‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 52 sur 672 · POUR ALCANDRE · texte numérisé non relu

POUR ALCANDRE

AU RETOUR D'ORAIVTHE A FONTAINEELEAU3.

Revenez, mes plaisirs, ma dame est revenue; Et les vœux que j'ai faits pour revoir ses beaux yeux , Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue •*, Ont eu grâce des cieux.

Les voici de retour ces astres adorables Où prend mon océan son flux et son reflux; Soucis retirez-vous; cherchez les misérables; Je ne vous connais plus.

Peut-on voir ce miracle où le soin de nature A semé comme fleurs tant d'aimables appas,

' Malherbe était, sans doute, un grand poète, et l'on peut dire de lui ce que Quintillien a dit de Stésichore, « qu'il soutenait avec sa lyre le poids de la poésie épique; » ma:s il n'était ni tendre ni passionné, et ces trois dernières stances sont à peu près les seules dans ses poésies ou il rappelle le ton de Tibulle et de Properce. (Mén.)

2 Restreindre.

3 Le prince de Condé, redoutant la colère du roi, quitta bientôt Moret, et ramena la princesse à la cour. (St. Marc.)

4 Le composé est ici pour le simple. J'aurais dit :

Rendant par mes soupirs ma tristesse connue. (Mén.)

Et ne confesser point qu'il n'est pire aventure Que de ne la voir pas?

Certes , l'autre soleil d'une erreur1 vagabonde Court inutilement par ses douze, maisons ' ; C'est elle , et non pas lui , qui fait sentir au monde Le change des saisons.

Avecque sa beauté toutes beautés arrivent; Ces déserts sont jardins de l'un à l'autre bout : Tant l'extrême pouvoir des grâces qui la suivent Les pénètre partout !

Ces bois en ont repris leur verdure nouvelle L'orage en est cessé , l'air en est éclairci ; Et même ces canaux ont leur course plus belle, Depuis qu'elle est ici.

De moi , que les respects obligent au silence , J'ai beau me contrefaire et beau dissimuler; Les douceurs où je nage ont une violence Qui ne se peut celer.

Mais, ô rigueur du sort! tandis que je m'arrête A chatouiller3 mon âme en ce contentement, Je ne m'aperçois pas que le destin m'apprête Un autre parlement*.

Arrière ces pensers que la crainte m'envoie! Je ne sais que trop bien l'inconstance du sort : Mais de m'ôter le goût d'une si chère joie , C'est me donner la mort.

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