‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 522 sur 672 · A M. LE MARQUIS DE LA FARE · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE LA FARE

Dans la route que je me trace, La Fare, daigne m'éclairer,

1 Horace ne perd aucune occasion de vanter les charmes de cette retraite ; et c'est le plus souvent par l'épilhete de vacuum qu'il se plaît à la désigne! :

Sed vacuum Tibur placct , aut Imbelle Tarent uni.

Epist. vit, Iili. I , v. As.

ce que Rousseau rend assez bien ici par l'ombre solitaire.

'Procris était l'épouse de Céphale. (Voyez leur histoire agréablement racontée par 0\ide, Métamorph. vu. v. 694, et Art. Amat. m, 686.) — Le chien de Procris indique ici les chaleurs de la canicule.

s Goûter l'ombre , etc. C'était peut-être la seule manière de rendre la belle expression de Virgile : Frigus captabis opaci/m. Fglog. I, v. 63.

4 Charles- Auguste de Laugère, marquis de la Fare, né

en 1644, mort en 1712, fut d'abord sous-lieutenant des gendarmes du Dauphin, ensuite capitaine des gardes de Monsieur. frère de Louis XIV ; enfin capitaine des gardes du due d'Orléans, régent. Les sentiments d'estime et d'amitié que Rousseau lui avait inspirés ne se démentirent point, dans le temps même ou la calomnie et les persécutions poursuivaient notre malheureux poète jusque chez l'étranger. La Fare lui adressait, à Soleure , l'épitre qui commence par ces vers :

Keçois avec plaisir l'épitre

De ton ami ressuscité ,

Cher Rousseau , qui se sent flatté

D'être par toi ^'.r le registre

De ceux dont la fidélité

A le mieux mérité ce titre, etc.

1 Ce feu sacré que Prométhée.... La raison , etc. Ce ne fut pas là précisément l'objet de Prométhée, en dérobant une étincelle du feu céleste (voye« Hésiode, les Travaux et les

Jours, v. 47, édil. de Brunck); m.ii> il était impossible de donner a la raison une origine plus noble et plus poétique.

1 Les Lestrigons et le Cyclope, etc. (Voyez les livres IX et \ de l'Odyssée.)

ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Lui servant de guide ou d'appui ; Au lieu que , par l'homme conduite Elle ne va plus qu'à sa suite, Et se précipite avec lui.

Loin que la raison nous éclaire, Et conduise nos actions , Nous avons trouvé l'art d'en faire L'orateur de nos passions :

C'est un sophiste qui nous joue, Un vil complaisant qui se loue A tous les fous de l'univers, Qui , s'habillant du nom de sages , La tiennent sans cesse à leurs gages Pour autoriser leurs travers.

C'est elle qui nous fait accroire

Que tout cède à notre pouvoir;

Qui nourrit notre folle gloire

De l'ivresse d'un faux savoir;

Qui , par cent nouveaux stratagèmes ,

Nous masquant sans cesse à nous-mêmes,

Parmi les vices nous endort,

Du furieux fait un Achille,

Du fourbe un politique habile,

Et de l'athée un esprit fort.

Mais vous, mortels, qui dans le monde Croyant tenir les premiers rangs , Plaignez l'ignorance profonde De tant de peuples différents; Qui confondez avec la brute Ce Huron caché sous sa hutte , Au seul instinct presque réduit, Parlez : Quel est le moins barbare , D'une raison qui vous égare , Ou d'un instinct qui le conduit ?

La nature , en trésors fertile , Lui fait abondamment trouver Tout ce qui lui peut être utile, Soigneuse de le conserver.

Content du partage modeste Qu'il tient de la bonté céleste , Il vit sans trouble et sans ennui ; Et si son climat lui refuse Quelques biens dont l'Europe abuse , Ce ne sont plus des biens pour lui.

Couché dans un antre rustique , Du nord il brave la rigueur ; Et notre luxe asiatique N'a point énervé sa vigueur :

Il ne regrette point la perte

De ces arts dont la découverte A l'homme a coûté tant de soins , Et qui devenus nécessaires , N'ont fait qu'augmenter nos misères, En multipliant nos besoins.

Il méprise la vaine étude D'un philosophe pointilleux, Qui, nageant dans l'incertitude, Vante son savoir merveilleux :

Il ne veut d'autre connaissance Que ce que la Toute-Puissance A bien voulu nous en donner; Et sait qu'elle créa les sages Pour profiter de ses ouvrages , Et non pour les examiner.

Ainsi , d'une erreur dangereuse Il n'avale point le poison; Et notre clarté ténébreuse N'a point offusqué sa raison.

11 ne se tend point à lui-même Le piège d'un adroit système , Pour se cacher la vérité :

Le crime à ses yeux paraît crime , Et jamais rien d'illégitime Chez lui n'a pris l'air d'équité.

Maintenant, fertiles contrées, Sages mortels, peuples heureux, Des nations hyperborées Plaignez l'aveuglement affreux :

Vous qui , dans la vaine noblesse , Dans les honneurs, dans la mollesse, Fixez la gloire et les plaisirs ; Vous de qui l'infâme avarice Promène au gré de son caprice Les insatiables désirs.

Oui , c'est toi , monstre détestable , Superbe tyran des humains , Qui seul du bonheur véritable A l'homme as fermé les chemins.

Pour apaiser sa soif ardente , La terre en trésors abondante , Ferait germer l'or sous ses pas :

Il brûle d'un feu sans remède ; Moins riche de ce qu'il possède Que pauvre de ce qu'il n'a pas '.

Scilicet improbac Creseunt divitiae ; taraen Curts nescio quid sempcr abest rei.

Hor. liv. III, ode xxrv.

ODES, LIVRE If.

Ah! si d'une pauvreté dure Nous cherchons à nous affranchir, Rapprochons-nous de la nature, Qui seule peut nous enrichir.

Forçons de funestes obstacles ; Réservons pour nos tabernacles ■ Cet or, ces rubis , ces métaux :

Ou dans le sein des mers avides Jetons ces richesses perfides , L'unique élément de nos maux.

Ce sont là les vrais sacrifices Par qui nous pouvons étouffer Les semences de tous les vices Qu'on voit ici-bas triompher.

Otez l'intérêt de la terre , Vous en exilerez la guerre , L'honneur rentrera dans ses droits :

Et, plus justes que nous ne sommes Nous verrons régner chez les hommes Les mœurs à la place des lois.

Surtout réprimons les saillies De notre curiosité, Source de toutes nos folies, Mère de notre vanité.

Nous errons dans d'épaisses ombres, Où souvent nos lumières sombres Ne servent qu'à nous éblouir :

Soyons ce que nous devons être .

Et ne perdons point à connaître Des jours destinés à jouir ».

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