A M. L'ABBÉ DE CHAULIEU
Tant qu'a duré l'influence D'un astre propice et doux , Malgré moi , de ton absence J'ai supporté les dégoûts.
Je disais : Je lui pardonne
' Allusion à cet endroit du second livre de Y Enéide où Creuse, qui accompagnait son époux et son lils dans leur fuite, ne perd en effet tout à coup en chemin.
Fatone erepta Creusa Substitit, erravitne via , seu lassa resedlt , Incertum. Lib. II , v. 758.
2 II mérita par son genre de vie, et par quelques-unes de ses productions , le surnom A'Anacréon du Temple. C'est de lui que Voltaire disait dans le Temple du Goût:
Sa vive imagination Prodiguait dans sa douce Ivresse Des beautés sans correction.
Qui choquaient un peu la justesse , Et respiraient la passion.
Ses stances sur la Retraite et sur la Goutte, celles surtout sur la Solitude de Fontenay, ont suffi pour lui faire, et lui conserveront la réputation de premier des poètes négligés. — Né en 1639; mort en 1720.
De préférer les beautés De Paies et de Pomone Au tumulte des cités :
Ainsi l'amant de Glycère, Épris d'un repos obscur, Cherchait l'ombre solitaire Des rivages de Tibur *.,
Mais aujourd'hui qu'en nos plaines Le chien brûlant de Procris ' De Flore aux douces haleines Dessèche les dons chéris ,
Veux-tu d'un astre perfide Risquer les âpres chaleurs , Et dans ton jardin aride Sécher ainsi que tes fleurs ?
Crois-moi , suis plutôt l'exemple De tes amis casaniers ; Et reviens goûter, au Temple 3, L'ombre de tes marronniers.
Dans ce salon pacifique , Où président les neuf Soeurs , Un loisir philosophique T'offre encor d'autres douceurs :
Là, nous trouverons sans peine Avec toi , le verre en main , L'homme après qui Diogène Courut si longtemps en vain ;
Et, dans la douce allégresse Dont tu sais nous abreuver, Nous puiserons la sagesse, Qu'il chercha sans la trouver.
ODES, LIVRE U
Toi qui dans les sentiers d'Horace Marches sans jamais t'égarer; Qui , par les leçons d'Aristippe, " De la sagesse de Chrysippe As su corriger l'âpreté , Et , telle qu'aux beaux jours d'Astrée , Nous montrer la vertu parée Des attraits de la volupté.
Ce feu sacré que Prométhée *
Osa dérober dans les cieux,
La raison à l'homme apportée ,
Le rend presque semblable aux dieux.
Se pourrait-il , sage la Fare ,
Qu'un présent si noble et si rare
De nos maux devînt l'instrument ,
Et qu'une lumière divine
Pût jamais être l'origine
D'un déplorable aveuglement ?
Lorsqu'à l'époux de Pénélope Minerve accorde son secours , Les Lestrigons et le Cyclope »
Ont beau s'armer contre ses jours :
Aidé de cette intelligence , Il triomphe de la vengeance De Neptune en vain courroucé; Par elle il brave les caresses Des Sirènes enchanteresses, Et les breuvages de Circé.
De la vertu qui nous conserve, C'est le symbolique tableau :
Chaque mortel a sa Minerve Qui doit lui servir de flambeau.
Mais cette déité propice Marchait toujours devant Ulysse,