‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 542 sur 672 · A L'IMPÉRATRICE AMÉLIE · texte numérisé non relu

A L'IMPÉRATRICE AMÉLIE

Muse qui, des vrais Alcées3

1 Et, de Chérile même, etc. Chérile était un méchant poète grec , qui suivait Alexandre dans toutes ses expéditions , pour les célébrer en mauvais vers. Horace ne pouvait , dit-il , s'empêcher de rire , quand il trouvait par hasard , dans ce Chérile , deux ou trois endroits passables. ( Art. poet. 358. )

Quem bis terque bonura cum risu miror.

2 Amélie , lille du duc Jean-Frédéric de Hanovre, et femme de l'empereur Joseph Ier.

3 Muse qui, des vrais Alcces, elc.Alcée, poêle lyrique grec de l'île de Lesbos. Il s'était rendu formidable aux tyrans

Soutenant l'activité , A leurs captives pensées Fais trouver la liberté , Viens à ma timide verve , Que le froid repos énerve, Redonner un feu nouveau , Et délivre ma Minerve « Des prisons de mon cerveau.

Si la céleste puissance , Pour l'honneur de ses autels, Voulait rendre l'innocence Aux infortunés mortels; Et si l'aimable Cybèle Sur cette terre infidèle Daignait redescendre encor, Pour faire vivre avec elle Les vertus de l'âge d'or ;

Quels organes , quels ministres Dignes d'obtenir son choix , Pourraient , en ces temps sinistres , Nous faire entendre sa voix?

Seraient-ce ces doctes mages, Des peuples de tous les âges, Réformateurs consacrés, Bien moins pour les rendre sages Que pour en être honorés ?

Mais les divines merveilles Qui font chérir leurs leçons , Dans nos superbes oreilles, N'exciteraient que des sons :

Quel siècle plus mémorable Vit d'un glaive secourable Le vice mieux combattu?

Et quel siècle misérable Vit régner moins de vertu?

L'éloquence des paroles N'est que l'art ingénieux D'amuser nos sens frivoles Par des tours harmonieux :

Pour rendre un peuple traitable, Vertueux, simple, équitable, Ami du ciel et des lois,

par l'àcreté mordante de sa muse; Alcœi minaces camœnce- ( Horace. ) Alcée avait composé des odes, des épigrammes, des satires, etc. — Il ne nous reste de tout cela que quelques fragments , conservés par Suidas et par Athénée.

1 Et délivre ma Minerve des prisons de mon cerveau. Allusion ingénieuse et toute poétique a l'enfantement mystérieux de la pensée , qu'un de nos poètes modernes a si bien caractérisée , en disant :

Du front de Jupiter c'est .Minerve élancée '

L'éloquence véritable

Est l'exemple des grands rois.

C'est ce langage visible Dans nos vrais législateurs, Qui fait la règle infaillible Des peuples imitateurs.

Contre une loi qui nous gène La nature se déchaîne , Et cherche à se révolter; Mais l'exemple nous entraîne , Et nous force à l'imiter.

En vous , en votre sagesse , De ce principe constant Je vois , auguste princesse , Un témoignage éclatant ; Et, dans la splendeur divine De ces vertus qu'illumine Tout l'éclat du plus grand jour, Je reconnais l'origine Des vertus de votre cour.

La bonté qui brille en elle De ses charmes les plus doux Est une image de celle Qu'elle voit briller en vous; Et , par vous seule enrichie , Sa politesse, affranchie Des moindres obscurités, Est la lueur réfléchie De vos sublimes clartés.

Et quel âge si fertile , Quel règne si renommé Vit d'un éclat plus utile Le diadème animé?

Quelle piété profonde, Quelle lumière féconde, En nobles instructions, Du premier trône, du monde Rehaussa mieux les rayons ?

Des héros de ses écoles La Grèce a beau se targuer; La pompe de leurs paroles Ne m'apprend qu'à distinguer De l'autorité puissante D'une sagesse agissante Qui règne sur mes esprits , La sagesse languissante Que j'honore en leurs écrits.

Non , non , la philosophie En vain se fait exalter ;

ODES, LIVRE IV

On n'écoute que la vie De ceux qu'on doit imiter :

Vous seuls , 6 divine race !

Grands rois, qui tenez la place Des rois au ciel retirés, Pouvez consacrer la trace De leurs exemples sacrés!

Pendant la courte durée De cet âge radieux Qui vit la terre honorée De la présence des dieux, L'homme , instruit par l'habitude , Marchant avec certitude Dans leurs sentiers lumineux , Imitait, sans autre étude, Ce qu'il admirait en eux.

Dans l'innocence première Affermi par ce pouvoir, Chacun puisait sa lumière Aux sources du vrai savoir; Et , dans ce céleste livre, Des leçons qu'il dev ait suivre Toujours prêt à se nourrir, Préférait l'art de bien vivre A l'art de bien discourir.

Mais dès que ces heureux guides , Transportés loin de nos yeux , Sur l'aile des vents rapides S'envolèrent vers les cieux, La science opiniâtre , De son mérite idolâtre , Vint au milieu des clameurs Édifier son théâtre Sur la ruine des mœurs.

Dès lors , avec l'assurance De s'attirer nos tributs , La fastueuse éloquence Prit la place des vertus :

L'art forma leur caractère ; Et de la sagesse austère L'aimable simplicité Ne devint plus qu'un mystère Par l'amour-propre inventé.

Dépouillez donc votre écorce, Philosophes sourcilleux; Et , pour nous prouver la force De vos secours merveilleux , Montrez-nous, depuis Pandore, Tous les vices qu'on abhorre

ŒUVRES POETIQUES DE J. B. ROUSSEAU

En terre mieux établis , Qu'aux siècles que Ton honore Du nom de siècles polis.

Avant que , dans l'Italie ,

Sous de sinistres aspects ,

La vertu se fut polie

Par le mélange des Grecs ,

La foi , l'honneur, la constance ,

L'intrépide résistance

Dans les plus mortels dangers,

Y régnaient, sans l'assistance

Des préceptes étrangers.

Mais, malgré l'exemple antique, Elle laissa dans son sein Des disciples du Portique Glisser le premier essaim ; Rome, en les voyant paraître, Cessa de se reconnaître , Dans ses tristes rejetons ; Et le même âge vit naître Les Gracques et les Gâtons.

Page 1