‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 520 sur 672 · A UNE JEUNE VEUVE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE VEUVE

Quel respect imaginaire Pour les cendres d'un époux Vous rend vous-même contraire A vos destins les plus doux ?

Quand sa course fut bornée Par la fatale journée Qui le mit dans le tombeau, Pensez-vous que l'Hyménir N'ait pas éteint son flambeau ?

Pourquoi ces sombres ténèbres

1 Velleius Paterculus, liv. Il, cbap. ISS, le me beaucoup la modération de 'l'ibère, qui se contenta detriomphertroisfois, quoique les exploits de sajeunesselol eussent méritéd*ot>tenir sept Coiscel honneur. Il avait été chargé par uisuste de diriger de concert avec Drusus, >"u frire, l'expédition contre les Germains. — Vi des disgrâce» ■/- Fana. One mort prématurée ayant enlevé Drusus a BOB armée, il fut remplace par Varus dont le caractère altier et cruel ne tarda pas a aigrir a la fois et les peuples vaincus et ses propres soldats. Il sa laissa attirer par taninius dans des défilés . ou les trois légions qu'il commandait furent taillées en, pièces. H se tua de désespojr, et un barbare envoya sa tète a Rome. Paterculus , il, cbap. cxvir.

S56 OEUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Dans ce lugubre réduit?

Pourquoi ces clartés funèbres , Plus affreuses que la nuit?

De ces noirs objets troublée , Triste , et sans cesse immolée A de frivoles égards , Ferez-vous d'un mausolée Le plaisir de vos regards?

Voyez les Grâces fidèles Malgré vous suivre vos pas , Et voltiger autour d'elles L'Amour, qui vous tend les bras.

Voyez ce dieu plein de charmes ,' Qui vous dit , les yeux en larmes :

Pourquoi ces soins superflus?

Pourquoi ces cris, ces alarmes?

Ton époux ne t'entend plus.

A sa triste destinée

C'est trop donner de regrets :

Par les larmes d'une année

Ses mânes sont satisfaits.

De la célèbre matrone,

Que l'antiquité nous prône ,

N'imitez point le dégoût;

Ou, pour l'hormeur de Pétrone ,

Imitez-la jusqu'au bout.

Les chroniques les plus amples Des veuves des premiers temps , Nous fournissent peu d'exemples D'Artémises de vingt ans.

Plus leur douleur est illustre , Et plus elle sert de lustre A leur amoureux essor :

Andromaque, en moins d'un lustre, Remplaça deux fois Hector ».

De la veuve de Sichée L'histoire vous a fait peur :

Didon mourut attachée Au char d'un amant trompeur ; Mais l'imprudence mortelle N'eut a se plaindre que d'elle ; Ce fut sa faute , en un mot :

A quoi songeait cette belle , De prendre un amant dévot ?

Pouvait-elle mieux attendre

1 En épousant d'abord Pyrrhus , et bientôt après Hélénus , lorsque le fils d'Achille eut été tué par Oreste. Virg. Enéid. liv. m, v. 325 et suiv.

De ce pieux voyageur, Qui , fuyant sa ville en cendre Et le fer du Grec vengeur, Chargé des dieux de Pergame, Ravit son père à la flamme , Tenant son fils par la main, Sans prendre garde à sa femme *, Qui se perdit en chemin ?

Sous un plus heureux auspice, La déesse des amours Veut qu'un nouveau sacrifice Lui consacre vos beaux jours :

Déjà le bûcher s'allume , L'autel brille , l'encens fume , La victime s'embellit, L'amour même la consume , Le mystère s'accomplit.

Tout conspire à l'allégresse De cet instant solennel :

Une riante jeunesse Folâtre autour de l'autel ; Les Grâces à demi nues A ces danses ingénues Mêlent de tendres accents ; Et , sur un trône de nues, Vénus reçoit votre encens.

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