‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 534 sur 672 · CONTRE LES DÉTRACTEURS DE L'ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

CONTRE LES DÉTRACTEURS DE L'ANTIQUITÉ

Si du tranquille Parnasse Les habitants renommés Y gardent encor leur place Lorsque leurs yeux sont fermés; Et si , contre l'apparence , Notre farouche ignorance Et nos insolents propos Dans ces demeures sacrées De leurs âmes épurées Troublent encore le repos ;

Que dis-tu , sage Malherbe , De voir tes maîtres proscrits Par une foule superbe De fanatiques esprits, Et dans ta propre patrie Renaître la barbarie De ces temps d'infirmité , Dont ton immortelle veine Jadis avec tant de peine Dissipa l'obscurité ?

Peux-tu , malgré tant d'hommages ,

D'encens, d'honneurs et d'autels ,

Voir mutiler les images

De tous ces morts immortels ,

Qui , jusqu'au siècle où nous sommes ,

Ont fait chez les plus grands hommes

Naître les plus doux transports,

Et dont les divins génies

De tes doctes symphonies

Ont formé tous les accords?

\nimé par leurs exemples, Soutenu par leurs leçons,

1 Composée en I7IB, dans le f« >rt .1.' i.i querelle élevée entre la Hotte et madame Dacterrar M prééminence des anciens et des modernes.

ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Tu fis retentir nos temples De tes célestes chansons.

Sur la montagne thébaine Ta lyre fière et hautaine Consacra l'illustre sort D'un roi vainqueur de l'envie ■ , Vraiment roi pendant sa vie, Vraiment grand après sa mort.

Maintenant ton ombre heureuse , Au comble de ses désirs, De leur troupe généreuse Partage tous les plaisirs.

Dans ces bocages tranquilles , Peuplés de myrtes fertiles Et de lauriers toujours verts, Tu mêles ta voix hardie A la douce mélodie De leurs sublimes concerts.

Là , d'un dieu fier et barbare Orphée adoucit les lois; Ici le divin Pindare Charme l'oreille des rois.

Dans tes douces promenades , Tu vois les folles Ménades Rire autour d'Anaeréon, Et les Nymphes , plus modestes , Gémir des ardeurs funestes De l'amante de Phaon.

A la source d'Hippocrène Homère , ouvrant ses rameaux , S'élève comme un vieux chêne Entre déjeunes ormeaux :

Les savantes immortelles, Tous les jours , de fleurs nouvelles Ont soin de parer son front ; Et par leur commun suffrage Avec elles il partage Le sceptre du double mont.

Ainsi les chastes déesses , Dans ces bois verts et fleuris, Comblent de justes largesses Leurs antiques favoris.

Mais pourquoi leur docte lyre Prendrait-elle un moindre empire Sur les esprits des neuf Sœurs , Si de son pouvoir suprême ,

1 Heni IV. — Le chef-d'œuvre peut-être de Malherbe, et l'un des plus beaux monuments de notre langue , dans le genre lyrique, est l'ode que lui inspira l'attentat commis le 19 décembre 1605 , sur la personne de ce prince , si roi en effet pendant sa vie, cl si grand après sa mort.

Pluton , Cerbère lui-même, Ont pu sentir les douceurs ?

Quelle est donc votre manie , Censeurs dont la vanité De ces rois de l'harmonie Dégrade la majesté; Et qui , par un double crime , Contre l'Olympe sublime Lançant vos traits venimeux, Osez , dignes du tonnerre , Attaquer ce que la terre Eut jamais de plus fameux ?

Impitoyables Zoïles, Plus sourds que le noir Pluton, Souvenez-vous , âmes viles , Du sort de l'affreux Python :

Chez les filles de Mémoire Allez apprendre l'histoire De ce serpent abhorré, Dont l'haleine détestée , De sa vapeur empestée Souilla leur séjour sacré.

Lorsque la terrestre masse Du déluge eut bu les eaux , Il effraya le Parnasse Par des prodiges nouveaux.

Le ciel vit ce monstre impie , Né de la fange croupie Au pied du mont Pélion, Souffler son infecte rage Contre le naissant ouvrage Des mains de Deucalion.

Mais le bras sûr et terrible Du dieu qui donne le jour, Lava dans son sang horrible L'honneur du docte séjour.

Bientôt de la Thessalie , Par sa dépouille ennoblie, Les champs en furent baignés ; Et du Céphise rapide Son corps affreux et livide Grossit les flots indignés.

De l'écume empoisonnée De ce reptile fatal , Sur la terre profanée Naquit un germe infernal ; Et de là naissent les sectes De tous ces sales insectes , De qui le souffle envieux

ODES, LIVRE III

Ose , d'un venin critique, Noircir de la Grèce antique Les célestes demi-dieux.

A peine , sur de vains titres , Intrus au sacré vallon , Ils s'érigent en arbitres Des oracles d'Apollon :

Sans cesse dans les ténèbres Insultant les morts célèbres, Ils sont comme ces corbeaux De qui la troupe affamée , Toujours de rage animée, Croasse autour des tombeaux.

Cependant, à les entendre, Leurs ramages sont si doux , Qu'aux bords mêmes du Méandre Le cygne en serait jaloux; Et quoique en vain ils allument L'encens dont ils se parfument Dans leurs cbants étudiés , Souvent de ceux qu'ils admirent, Lâches flatteurs, ils attirent Les éloges mendiés.

Une louange équitable, Dont l'honneur seul est le but , Du mérite véritable Est le plus juste tribut :

Un esprit noble et sublime , Nourri de gloire et d'estime , Sent redoubler ses chaleurs , Comme une tige élevée , D'une onde pure abreuvée, Voit multiplier ses fleurs.

Mais cette flatteuse amorce

D'un hommage qu'on croit dû ,

Souvent prête même force

Au vice qu'à la vertu.

De la céleste rosée

La terre fertilisée,

Quand les frimas ont cessé ,

Fait également éclore

Et les doux parfums de Flore

Et les poisons de Circé.

Cieux, gardez vos eaux fécondes Pour le myrte aimé des dieux; Ne prodiguez plus vos ondes A cet if contagieux ; Et vous, enfants des nuages , Vents , ministres des orages ,

Venez , fiers tyrans du Nord, De vos brûlantes froidures Sécher ces feuilles impures Dont l'ombre donne la mort.

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