‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 536 sur 672 · LE PRINCE DE VENDOME · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE VENDOME

SIÎB SON RETOUR DE L'iLE DE MALTE, EN 1715.

Après que cette île guerrière, Si fatale aux fiers Ottomans ', Eut mis sa puissante barrière A couvert de leurs armements; Vendôme , qui , par sa prudence , Y sut établir l'abondance , Et pourvoir à tous ses besoins, Voulut céder aux destinées Qui réservaient à ses années D'autres climats et d'autres soins.

Mais dès que la céleste voûte Fut ouverte au jour radieux Qui devait éclairer la route De ce héros ami des dieux , Du fond de ses grottes profondes Neptune éleva sur les ondes Son char de Tritons entouré; Et ce dieu prenant la parole , Aux superbes enfants d'Éole Adressa cet ordre sacré :

« Allez, tyrans impitoyables Qui désolez tout l'univers , De vos tempêtes effroyables Troubler ailleurs le sein des mers:

Sur les eaux qui baignent l'Afrique, C'est au Vultume pacifique1 Que j'ai destiné votre emploi; Partez , et que votre furie , Jusqu'à la dernière Hespérie, Respecte et subisse sa loi.

Mais vous, aimables Néréides, Songez au sang du grand Henri3,

1 Les Turcs ayant menacé Malte en iti"., le prince de Venlôme vola à son secours, el fui nommé généralissime des roapes; mais le siège n'ayanl point eu lieu, le prince revint m France au moisd octobre de la même année.

J C'est au f'ulturne pacifique, etc. — Obstrictis aliis, wœter Iapyga. Horace, l,ode m.

tLe grandpère du prince auquel cette ode esl adressée

mt de Vendôme, riait «is de- Henri IV el de G I Estrécs

j. n. roussi m .

Lorsque nos campagnes bumides Porteront ce prince chéri ; Aplanissez l'onde orageuse; Secondez l'ardeur courageuse De ses fidèles matelots :

Venez , et d'une main agile « Soutenez son vaisseau fragile Quand il roulera sur mes flots.

Ce n'est pas la première grâce Qu'il obtient de notre secours; Dès l'enfance , sa jeune audace Osa vous confier ses jours :

C'est vous qui , sur ce moite empire, Au gré du volage Zéphire, Conduisiez aq port son vaisseau , Lorsqu'il vint , plein d'un si beau zèle , Au secours de l'île où Cybèle Sauva Jupiter au berceau 2.

Dès lors, quels périls, quelle gloire3 N'ont point signalé son grand cœur ?

Ils font le plus beau de l'histoire D'un héros en tous lieux vainqueur, D'un frère • .... Mais le ciel , avare De ce don si cher et si rare , L'a trop tôt repris aux humains.

C'est à vous seuls de l'en absoudre , Trônes ébranlés par sa foudre , Sceptres raffermis par ses mains.

Non moins grand, non moins intrépide, On le vit , aux yeux de son roi , Traverser un fleuve rapide .

Et glacer ses rives d'effroi :

Tel que d'une ardeur sanguinaire Un jeune aiglon , loin de son aire Emporté plus prompt qu'un éclair, Fond sur tout ce qui se présente ,

'■Venez, el d'une main agile, etc. C'est le tableau déjà tracé par \ irgile, Ém ri. i . i ,^ :

i ymothoe , simul cl Triton adnixos, acnto Dctrudunl naves scopulo . levât Ipse trldcnti , etc.

2 Le izraml prieur a\ ■■,•. le

due de Beauforl a l'expédition de Candie, la < rètedes an célèbre parsescenl villes, el surtout par la naissance de Jupiter, sauvé, comme Ton sait, île la fureur de si n père par le zèle des Corybantes, prêtres de I ■■

l>- s lors , quels p rils, quelle gloire, etc. Tout ceri n'était pas un vain compliment: le prince de Vendôme avait suivi i \l\.m 1672 , à la conquête de la Hollande , et donné des preuves i ■ latantes île bravoure aux sié{ de v alenciennes el de < ambrai : aux affain s ■ I » • Fleuras el de la \i n -aille, mi il fut même assez-dangereusemeni bl

■ D'an frèr ..-. lien- Joseph, duc de Vendôme, qui fit avec sucer. - d'Italie, vainquit le prin si rvil

ensuite en Flandre, et ramena Philip] \ M Irld. — Mortà Tignaros en 1712 , ngéde cinquante-huil ans.

ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Et d'un cri jette l'épouvante Chez tous les habitants de l'air

Bientôt sa valeur souveraine, Moins rebelle aux leçons de l'art, Dans l'école du grand Turenne Apprit à fixer le hasard.

C'est dans cette source fertile Que son courage plus utile, De sa gloire unique artisan , Acquit cette hauteur suprême Qu'admira Bellone elle-même Dans les campagnes d'Orbassan '.

Est-il quelque guerre fameuse Dont il n'ait partagé le poids?

Le Rhin , le Pô , l'Èbre , la Meuse , Tour à tour ont vu ses exploits.

France, tandis que tes armées De ses yeux furent animées , Mars n'osa jamais les trahir; Et la fortune permanente, A son étoile dominante Fit toujours gloire d'obéir.

Mais quand de lâches artifices * T'eurent enlevé cet appui , Tes destins , jadis si propices S'exilèrent tous avec lui :

Un Dieu plus puissant que tes armes Frappa de paniques alarmes Tes plus intrépides guerriers :

Et sur tes frontières célèbres Tu ne vis que cyprès funèbres Succéder à tous tes lauriers.

0 détestable Calomnie,

Fille de l'obscure Fureur,

Compagne de la Zizanie,

Et mère de l'aveugle Erreur!

C'est toi dont la langue aiguisée

De l'austère fils de Thésée

Osa déchirer les vertus;

C'est par toi qu'une épouse indigne

Arma contre un héros insigne

La crédulité de Prétus 3.

Dans la nuit et dans le silence Tu conduis tes coups ténébreux Du masque de la vraisemblance

1 Petite ville du Piémont , entre Turin et Pignerol.

2 Allusion à la disgrâce qu'éprouva le prince de Vendôme , en 1702 , pour ne s'ëcre point trouvé à la bataille de Cassano.

5 Voyez l'Iliade, VI, 156 etsuiv.

Tu couvres ton visage affreux

Tu divises, du désespères,

Les amis, les époux, les frères :

Tu n'épargnes pas les autels;

Et ta fureur envenimée ,

Contre les plus grands noms armée,

Ne fait grâce qu'aux vils mortels.

Voilà de tes agents sinistres Quels sont les exploits odieux.

Mais enfin ces lâches ministres Épuisent la bonté des dieux :

En vain , chéris de la fortune , Ils cachent leur crainte importune, Enveloppés dans leur orgueil :

Le remords déchire leur âme, Et la honte qui les diffame Les suit jusque dans le cercueil.

Vous rentrerez , monstres perfides ■ , Dans la foule où vous êtes nés :

Aux vengeances des Euménides Vos jours seront abandonnés :

Vous verrez , pour comble de rage J , Ce prince, après un vain orage, Paraître en sa première fleur, Et, sous une heureuse puissance, Jouir des droits que la naissance Ajoute encore à sa valeur.

Mais déjà ses humides voiles Flottent dans mes vastes déserts; Le soleil, vainqueur des étoiles, Monte sur le trône des airs.

Hâtez-vous , filles de Nérée; Allez sur la plaine azurée Joindre vos Tritons dispersés :

Il est temps de servir mon zèle :

Allez , Vendôme vous appelle; Neptune parle : obéissez. »

Il dit : et la mer, qui s'entr'ouvre , Déjà fait fait briller à ses yeux ,

1 Fous rentrerez... dans la foule oit vous êtes nés. fa comparé entre elles les meilleures éditions de Rousseau, < commencer parcelle de Bruxelles, publiée peu de tempsapre la mort de l'auteur; et j'ai trouvé partout, dans la foule. Esl ce en effet la véritable leçon ; est-ce une faute originelle , re produite d'éditions en éditions , sur la foi de la première; et 1 poète n'aurait-il pas écrit, dans la nuit, oudans la fange.

2 Fous verrez, pour comble de rage, etc. C'est ce quiar riva, en effet, lors de l'expédition projetée pour délivrer fil1 de Malte : mais ce fut le dernier effort de son zèle ; et de re tour à Paris, il ne songea plus qu'a s'abandonner aux dou: loisirs d'une cour dont les Chaulieu , les Voltaire, etc. fai saient, par leur esprit , les délices et l'ornement. Il s'était demi du grand prieuré, en 17 19, et mourut le 24 janvier 17^7, soixante-douze ans.

De son palais qu'elle découvre .

L'or et le cristal précieux ; Cependant la nef vagabonde , Au milieu des nymphes de l'onde Vogue d'un cours précipité; Telle qu'on voit rouler sur l'herbe Un char triomphant et superbe, Loin de la barrière emporté.

Enfin , d'un prince que j'adore Les dieux sont devenus l'appui : Il revient éclairer encore Une cour plus digne de lui.

Déjà, d'un nouveau phénomène L'heureuse influence y ramène Les jours d'Astrée et de Tfaémis :

Les vertus n'y sont plus en proie A l'avare et brutale joie De leurs insolents ennemis.

Un instinct né chez tous les hommes «, Et chez tous les hommes égal, Nous force tous tant que nous sommes D'aimer notre séjour natal ; Toutefois , quels que puissent être Pour les lieux qui nous ont vu naître Ces mouvements respectueux, La vertu ne sera point née Pour voir sa gloire profanée Par le vice présomptueux.

Ulysse , après vingt ans d'absence, De disgrâces et de travaux , Dans le pays de sa naissance Vit finir le cours de ses maux.

Mais il eût trouvé moins pénible De mourir à la cour paisible Du généreux Alcinoùs , Que de vivre dans sa patrie , Toujours en proie à la furie D'Eurymaque ou d'Antinous 2.

1 Un instinct né chez tous les hommes, etc. C'est la pensée d'Ovide, de Pont, i, Élêg. m, 35 :

Nescio qua natale solum dulcpdine cunctos Ducit , et immemores non sinit esse sui.

1 Deux prétendants à la main de Pénélope. Voyez I'Odyssée passim.

ODES, LIVRE TH. 579

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