qui te chérit !

Je sais que la fièvre et l'automne Pourraient mettre Hercule aux abois; Mais, si ma conjecture est bonne, La fièvre dont ton cœur frissonne Est la plus fâcheuse des trois.

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