A UNE JEUNE VEUVE
Quel respect imaginaire Pour les cendres d'un époux Vous rend vous-même contraire A vos destins les plus doux ?
Quand sa course fut bornée Par la fatale journée Qui le mit dans le tombeau, Pensez-vous que l'Hyménir N'ait pas éteint son flambeau ?
Pourquoi ces sombres ténèbres
1 Velleius Paterculus, liv. Il, cbap. ISS, le me beaucoup la modération de 'l'ibère, qui se contenta detriomphertroisfois, quoique les exploits de sajeunesselol eussent méritéd*ot>tenir sept Coiscel honneur. Il avait été chargé par uisuste de diriger de concert avec Drusus, >"u frire, l'expédition contre les Germains. — Vi des disgrâce» ■/- Fana. One mort prématurée ayant enlevé Drusus a BOB armée, il fut remplace par Varus dont le caractère altier et cruel ne tarda pas a aigrir a la fois et les peuples vaincus et ses propres soldats. Il sa laissa attirer par taninius dans des défilés . ou les trois légions qu'il commandait furent taillées en, pièces. H se tua de désespojr, et un barbare envoya sa tète a Rome. Paterculus , il, cbap. cxvir.
S56 OEUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU
Dans ce lugubre réduit?
Pourquoi ces clartés funèbres , Plus affreuses que la nuit?
De ces noirs objets troublée , Triste , et sans cesse immolée A de frivoles égards , Ferez-vous d'un mausolée Le plaisir de vos regards?
Voyez les Grâces fidèles Malgré vous suivre vos pas , Et voltiger autour d'elles L'Amour, qui vous tend les bras.
Voyez ce dieu plein de charmes ,' Qui vous dit , les yeux en larmes :
Pourquoi ces soins superflus?
Pourquoi ces cris, ces alarmes?
Ton époux ne t'entend plus.
A sa triste destinée
C'est trop donner de regrets :
Par les larmes d'une année
Ses mânes sont satisfaits.
De la célèbre matrone,
Que l'antiquité nous prône ,
N'imitez point le dégoût;
Ou, pour l'hormeur de Pétrone ,
Imitez-la jusqu'au bout.
Les chroniques les plus amples Des veuves des premiers temps , Nous fournissent peu d'exemples D'Artémises de vingt ans.
Plus leur douleur est illustre , Et plus elle sert de lustre A leur amoureux essor :
Andromaque, en moins d'un lustre, Remplaça deux fois Hector ».
De la veuve de Sichée L'histoire vous a fait peur :
Didon mourut attachée Au char d'un amant trompeur ; Mais l'imprudence mortelle N'eut a se plaindre que d'elle ; Ce fut sa faute , en un mot :
A quoi songeait cette belle , De prendre un amant dévot ?
Pouvait-elle mieux attendre
1 En épousant d'abord Pyrrhus , et bientôt après Hélénus , lorsque le fils d'Achille eut été tué par Oreste. Virg. Enéid. liv. m, v. 325 et suiv.
De ce pieux voyageur, Qui , fuyant sa ville en cendre Et le fer du Grec vengeur, Chargé des dieux de Pergame, Ravit son père à la flamme , Tenant son fils par la main, Sans prendre garde à sa femme *, Qui se perdit en chemin ?
Sous un plus heureux auspice, La déesse des amours Veut qu'un nouveau sacrifice Lui consacre vos beaux jours :
Déjà le bûcher s'allume , L'autel brille , l'encens fume , La victime s'embellit, L'amour même la consume , Le mystère s'accomplit.
Tout conspire à l'allégresse De cet instant solennel :
Une riante jeunesse Folâtre autour de l'autel ; Les Grâces à demi nues A ces danses ingénues Mêlent de tendres accents ; Et , sur un trône de nues, Vénus reçoit votre encens.