‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 561 sur 672 · CONTRE L'HIVER · texte numérisé non relu

CONTRE L'HIVER

Arbres dépouillés de verdure, Malheureux cadavres des bois ,

Que devient aujourd'hui cette riche parure

Dont je fus charmé tant de fois ?

Je cherche vainement, dans cette triste plaine, Les oiseaux , les zéphirs , les ruisseaux argentés : Les oiseaux sont sans voix, les zéphyrs sans haleine,

Et les ruisseaux dans leurs cours arrêtés. Les aquilons fougueux régnent seuls sur la terre;

Et mille horribles sifflements

Sont les trompettes de la guerre Que leur fureur déclare à tous les éléments.

Le soleil , qui voit l'insolence De ces tyrans audacieux , N'ose étaler en leur présence L'or de ses rayons précieux.

La crainte a glacé son courage, Il est sans force et sans vigueur; Et la pâleur sur son visage Peint sa tristesse et sa langueur.

Le soleil , qui voit l'insolence De ces tyrans audacieux, N'ose étaler en leur présence L'or de ses rayons précieux.

Du tribut que la mer reçoit de nos fontaines , Indignés et jaloux, leur souffle mutiné

Tient les fleuves chargés de chaînes , Et soulève contre eux l'Océan déchaîné.

L'orme est brisé , le cèdre tombe ,

Sous leurs efforts impérieux; Et les saules couchés, étalant leurs ruines , Semblent baisser leur tête et lever leurs racines

Pour implorer la vengeance des cieux.

Bois paisibles et sombres , Qui prodiguiez vos ombres Aux larcins amoureux, Expiez tous vos crimes, Malheureuses victimes D'un hiver rigoureux ;

Tandis qu'assis à table , Dans un réduit aimable , Sans soins et sans amour, Près d'un ami fidèle , De la saison nouvelle J'attendrai le retour.

Page 1