‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 535 sur 672 · CHANCELIER DE LA COI H IMPERIALE · texte numérisé non relu

CHANCELIER DE LA COI H IMPERIALE

L'hiver, qui si longtemps a fait blanchir nos plaines», N'enchaîne plus le cours des paisibles ruisseaux ; Et les jeunes zéphyrs de leurs chaudes haleines Ont fondu l'écorce des eaux.

Les troupeaux ont quitté leurs cabanes rustiques , Le laboureur commence à lever ses guérets : Les arbres vont bientôt de leurs têtes antiques Ombrager les vertes forêts.

Déjà la terre s'ouvre, et nous voyons éclore Les prémices heureux de ses dons bienfaisants : Cérès vient à pas lents , à la suite de Flore , Contempler ses nouveaux présents.

De leurs douces chansons, instruits par la nature, Mille tendres oiseaux font résonner les airs ; Et les Nymphes des bois, dépouillant leur ceinture, Dansent au bruit de leurs concerts.

Des objets si charmants , un séjour si tranquille, La verdure, les fleurs, les ruisseaux, les beaux jours, Tout invite le sage à chercher un asile Contre le tumulte des cours.

Mais vous , à qui Minerve et les tilles d'Astrée Ont confié le sort des terrestres humains , Vous, qui n'osez quitter la balance sacrée Dont Thémis a chargé vos mains ;

Ministre delà paix qui gouvernez les rênes D'un empire puissant autant que glorieux , Vous ne pouvez longtemps vous dérober aux chaînes De vos emplois laborieux.

1 Composée en 17 ig , et probablement pendant le vi que lit Rnnnwnn avec le comte de Zinzindarf dans ses terres de Moravie. — Lettre à Brostette, 30 septembre itig.

J L'hiver qui si longt - quatre premières stro-

phes bodI une imitation fort lil>rc et en généra peu li< ureu.se, de l'ode iv du premier li\ ce d B s tvitur ucris hicms.

Voltaire s'est fort égayé, surtout*, aux dépens des chaude* haleines des zéphyrs, fftA fondent Pécores des musa Il y a en effet de la recherche . de la bixai rerie même dans cette expres&toni et ce n'est point en parlant ce langage que l'on se fait OUI rir le> portes du /'< mple du GoûL Mais a combien dt) titres un poète tel que Rousseau ne devait-il pas, à son nom seul, les \>>ir >'ou\rir devant lui!

• Itan.i le Temple du Coût.

576 ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Bientôt l'État , privé d'une de ses colonnes , Se plaindrait d'un repos qui trahirait le sien; L'orphelin vous crîrait : Hélas! tu m'abandonnes ! Je perds mon plus ferme soutien !

Vous irez donc revoir, mais pour peu de journées, Ces fertiles jardins, ces rivages si doux, Que la nature et l'art , de leurs mains fortunées , Prennent soin d'embellir pour vous.

Dans ces immenses lieux dont lesort vous fit maître, Vous verrez le soleil, cultivant leurs trésors, Se lever le matin , et le soir disparaître , Sans sortir de leurs riches bords.

Tantôt vous tracerez la course de votre onde; Tantôt , d'un fer courbé dirigeant vos ormeaux , Vous ferez remonter leur sève vagabonde Dans de plus utiles rameaux.

Souvent, d'un plomb subtil que le salpêtre embrase, Vous irez insulter le sanglier glouton , Ou, nouveau Jupiter, faire aux oiseaux du Phase Subir le sort de Phaéton.

0 doux amusements ! ô charme inconcevable A ceux que du grand monde éblouit le chaos ! Solitaires vallons, retraite inviolable De l'innocence et du repos :

Délices des aïeux d'une épouse adorée, Qui réunit l'éclat de toutes leurs splendeurs , Et dans qui la vertu , par les grâces parée , Brille au-dessus de leurs grandeurs!

Arbres verts et fleuris, bois paisibles et sombres , A votre possesseur si doux et si charmants , Puissiez-vous ne durer que pour prêter vos ombres A ses nobles délassements!

Mais la loi du devoir, qui lui parle sans cesse , Va bientôt l'enlever à ses heureux loisirs ; Il n'écoutera plus que la voix qui le presse De s'arracher à vos plaisirs.

Bientôt vous le verrez , renonçant à lui-même , Reprendre les liens dont il est échappé ; Toujours de l'intérêt d'un monarque qu'il aime , Toujours de sa gloire occupé.

Allez , illustre appui de ses vastes provinces , Allez ; mais revenez , de leur amour épris , Organe des décrets du plus sage des princes , Veiller sur ses peuples chéris.

C'est pour eux qu'autrefois, loin de votre patrie, Consacré de bonne heure à de nobles travaux, Vous fîtes admirer votre heureuse industrie A ses plus illustres rivaux.

La France vit briller votre zèle intrépide Contre le feu naissant de nos derniers débats : Le Batave vous vit opposer votre égide Au cruel démon des combats.

Vos vœux sont satisfaits : la Discorde et la Guerre N'osent plus rallumer leurs tragiques flambeaux ; Et les dieux apaisés redonnent à la terre Des jours plus sereins et plus beaux.

Ce chef de tant d'États *, à qui le ciel dispense Tant de riches trésors , tant de fameux bienfaits , A déjà de ces dieux reçu la récompense De sa tendresse pour la paix.

Il a vu naître enfin de son épouse aimée1 Un gage précieux de sa fécondité , Et qui va désormais de l'Europe charmée Affermir la tranquillité.

Arbitre tout-puissant d'un empire invincible, Plus maître encor du cœur de ses sujets heureux, Qu'a-t-il à désirer, qu'un usage paisible Des jours qu'il a reçus pour eux?

Non, non, il n'ira point , après tant de tempêtes , Ressusciter encor d'antiques différends : Il sait trop que souvent les plus belles conquêtes Sont la perte des conquérants.

Si toutefois l'ardeur de son noble courage L'engageait quelque jour au delà de ses droits, Écoutez la leçon d'un Socrate sauvage Faite au plus puissant de nos rois3,

Pour la troisième fois , du superbe Versailles Il faisait agrandir le parc délicieux ; Un peuple harassé de ses vastes murailles Creusait le contour spacieux.

Un seul , contre un vieux chêne appuyé sans mot dire, Semblait à ce travail ne prendre aucune part : « A quoi rêves-tu là? » dit le prince. — « Hélas ! sire, Répond le champêtre vieillard ,

Pardonnez : je songeais que de votre héritage Vous avez beau vouloir élargir les confins ;

1 L'empereur Charles VI.

2 Elisabeth-Christine de Brunswick- Wolfenbutel , mère de l'illustre Marie-Thérèse.

3 Louis XIV.

ODES, LIVRE III

Quand vous l'agrandiriez trente fois davantage , Vous aurez toujours des voisins. »

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