‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 523 sur 672 · SUR LA MORT DE S. A. S. MONSETONEUB · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE S. A. S. MONSETONEUB

LE PRINCE DE COiNTI3.

Peuples, dont la douleur, aux larmes obstinée, De ce prince chéri déplore le trépas ,

1 Vcl nos in Capltolium...

Vcl nos In marc proxinuim Gemmas et lapides , aurum et InutiU' .

Summi materiam mail, Miltamus.

IloR. liv. III , ode xxiv.

1 On peut compter cette ode parmi les meilleures de ce genre (YOilr morale). C'est un lieu commun, il est vrai; mais le Style •'st en généra) d'une précision énergique, maigre quelques faiblesses ; et si les idées ne sont pas toujours exactement \ raies pour la raison, qui considère les objets vus toutes le.s faces, elles le sont assez pour la poésie , qui peut, comme l'éloquence, ne les présenter que sous un seul aspect. (LA H\ni i

'François-Louis, prince de la Roche-sur- Yorj , lils d'Armand de Bourbon , prince de Conli , et neveu du grand Coudé. Élei é sous les yeux d'un tel oncle, le Jeune prince se passionna fa-

Approchez , et voyez quelle est la destinée Des grandeurs d'ici-bas.

Conti n'est plus. O ciel! ses vertus, son courage, La sublime valeur, le zèle pour son roi , N'ont pu le garantir, au milieu de son âge, De la commune loi.

Il n'est plus ; et les dieux , en des temps si funestes , N'ont fait que le montrer aux regards des mortels '. Soumettons-nous. Allons porter ses tristes restes Au pied de leurs autels.

Elevons à sa cendre un monument célèbre : Que le jour de la nuit emprunte les couleurs. Soupirons, gémissons sur ce tombeau funèbre Arrosé de nos pleurs.

Mais que dis-je ? Ah ! plutôt à sa vertu suprême Consacrons un hommage et plus noble et plus doux. Ce héros n'est point mort ; le plus beau de lui-même Vit encor parmi nous.

Ce qu'il eut de mortel s'éclipse à notre vue ; Mais de ses actions le visible flambeau , Son nom , sa renommée en cent lieux répandue , Triomphent du tombeau.

En dépit de la mort , l'image de son âme , Ses talents, ses vertus , vivantes dans nos coeurs , Y peignent ce héros avec des traits de flamme , De la Parque vainqueurs.

Steinkerque, où sa valeur rappela la victoire , Nerwinde , où ses efforts guidèrent nos exploits , Éternisent sa vie , aussi bien que la gloire De l'empire françois.

Ne murmurons donc plus contre Jes destinées Qui livrent sa jeunesse au ciseau d'Atropos ; Et ne mesurons point au nombre des années La course des héros.

Pour qui compte les jours d'une vie inutile , L'âge du vieux Priam passe celui d'Hector :

cilement pour la gloire, et chercha de bonne heure l'occasion d'en acquérir. Mais n'ayant pu obtenir l'emploi qu'il sollicitait à l'armée, il offrit ses ser\iees à l'empereur, alors en guerre avec les Turcs. De retour en France, il lit avec distinction les campagnes de (Iran, de Steinkerque et de Nerwinde. Élu roi de Pologne es 1697, il fut écarte du trône par le parti qui y portait Auguste, électeur de Saxe. Né en 1604, il mourut le 23 février iTo'i , au moment où il allait obtenir le commandemenf de l'armée de Kl. un ire.

1 N'ont fait que le mouln r, - te. Cesl le vers de Virgile au sujet du jeune Marcellus. Enéide, 1 1 , l

Ostcpdcnt terris hune tantura fatal

Pour

OEUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

qui compte les faits , les ans du jeune Achille L'égalent à Nestor.

Voici , voici le temps où , libres de contrainte , Nos voix peuvent pour lui signaler leurs accents ; Je puis à mon héros , sans bassesse et sans crainte, Prodiguer mon encens.

Muses, préparez-lui votre plus riche offrande ; Placez son nom fameux entre les plus grands noms. Rien ne peut plus faner l'immortelle guirlande Dont nous le couronnons.

Oui , cher prince , ta mort de tant de pleurs suivie , Met le comble aux grandeurs dont tu fus revêtu ; Et sauve des écueils d'une plus longue vie Ta gloire et ta vertu.

Au faîte des honneurs , un vainqueur indomptable Voit souvent ses lauriers se flétrir dans ses mains. La mort, la seule mort met le sceau véritable Aux grandeurs des humains.

Combien avons-nous vu d'éloges unanimes Condamnés, démentis par un honteux retour! Et combien de héros glorieux , magnanimes , Ont vécu trop d'un jour !

Du Midi jusqu'à l'Ourse on vantait ce monarque ■« Qui remplit tout le Nord de tumulte et de sang : Il fuit -, sa gloire tombe, et le Destin lui marque Son véritable rang.

Ce n'est plus ce héros guidé par la victoire , Par qui tous les guerriers allaient être effacés : C'est un nouveau Pyrrhus , qui va grossir l'histoire Des fameux insensés.

Ainsi , de ses bienfaits la fortune se venge. Mortels , défions-nous d'un sort toujours heureux ; Et de nos ennemis songeons que la louange Est le plus dangereux ».

Jadis tous les humains errant à l'aventure3 ,

1 Charles XII , roi de Suède.

2 Ici se terminait d'abord l'ode sur la mort du prince de Conti , et le poète semblait avoir en effet rempli tout son sujet. Je ne sais s'il n'eut pas mieux fait de s'en tenir à sa première idée, et de rendre à la pièce suivante sou véritable titre : Ode aux rois, sur leurs flatteurs.

s Jadis tous les humains, etc. Malgré les efforts du poète pour fondre ensemble ces deux sujets , quoiqu'il ait pris soin de nous dire d'avance :

Je puis à mon héros , sans bassesse et sans crainte , Prodiguer mon encens;

A leur sauvage instinct vivaient abandonnés , Satisfaits d'assouvir de l'aveugle nature Les besoins effrénés :

La raison , fléchissant leurs humeurs indociles , De la société vint former les liens , Et bientôt rassembla sous de communs asiles Les premiers citoyens.

Pour assurer entre eux la paix et l'innocence,1 Les lois firent alors éclater leur pouvoir; Sur des tables d'airain l'audace et la licence » Apprirent leur devoir.

Mais il fallait encor, pour étonner le crime , Toujours contre les lois prompt à se révolter, Que des chefs , revêtus d'un pouvoir légitime , Les fissent respecter.

Ainsi , pour le maintien de ces lois salutaires, Du peuple entre vos mains le pouvoir fut remis , Rois : vous fûtes élus sacrés dépositaires Du glaive de Thémis.

Puisse en vous la vertu faire luire sans cesse De la Divinité les rayons glorieux!

Partagez ces tributs d'amour et de tendresse Que nous offrons aux dieux.

Mais chassez loin de vous la basse flatterie, Qui , cherchant à souiller la bonté de vos mœurs , Par cent détours obscurs s'ouvre avec industrie La porte de vos cœurs.

Le pauvre est à couvert de ses ruses obliques : Orgueilleuse , elle suit la pourpre et les faisceaux ; Serpent contagieux, qui des sources publiques Empoisonne les eaux.

Craignez que de sa voix les trompeuses délices N'assoupissent enfin votre faible raison; De cette enchanteresse osez , nouveaux Ulysses , Rejeter le poison.

et un peu plus loin :

Combien avons-nous vu d'éloges unanimes Condamnés , démentis , etc. ;

ce n'en est pas moins un accessoire , qui se détache trop sensiblement du fond du tableau; c'est une froide digression, et non pas un écart lyrique.

1 Sur des tables d'airain... apprirent leur devoir, rend assez bien l'idée et la belle expression d'Ovide :

Verba minantia fiio JEre legebantur.

Metam. i, v. 91.

ODES, LIVRE II

Némésis vous observe , et frémit des blasphèmes Dont rougit à vos yeux l'aimable Vérité : N'attirez point sur vous , trop épris de vous-mê mes, Sa terrible équité.

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C'est elle dont les yeux , certains , inévitables , Percent tous les replis de nos cœurs insensés ; Et nous lui répondons des éloges coupables Qui nous sont adressés.

Des châtiments du ciel implacable ministre, De l'équité trahie elle venge les droits; Et voici les arrêts dont sa bouche sinistre Épouvante les rois :

« Écoutez et tremblez, idoles de la terre! « D'un encens usurpé Jupiter est jaloux : « Vos flatteurs dans ses mains allument le tonnerre « Qui s'élève sur vous.

« 11 détruira leur culte : il brisera l'image « A qui sacriûaient ces faux adorateurs : « Et punira sur vous le détestable hommage « De vos adulateurs.

« Moi , je préparerai les vengeances célestes ; « Je livrerai vos jours au démon de l'orgueil , « Qui , par vos propres mains , de vos grandeurs fu- « Creusera le cercueil. [nestes

« Vous n'écouterez plus la voix de la sagesse, « Et dans tous vos conseils l'aveugle vanité , « L'esprit d'enchantement , de vertige et d'ivresse , « Tiendra lieu de clarté.

« Sous les noms spécieux de zèle et de justice, « Vous vous déguiserez les plus noirs attentats; « Vous couvrirez de fleurs les bords du précipice « Qui s'ouvre sous vos pas.

« Mais enfin votre chute , à vos yeux déguisée, « Aura ces mêmes yeux pour tristes spectateurs , « Et votre abaissement servira de risée « A vos propres flatteurs. »

De cet oracle affreux tu n'as point à te plaindre , Cher prince ; ton éclat n'a point su t'abuser : Ennemi des flatteurs , à force de les craindre, Tu sus les mépriser.

Aussi la Renommée, en publiant ta gloire,

Ne sera point soumise à ces fameux revers; Les dieux t'ont laissé vivre assez pour ta mémoire , Trop peu pour l'univers!

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