‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 538 sur 672 · PALINODIE · texte numérisé non relu

PALINODIE

Celui dont la balance équitable et sévère Sait peser l'homme au poids de la réalité ,

1 Ce ne fut qu'après dix années, etc.

Post certas hicmes uret Acbaicus lguis Iliacas domos.

Horace , liv. f , ode xv.

3 Cette pièce fut composée dans la noble et généreuse intention des'élever contre ce honteux débordement d'injures et de calomnies qui poursuivaient alors la mémoire de Louis XIV, à peine au tombeau. Mais, tout en condamnant cette coupable licence, Rousseau ne perd pas l'occasion de rétracter lui-même

En payant son tribut aux vertus qu'il révère, Peut braver les regards de la postérité.

Des éloges trompeurs, qu'arrache la fortune, 11 craint peu le reproche et la confusion ; Et, trop sûr d'étouffer cette amorce commune, 11 combat seulement sa propre illusion.

J'en atteste les dieux : l'intérêt ni la crainte N'ont jamais, dans mes mains, infecté mon encens; Mon unique ennemi fut la fatale empreinte Que l'aveugle amitié fit jadis sur mes sens.

C'est à vous , séducteurs , que ce discours s'adresse ; A vous, héros honteux de mes premiers écrits : Comment avez-vous pu , séduisant ma tendresse , Fasciner si longtemps mes yeux et mes esprits ?

Hélas ! j'aimais en vous un or faux et perfide Par le creuset du temps en vapeur converti ; Je croyais admirer une vertu solide , Et j'admirai l'orgueil en vertu travesti.

Ce crédit, ce pouvoir, pour qui seuls on vous aime, Me présentaient en vain leurs côtés les plus doux : Vous ne l'ignorez pas; détaché de moi-même, Ce n'était que vous seuls que je cherchais en vous.

Mais vous vouliez des cœurs voués à l'esclavage , Par l'espoir enchaînés, par la crainte soumis ; Et de la vérité redoutant l'œil sauvage , Vous cherchiez des valets , et non pas des amis.

Vos yeux , importunés de la sinistre vue D'un partisan grossier de la sincérité . Ont enfin préféré la laideur toute nue Aux voiles contraignants de la fausse beauté.

Voilà quel fut mon crime , et ce qui me transforme En aspic effroyable, en serpent monstrueux. Un mortel pénétrer, quel attentat énorme , Dans les replis sacrés de nos cœurs tortueux!

Que son exemple apprenne à ne plus nous déplaire : Qu'il périsse à jamais, cet Icare odieux; Ce profane Actéon, de qui l'œil téméraire Souille de ses regards la retraite des dieux !

Ainsi parla bientôt votre haine ombrageuse; Et dès lors l'imposture, accourant au secours, Excita par vos cris la tempête orageuse De cent foudres mortels lancés contre mes jours.

les éloges qu'il avait prodigués à quelques patrons , devenus indignes, selon lui, de cette honorable distinction.

ODES, LIVRE III

Je n'en fus point surpris : je connais vos maximes. Hé! comment échappera vos traits médisants, Quand ceux dont vous tenez tous vos titres sublimes, Quand vos rois au tombeau n'en peuvent être exempts !

Ce monarque fameux , qui, de ses mains prodigues, D'honneurs non mérités vous combla tant de fois, Les yeux à peine éteints, voit par vos lâches brigues Diffamer ses vertus et détester ses lois.

Tandis qu'il a vécu , c'était l'ange céleste ', Le dieu conservateur du peuple et des autels. C'en est fait; il n'est plus : c'est un tyran funeste, Le fléau de la terre et l'effroi des mortels.

On ne gémira plus sous cet injuste maître : Les dieux ont pris pitié de ses tristes sujets. La paix va refleurir : les beaux jours vont renaître; ; Vous allez réparer tous les maux qu'il a faits.

Quoi! ne eraiiniez-vous point, àcediscourshorrible, Les reproches affreux de son ombre en courroux ? Ne la voyez-vous pas, furieuse et terrible , Du séjour de la mort s'élever contre vous ?

Le feu de la colère en ses yeux étincelle. Elle vient; elle parle. Où fuir? où vous cacher? « Tremblez, lâches, tremblez : reconnaissez, dit-elle Celui que sans frémir vous n'osiez approcher :

Traîtres, c'est donc ainsi qu'outrageant ma mémoire, Vous osez me punir de mes propres bontés? Je n'ai donc sur vos jours répandu tant de gloire Que pour accréditer vos infidélités?

Répondez-moi, parlez. Sous quels fameux auspices Occupez-vous le rang où l'on vous voit assis? Quelles rares vertus, quels exploits, quels services, Ont pu fléchir pour vous les destins endurcis ?

Sans moi, sans mes bienfaits, dans une fouleobscure, Vos noms seraient encor cachés et confoudus : J'ai vaincu ma raison , j'ai force la nature , Pour vous charger de biens qui ne vous sont pas dus.

Ah! je connaissais peu vos retours ordinaires : Sur vos seuls intérêts vous réglez vos transports.

1 Tandis qu'il a vécu, etc. « Nous avons vu ,di1 Voltaire, ce même peuple, qui, en [686, axait demandé au ciel avec larmes la guérison de son roi malade, suh re son convoi funèbre avec des démonstrations bien différent 5ji m di

Loi is XIV, chap. \\\ m. — Mais il est juste d'observerque ce délire impie ne lut pas celai du peuple français; cl nue Lyon, Montpellier el d'autres villes érigeaient des statues a ce grand monarque, tandis qu'âne poignée de misérables insultait vénérables restes.

Vous croyez ne pouvoir, courtisans mercenaires, Honorer les vivants sans déchirer les morts.

Connaissez mieux , ingrats, le prince magnanime » Qui reçoit aujourd'hui votre hommage suspect : Voulez-vous mériter ses dons et son estime? Secondez ses travaux , imitez son respect.

Craignez surtout, craignez la honte et les disgrâces Qu'attire enfin l'abus d'un injuste pouvoir : Craignez les dieux vengeurs, qui, déjà sur vos traces, Conduisent les remords, enfants du désespoir.

Nous avons vu des jours plus sereins que les vôtres , D'orages imprévus sinistres précurseurs : [très ; Les grandeurs ont leur cours. Vous succédez à d'au- Mais d'autres, quelquejour seront vos successeurs.')

C'est ainsi que ce roi vous parle et vous conseille : Mais ses discours sont vains, vous ne l'écoutez pas. La voix de la sagesse offense votre oreille : Le mensonge trompeur a bien d'autres appas!

Un favori superbe , enflé de son mérite , Ne voit point ses défauts dans le miroir d'autrui , Et ne peut rien sentir que l'odeur favorite De l'encens fastueux qui brûle devant lui :

Il n'entend que le son des flatteuses paroles ; Toute autre mélodie interrompt son repos. Il faut, pour le charmer, que les Muses frivoles L'exaltent aux dépens des dieux et des héros.

C'est alors qu'ébloui par un si doux prestige, De tous les dons du ciel il se croitrevêtu. Regardez-moi , mortels , vous voyez un prodige D'honneur, de probité, de gloire et de vertu.

Dites, dites plutôt, âme farouche et dure : Je suis un imposteur tout gangrené d'orgueil ; Un cadavre couvert de pourpre et de dorure, Et tout rongé des vers au fond de son cercueil.

Sous un masque éclatant , je me cache à moi-même De mon visage affreux la livide maigreur; Et , trompé le premier, ma volupté suprême Est de faire partout respecter mon erreur.

Mais, malgré ce respect , toujours, je le confesse,

La triste vérité vient affliger mes yeux:

Et ce dragon fatal , qui me poursuit sans cesse ,

Change mes plus beaux jours en des jours ennuyeux.

Le «lue d'Orléans, régent du royaume.

OEUVRES POETIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Par ce sincère aveu , vous ferez disparaître L'idolâtre concours de tous vos corrupteurs. Ne vous admirant plus, vous deviendrez peut-être Plus dignes de trouver de vrais admirateurs.

On peut mettre à profit un légitime hommage , Lorsque l'on tient sur soi les yeux toujours ouverts ; Et le plus insensé commence d'être sage *, Dès l'instant qu'il commence à sentir son travers.

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