‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 575 sur 672 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Vole , et bientôt de ses clameurs perfides

S'en va troubler les folles Piérides » ,

Peuple léger, inquiet, envieux,

Qu'un vain babil rend partout odieux.

« Quoi! vous dormez, troupe lâche et muette,

« Et vous souffrez qu'une voix indiscrète

« Au genre humain Jusqu'ici dans l'erreur,

« De vos pareils découvre la fureur!

« Le crime affreux d'un époux sanguinaire

« Fait de ses chants le sujet ordinaire :

• Attendez-vous que les mêmes concerts

« De vos forfaits instruisent l'univers ? »

Ces mots, hurlés par le monstre nocturne,

Font éclater leur dépit taciturne.

Déjà l'Aurore au visage riant

Avait rouvert les portes d'Orient;

Et Philomèle, exerçant son ramage,

Au jour naissant venait de rendre hommage;

Quand tout à coup mille cris menaçants

Glacent sa voix, intimident ses sens :

A chaque instant redoublent les injures ,

Les aigres sons, les enroués murmures.

Point de secours à sa triste douleur !

Que faire? hélas! en vain dans son malheur

Elle eut recours à la troupe mortelle :

Nul n'accourut. « C'en est assez, dit-elle,

« Adieu, cités; adieu, pompeuses cours;

« Adieu , mortels. Je quitte pour toujours

« Vos vains honneurs, vos plaisirs chimériques:

« Et loin de vous, chez les ours pacifiques,

« Je vais chercher, dans mon obscurité,

« Moins de grandeur, et plus de sûreté. »

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