SUR LA BATAILLE DE PETERWARADIN
Ainsi le glaive fidèle De l'ange exterminateur Plongea dans l'ombre éternelle Un peuple profanateur, Quand l'Assyrien terrible Vit dans une nuit horrible Tous ses soldats égorgés , De la fidèle Judée , Par ses armes obsédée , Couvrir les champs saccagés.
Où sont ces fils de la terre Dont les fières légions Devaient allumer la guerre Au sein de nos régions?
La nuit les vit rassemblées , Le jour les voit écoulées , Comme de faibles ruisseaux Qui, gonflés par quelque orage, Viennent inonder la plage Qui doit engloutir leurs eaux.
Déjà ces monstres sauvages , Qu'arma l'infidélité , Marchaient le long des rivages Du Danube épouvanté :
Leur chef, guidé par l'audace, Avait épuisé la Thrace D'armes et de combattants , Et des bornes de l'Asie
' Et le plus insensé commence d'être sage, etc. C'est la pensée d'Horace, liv. I, épitre i, v. 41 :
Virtus est vitium fugere , et sapientia prima Stultitia caruisse.
Et épitre h, v. 40, de ce même livre :
I liiiiiiliuni facti , qui cœpit , habet , sapere aude : lucipe.
2 Peterwaradin , ou Pef ri-Waradin , Aille de la Basse-Hongrie, célèbre par la victoire que le prince Eugène y remporta, le 5 août 1716, sur les Turcs, commandés par le grand vizir Ali , favori d'Achmet III.
Jusqu'à la double Mésie Conduit leurs drapeaux flottants.
A ce déluge barbare D'effroyables bataillons, L'infatigable Tartare Joint encor ses pavillons.
C'en est fait : leur insolence Peut rompre enfin le silence; L'effroi ne les retient plus :
Ils peuvent, sans nulle crainte , D'une paix trompeuse et feinte Briser les nœuds superflus.
C'est en vain qu'à votre vue Un guerrier, par sa valeur, De leur attaque imprévue A repoussé la chaleur :
C'est peu qu'après leur défaite , Sa triomphante retraite, Sur nos confins envahis , Ait, avec sa renommée , Consacré dans leur armée La honte de leurs spahis.
Ils s'aigrissent par leurs pertes; Et déjà de toutes parts Nos campagnes sont couvertes De leurs escadrons épars. Venez, troupe meurtrière; La nuit qui , dans sa carrière, Fuit à pas précipités , Va bientôt laisser éclore De votre dernière aurore Les foudroyantes clartés.
Un prince dont le génie Fait le destin des combats, Veut de votre tyrannie Purger enfin nos États ; Il tient cette même foudre Qui vous fit mordre la poudre En ce jour si glorieux, Où, par vingt mille victimes, La mort expia les crimes De vos funestes aïeux.
Hé quoi ! votre ardeur glacée Délibère à son aspect?
Ah! la saison est passée D'un orgueil si circonspect.
En vain de lâches tranchées Couvrent vos têtes cachées , Eugène est près d'avancer ;
ODES, LIVRE III
Il vient, il marche en personne; Le jour fuit , la charge sonne, Le combat va commencer.
Wirtemberg, sous sa conduite, A la tête de nos rangs , Déjà certain de leur fuite, Attaque leurs premiers flancs.
Merci, qu'un même ordre enflamme, Parmi les feux et la flamme Qui tonnent aux environs , Force , dissipe , renverse , Détruit tout ce qui traverse L'effort de ses escadrons.
Nos soldats, dans la tempête, Par cet exemple affermis, Sans crainte exposent leur tête A tous les feux ennemis ; Et chacun , malgré l'orage, Suivant d'un même courage Le chef présent en tous lieux , Plein de joie et d'espérance , Combat avec l'assurance De triompher à ses yeux.
De quelle ardeur redoublée Mille intrépides guerriers Viennent-ils dans la mêlée Chercher de sanglants lauriers?
O héros ! à qui la gloire D'une si belle victoire Doit son plus ferme soutien , Que ne puis-je , dans ces rimes , Consacrant vos noms sublimes , Immortaliser le mien!
Mais quel désordre incroyable , Parmi ces corps séparés, Grossit la nue effroyable Des ennemis rassurés?
Près de leur moment suprême, lis osent, en fuyant même, Tenter de nouveaux exploits :
Le désespoir les excite, Et la crainte ressuscite Leur espérance aux abois.
Quel est ce nouvel Alcide ■ Qui , seul, entouré de morts, De cette foule homicide
1 LecomtedeBonneval. La victoire fut duo on grande partie à sou activité, et a la résistance que son régiment opposa à l'effort d'an corps nombreux de janissaires. Il fut blessé au bas-ventre d'un coup de lance, qui l'obligea de porter un bandage de lVr le reste de sa vie.
Arrête tous les efforts ?
A peine un fer détestable Ouvre son flanc redoutable, Son sang est déjà payé ; Et son ennemi , qui tombe, De sa troupe qui succombe Voit fuir le reste effrayé.
Eugène a fait ce miracle :
Tout se rallie à sa voix :
L'infidèle, à ce spectacle, Recule encore une fois.
Aremberg, dont le courage De ces monstres pleins de rage Soutient le dernier effort, D'un air que Rellone avoue , Les poursuit, et les dévoue Au triomphe de la mort.
Tout fuît , tout cède à nos armes :
Le vizir, percé de coups ,
Va, dans Relgrade en alarmes ,
Rendre son âme en courroux.
Le champ s'ouvre; et ses richesses,
Le fruit des vastes largesses
De cent peuples asservis ,
Dans cette nouvelle Troie
Vont être aujourd'hui la proie
De nos soldats assouvis.
Rendons au Dieu des armées
ÎSos honneurs les plus touchants :
Que ces voûtes parfumées
Retentissent de nos chants;
Et lorsque envers sa puissance
Notre humble reconnaissance
Aura rempli ce devoir,
Marchons, pleins d'un nouveau zèle,
A la victoire nouvelle
Qui flatte encor notre espoir.
Temeswar1, de nos conquêtes Deux fois le fatal écueil , Sous nos foudres toutes prêtes Va voir tomber son orgueil :
Par toi seul, prince invincible, Ce rempart inaccessible Pouvait être renversé; Va , par son illustre attaque , Rompre les fers du Valaque Et du Hongrois oppressé.
1 Ville de Hongrie, reprise en I7IC, sur les Turcs, par le prince Eugène.
t?i ŒUVRES POÉTIQUES
lit toi qui ', suivant les traces Du premier de tes aïeux 3, Éprouves , par tant de grâces , La bienveillance des cieux , Monarque aussi grand que juste, Reconnais le prix auguste Dont le monarque des rois Paye avec tant de clémence Ta piété, ta constance , Et ton zèle pour ses lois.
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