‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 540 sur 672 · APRES LA CONCLUSION DE LA QUADRUPLE- ALLIANCE · texte numérisé non relu

APRES LA CONCLUSION DE LA QUADRUPLE- ALLIANCE

Dans sa carrière féconde Le soleil, sortant des eaux, Couvre d'une nuit profonde Tous les célestes flambeaux ; Entre les causes premières, Tout cède aux vives lumières Du feu créé pour les dieux ; Et des dons que nous étale La richesse orientale , L'or est le plus radieux.

Telle, ô prince magnanime!

Ta lumineuse clarté Offusque l'éclat sublime De toute autre majesté.

Dans un roi d'un sang illustre Nous admirons le haut lustre Du premier de ses États :

En toi la rovauté même

1 L'empereur Charles VI. Ce petit compliment épisodique, adressé à l'empereur d'Allemagne, vient bien mal à propos glacer l'enthousiasme du poète. En général, cette ode maguiiique ne se termine pas , à beaucoup près , aussi heureusement qu'elle avait commencé.

2 Rodolphe de Habsbourg.

3 Charles VI, second tils de Léopold Ier, et père de l'illustre Marie-Thérèse, né le Ier octobre Ifi95. La Quadruple-Alliance dont il s'agit ici fut signée à Londres , le 2 août 1718 , entre l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et la Hollande : son objet était de s'opposer aux vues ambitieuses du cardinal Alberoni, dont la politique dirigeait alors le cabinet (le Madrid ; et son résultat fut d'enlever a l'Espagne la Sicile et IaSardaigne, érigées dès lors en monarchie en faveur du duc de Savoie. Charles mourut à Vienne le 20 octobre 1740.

DE J. R. ROUSSEAU

Honore le diadème

Du premier des potentats.

Mais dis-nous quelle est la source De cette auguste splendeur, Qui du Midi jusqu'à l'Ourse Fait révérer ta grandeur :

Est-ce cette antique race1 D'aïeux dont tu tiens la place Sur le trône des Romains ?

Est-ce cet amas de princes , De peuples et de provinces, Dont le sort est dans tes mains ?

Du vaste empire des Mages Les fastueux héritiers S'applaudissaient des hommages De mille peuples altiers :

Du rivage de l'aurore Jusqu'au delà du Bosphore Ils faisaient craindre leurs lois ; Et, de l'univers arbitres, Ajoutaient à tous leurs titres , Le titre de rois des rois.

Cependant la Grèce unie Avait déjà sur leurs fronts Imprimé l'ignominie De mille sanglants affronts , Quand la colère céleste Fit naître , en son sein funeste A ces tyrans amollis , Celui dont la main superbe Devait enterrer sous l'herbe Les murs de Persépolis.

Non, non , la servile crainte De cent peuples différents Ne mit jamais hors d'atteinte La gloire des conquérants :

Les lauriers les plus fertiles , Sans l'art de les rendre utiles , Leur sont vainement promis ; Et leur puissance n'est stable Qu'autant qu'elle est profitable Aux peuples qu'ils ont soumis.

C'est cette sainte maxime Qui , contre tous les revers, T'affermira sur la cime Des grandeurs de l'univers :

Tes sujets , pleins d'allégresse ,

1 La maison d'Autriche.

ODES, LIVRE IV

Des marques de ta tendresse Feront leur seul entretien; Et leur amour secourable De ta puissance durable Sera l'éternel soutien.

Ton invincible courage, Signalé dans tous les temps, Fonda le pénible ouvrage De tes destins éclatants :

C'est lui qui de la Fortune , De Bellone et de Neptune Bravant les légèretés, Dans leurs épreuves diverses T'a conduit par les traverses Au sein des prospérités.

Déjà l'horrible tourmente De cent tonnerres épars , De Barcelone fumante ' Avait brisé les remparts ; Et bientôt, si ta constance IN'eùt armé la résistance De ses braves combattants Tes rivaux sur ses murailles Auraient fait les funérailles De ses derniers habitants.

En vain , pour sauver ta tête , La nier t'offrait sur ses eaux, A ton secours toute prête , L'asile de ses vaisseaux :

A tes amis plus fidèle , Tu voulus , malgré leur zèle , Vaincre ou mourir avec eux ; Et ta vertu , toujours ferme , Les protégea jusqu'au terme De leurs travaux belliqueux.

Mais sur le trône indomptable Où commandaient tes aïeux , Quel objet épouvantable S'offrit encore à tes yeux , Quand l'implacable furie , Qui sur ta triste patrie Déployait ses cruautés , Vint jusqu'en ta capitale Soufiler la vapeur fatale De ses venins empestés?

Dans sa course dévorante 2

i Barcelone fut assiégée en [704 par Philippe V, et défendue par Charles VI, alors archiduc d'Autriche.

2 Les allemands avaient rapporté la peste chez eux, à leur retour de leurs campagnes de Hongrie contre les Turcs.

Rien n'arrêtait ce torrent !

L'épouse tombait mourante Sur son époux expirant :

Le fils aux bras de son père , La fille au sein de sa mère S'arrachait avec horreur ; Et la Mort, livide et blême, Remplissait ton palais même De sa brûlante fureur.

Tu pouvais braver la foudre Sous un ciel moins dangereux; Mais rien ne put te résoudre A quitter des malheureux.

Rois , qui bornez vos tendresses, Dans ces publiques détresses, Au soin de vous épargner, Apprenez , à cette marque , Qu'un prince n'est point monarque Pour vivre, mais pour régner.

Oui , j'ose encor le redire , Cette illustre fermeté Est de ton solide empire L'appui le plus redouté :

C'est elle qui déconcerte L'envie obscure et couverte De tes faibles ennemis ; C'est elle dont l'influence Fait l'indomptable défense De tes sujets affermis.

De leur ardeur aguerrie Par son exemple éternel, Tu laissas dans l'Ibérie Un monument solennel , Quand , sur les rives de l'Èbre Cherchant le laurier célèbre A ta valeur réservé , Tes yeux devant Saragosse1 Virent tomber le colosse Contre ta gloire élevé.

Fléau de la tyrannie Des Thraces ambitieux , N'a-t-on pas vu ton génie, Toujours protégé des cieux , Montrer à ces fiers esclaves Que les efforts les plus braves Et les plus inespérés, Deviennent bientôt possibles

1 La bataille de Saragosse, gagnée en 1710 contre les troupes de Philippe v, parStaremberg, général de l'empereur.

586 ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

A des guerriers invincibles

Par tes ordres inspirés?

Mais une vertu plus rare Chez les héros de nos jours , Dans tes voisins te prépare Eneor de nouveaux secours :

C'est cette épreuve avérée Et cent fois réitérée De ton équitable foi; Vertu sans qui tout le reste N'est souvent qu'un don funeste Au bonheur du plus grand roi.

Vous qui , dans l'indépendance Des nœuds les plus respectés, Masquez du nom de prudence Toutes vos duplicités , Infidèles politiques, Qui nous cachez vos pratiques Sous tant de voiles épais , Cessez de troubler la terre ; Moins terribles dans la guerre, Que sinistres dans la paix.

En vain sur les artifices Et le faux déguisement, De vos frêles édifices Vous posez le fondement :

Contre vos sourdes intrigues Bientôt de plus justes ligues Joignent vos voisins nombreux; Et leur vengeance unanime Vous plonge enfin dans l'abîme Que vous creusâtes pour eux.

C'est en suivant cette voie, Que tes ennemis flattés Deviendront la juste proie De leurs complots avortés ; Tandis qu'aux yeux du ciel même Par ton équité suprême Justifiant tes exploits , Les premiers princes du monde Armeront la terre et l'onde Pour le maintien de tes droits.

Ils savent que ta justice , Sourde aux vaines passions , Est la seule directrice De toutes tes actions; Et que la vigueur austère De ton sage ministère, Toujours inspiré par toi ,

Inaccessible aux faiblesses, Lui fait des moindres promesses Une inviolable loi.

Ainsi jamais ni la crainte, Ni les soupçons épineux, D'une alliance si sainte Ne pourront troubler les nœuds; Et cette amitié durable , Qui d'un repos désirable Fonde en eux le ferme espoir, Leur rendra toujours sacrée L'incorruptible durée De ton suprême pouvoir.

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