‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 578 sur 672 · A M. LE COMTE DE · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE

Héros issu de l'illustre origine

De ces héros que, dans la Palestine,

On vit jadis, sur les pas de nos rois,

Faire arborer les étendards françois .

Descendu d'eux , si digne d'en descendre;

Quel noble goût, quel penchant doux et tendre

Juge éclairé, protecteur glorieux ,

Sur Apollon vous t'ait baisser les \ eux .

Dans un pays, dans un temps où les Mus<

De tout accueil , do toute grâce excluses,

trouvent plus dans la fière grandeur Qu'austérité, mépris, haine ou froideur?

De cet amour qu'en vous elles font naître, Le vrai principe est facile à connaître : Les cœurs, vraiment par les Muses charmés, Furent toujours les cœors vraiment formes Pour s'illustrer, respectables modèles, Par des vertus et des faits dignes d'elles. .Moi-même ici leur élève imparfait, Pour tout mérite abreuvé de leur lait , De leurs leçons auditeur inutile, Et de Malherbe imitateur futile, Triste jouet et des ans et du sort , Sans facultés, fortune, ni support, Quel autre droit, quel titre légitime, Dans votre cœur m'eût acquis cette estime , Qu'une héroïque et sublime pitié Daigne honorer du titre d'amitié?

Inestimable et charmante conquête, Qui , me jetant au port par la tempête . M'a fait trouver , dans mes adversités , Repos , honneur, joie , et félicités !

Je sais qu'il est des bontés naturelles Dont l'œil s'éveille au besoin qu'on a d'elles; Et que chez vous tout mérite opprimé Est assuré de plaire et d'être aimé.

Le plus beau droit des vertus malheureuses Est la faveur des âmes généreuses; De l'amitié la noble impression Y naît toujours de la compassion; Mais, comme vous, quel cœur vraiment sensil le A la pitié veut se rendre accessible, Et , pénétré d'un sentiment si beau , De l'amitié s'imposer le fardeau?

Car à quels soins, à quels travaux austères N'exposent point les devoirs volontaires De l'amitié sacrée? Et quels liens Sont plus pesants, plus étroits que les siens? Que de vertus! Quel pénible asseml I, ■ D'activité, de sang-froid, de i oui - Dans un ami fidèle, intelligent, Simple, modeste, el sans faste obligeant! Mais, pour un seul d'wnr trempe si rare, Combien', hélas! qui d'un zèle bizai Pour vous d'abord follement embarq Se font honneur de leurs succès m. m - El . s'aveuglanl sur leurs fautes extn dépens s'en consolent < ux-mêa Amis de Job . l'un sur vos t Inépuisable en reprochi - Se met en frais . dogmatiste sé> i re , De longs sermons dont vous n'avez que faire;

OEUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Substituant ce pédantesque soin

A ces secours dont vous auriez besoin :

L'autre, attentif à ne rien entreprendre

Où sa bauteur risque trop de descendre,

Soigneux surtout de ne point alarmer

Vos ennemis prompts à se gendarmer,

Entre eux et vous flottant dans le silence,

Maintient en paix sa discrète indolence;

Content de soi , s'il peut , sur ses grands dieux ,

Vous protester qu'il n'a pu faire mieux :

Voilà quels sont vos protecteurs fidèles ,

De l'amitié vénérables modèles.

Il faut pourtant, le cboix est délicat,

Être leur dupe, ou passer pour ingrat :

Tant l'amitié , même la plus frivole ,

Fait respecter le beau nom qu'elle vole !

Que m'a servi d'aller chercber près d'eux ,

Sur leur parole, un succès basardeux?

Je n'ai trouvé que caresses trompeuses ,

Illusions, apparences pompeuses ;

Le vice orné d'un beau déguisement,

Et la vertu partout également

Hors de crédit ; les petits dans leur spbère

Faisant le mal , les grands le laissant faire :

Assez de cœurs prodigues en bienfaits,

Indifférents et loin de vos souhaits,

Prostitués à tous , en tout rencontre,

Et généreux seulement pour la montre.

Impertinente et sotte humanité!

Zèle orgueilleux et sans réalité!

C'est peu pour moi de voir exempt de blâme

L'ami banal qui , pour vous tout de flamme ,

Se met en quatre , et tente tous moyens

Pour vous servir et vous plaire en des riens ;

Mais dès qu'il faut , en affaire réelle ,

Rompre la lance et signaler son zèle,

Au pied du mur ce Don Quichotte altier

Chancelle , hésite; et demande quartier.

Qu'il soit d'ailleurs doux , complaisant , facile;

Mais vertueux, non , s'il m'est inutile :

Ce n'est qu'un cœur, languissant, abattu,

Bon par faiblesse, et non point par vertu.

Mais s'il échoue, ou vous sert sottement, Préparez-vous à le voir hautement , Les yeux bouffis d'une fierté nouvelle , S'en prendre à vous de son peu de cervelle , Vous reléguer aux Petites-Maisons. Et n'allez pas, rétif à ses raisons, Vous aviser de ne point y souscrire ; Car quelle audace oserait contredire , Pour disculper l'ingrate vérité,

D'un riche sot l'infaillibilité?

La décisive et hautaine sagesse Est annexée à la folle richesse :

Midas, jugeant le frère des neuf Sœurs, Transmit son droit à tous ses successeurs. Que si le ciel sur ces sujets indignes Voulut verser ses dons les plus insignes, Consolons-nous , le ciel fait toujours bien ; La raison veut que chacun ait le sien ; Et la fortune , exacte , impartiale , En ce point seul tient sa balance égale ; Que ne pouvant rendre selon ses vœux Un sot habile, elle le rend heureux.

Mais après tout, ô mon Mécène unique!

De cette gloire, aliment chimérique ,

Honneur aride et toujours disputé,

Quel avantage aurais-je remporté ,

Si d'un grand roi par vous la grâce acquise

N'eût constaté cette gloire indécise,

Et décoré par ses dons glorieux

De mon exil le reproche odieux ?

En vous sans doute une si noble idée

Fut par le ciel conduite et secondée ,

Dirait ici , consacrant la grandeur

De vos pareils , cet ami ' dont l'ardeur

Rapporte au ciel tout acte méritoire,

Toute vertu , toute solide gloire.

Il parle à vous , grands hommes; écoutez :

Dans vos bienfaits si justement vantés,

Si votre cœur ne consulte et n'écoute

Que son penchant, vous êtes grands, sans doute;

Mais ce motif, grand et noble en effet,

Suppose encore un motif plus parfait :

Les actions par le ciel inspirées

Ne sont qu'au ciel dignement référées :

Le vrai grand homme est celui que je voi

De sa grandeur faire hommage à la foi.

Le paganisme , à dire vrai , réclame

D'autres héros; mais peut-être en leur âme

Par leurs vertus ces illustres païens,

Sans le savoir, étaient déjà chrétiens.

Devant l'auteur du sincère héroïsme ,

Toute vertu tient au christianisme;

Toute vertu , par ses ordres constants ,

Comme tout vice , est payée en son temps.

Et que sait-on si ces rayons de gloire

Dont les couvrit l'éclatante victoire,

1 M. Rollin.

ÉPITRES

Si ces lauriers à leur valeur acquis , Si ces États par leurs armes conquis , Dons où sur eux la divine Sagesse Fit éclater son immense largesse, Ne furent pas le loyer mérité D'un seul bienfait payé par sa bonté ? Prix temporel , récompense présente D'une action pieuse, bienfaisante, Au gré du ciel pratiquée , et souvent Faite par eux vingt ans auparavant.

Ainsi , quand même à l'espoir du salaire Nous bornerions tout motif de bien faire , Faisons le bien par ce motif commun , Sûrs du centuple , et de mille pour un. Rien ne se perd , toute œuvre fructifie, Tout se retrouve en l'une ou l'autre vie. Non toutefois qu'à ces félicités Les dons du ciel se trouvent limités ; Qu'ainsi ne soit : leur salutaire usage Du prix céleste est souvent le présage; Ces biens mortels , cette faveur du sort , Sont un zéphyr qui nous conduit au port. L'ami du ciel , en terre heureux d'avance , Ne doit qu'au ciel borner sa récompense ; Mais ce ciel même, objet de ses désirs , Ne l'exclut pas des vertueux plaisirs : Ft pourrait-il, dans son pèlerinage , Se proposer un plus noble partage Que le bonheur de devenir l'appui De ceux qui font le voyage avec lui ?

A quelle enseigne, à quelle auguste marque Distingue-t-on la grandeur d'un monarque? Est-ce à l'éclat de son front radieux?

Est-ce aux éclairs qui partent de ses yeux ? Est-ce au pouvoir de désoler la terre Par le ravage et les feux de la guerre? Non , ce n'est point à ces traits dangereux , Mais au pouvoir de faire des heureux.

C'est par cet art qu'un citoyen paisible , Qu'un cœur humain, généreux et sensible, Par les bienfaits qui partent de ses mains , Se rend , sans crime , égal aux souverains ; Et sur les cœurs , dont sa bonté sublime Fit la conquête et captiva l'estime, Peut établir par une douce loi Sa monarchie, et dire : Je suis roi '. Vivez, régnez sur tout ce qui qui vous aime ; Et, dans ce règne avoue du ciel même , Aimez toujours , monarque llorissant, De vos sujets le plus obéissant.

J. R. «01 3SI w .

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