A MADAME DUSSE
Du faux encens dédaigneuse ennemie , Qui dans le vrai par l'exemple affermie , Savez si bien de tout éloge plat Distinguer l'art d'un pinceau délicat; Sage Uranie , en qui le don de plaire Est joint au don de haïr le vulgaire , De démêler, libre en vos sentiments , L'illusion de ses faux jugements , Et d'abhorrer ces louanges guindées
1 Dans quelques éditions : Sur le véritable Amour. Dans d'autres : L'Amour platonique.
2 Voltaire a célébré également la beauté , l'esprit et les grâces naturelles de madame d'Ussé. Voyez la jolie pièce qui commence par ces vers :
L'ait dit no jour à la nature etc.
ÉPIÏRES,
Qui n'ont d'appui que ses folles idées :
Si quelque auteur, f our vous faire sa cour,
S'imaginant avoir pris un beau tour,
Vous décrivait, dans ses peintures sèches,
Le dieu d'amour, son carquois et ses flèches ,
De la raison ennemi langoureux,
Et de nos sens enchanteur doucereux ,
Vous déployant ces lieux communs postiches
Dont l'opéra brode ses hémistiches,
Sur ce tableau frivolement conçu ,
Probablement il serait mal reçu
De vous chanter, en rimes indiscrètes,
« Que cet Amour ne se plaît qu'où vous êtes ;
« Qu'il règne en vous, qu'il suit partout vos pas ;
« Et qu'il languit où l'on ne vous voit pas. »
Mais si quelqu'un, plus sage et plus habile, Vous dépeignait, d'un crayon moins stérile, Ce même Amour, non tel qu'on nous le feint , Mais en effet tel qu'il doit être peint : Tel qu'autrefois l'ont vu les premiers sages, Lorsqu'au Parnasse attirant leurs hommages, Ce dieu , par eux de guirlandes orné , Fut dans la Grèce en triomphe amené :
Si, poursuivant cette noble peinture, Il vous traçait , d'une main libre et sûre, Ces vifs rayons , ces sublimes ardeurs , Ce feu divin qu'il répand dans les cœurs , Dont la splendeur les éclaire et les guide Dans les sentiers de la gloire solide, Vous faisant voir, assis à son coté, L'Honneur, la Paix, la Vertu, l'Équité : Peut-être alors , à le bannir moins prompte, Vous souffririez , sans rougeur et sans honte, Que ce dieu vint embellir votre cour.
Connaissez donc ce que c'est que l'Amour; Et, désormais l'âme débarrassée Des préjugés d'une troupe insensée, Qui ne le peint que sous de faux portraits, Gardons-nous bien d'en ju<.rer sur leurs traits, De le confondre avec ce dieu frivole De qui l'erreur nous a fait une idole, Et qui n'épand que des feux criminels.
Ces deux rivaux , ennemis éternels , L'un fds du Ciel , l'autre né de la Terre , Se font entre eux une immortelle guerre , Plus signales par leur division , Que les héros de Grèce et d'Uion.
Quelqu'un peut-être, a ce début mystique, Va me traiter de cerveau fanatique ; Et me voyant , monté sur ce haut ton , Traiter l'amour en style de Platon , M'objectera qu'une jeune héroïne Mériterait un peu moins de doctrine :
y n. KOt'SSEAU.