‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 584 sur 672 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

N'est pas restreint à la difficulté De réfuter les fables romancières De ces fripiers d'impostures grossières, Dont le venin , non moins fade qu'amer, Se fait vomir comme l'eau de la mer.

Il est aisé d'arrêter leurs vacarmes, Et de les vaincre avec leurs propres armes : Ce n'est pas là le danger capital :

Le vrai péril est le piège fatal Que leur noirceur tend à notre innocence , Pour l'engager dans la même licence, Pour la changer en colère , en aigreur, En médisance, en chicane, en fureur :

Nous réduisant enfin, pour tout sommaire, A n'avoir plus nul reproche à leur faire, Dès qu'envers nous leurs crimes personnels Nous ont rendus envers eux criminels.

Qu'arrive-t-il de ces lâches batailles, De ces défis, embûches, représailles?

C'est qu'en croyant par l'effort de nos coups Nous venger d'eux, nous les vengeons de nous; Qu'en travaillant sur de si faux modèles, Nous devenons leurs copistes fidèles, Donnant comme eux , ridicules héros , A nos dépens la comédie aux sots ; En leur montrant, bassement avilie, Notre sagesse habillée en folie.

Le bel honneur, d'attrouper les passants Au bruit honteux de nos cris indécents ! Quelle pitié de prendre ainsi le change! N'allons donc point, pour blâme ou pour louange, Dépayser des talents estimés , Et du public peut-être réclamés, En détournant leur légitime usage A des emplois indignes d'un vrai sage; Et nous vengeant par de plus nobles traits, Songeons au fruit qu'à de bien moindres frais Peut retirer un solide mérite Des ennemis que le sort lui suscite.

Tous ces travaux dont il est combattu Sont l'aliment qui nourrit sa vertu.

Dans le repos elle s'endort sans peine : Mais les assauts la tiennent en haleine; Un ennemi , dit un célèbre auteur, Est un soigneux et docte précepteur; Fâcheux parfois, mais toujours salutaire, Et qui nous sert sans gage ni salaire, Dans ses leçons plus utile cent fois, Que ces amis dont la timide voix Craint d'éveiller notre esprit qui sommeille. Par des accents trop durs à notre oreille. \ qui des deux en effet m'adresser, Dans les besoins dont je me sens presser?

OEUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Est-ce au flatteur qui me loue et m'encense? Est-ce à l'ami qui me tait ce qu'il pense? Par tous les deux séduit au même point , Mon ennemi seul ne me trompe point.

Du faible ami dépouillant la mollesse, Du vil flatteur dédaignant la souplesse, Son émétique est un breuvage heureux , Souvent utile, et jamais dangereux :

Car si celui dont la main le prépare, D'empoisonneur porte déjà la tare, Qu'ai-je à risquer ? De son venin chétif , Son venin même est le préservatif.

S'il m'a taxé d'une infirmité feinte, La vérité, du même coup atteinte, Saura bientôt trouver plus d'un moyen Pour rétablir son crédit et le mien. Mais, par malheur, si du mal véritable Il trouve en moi le signe indubitable; S'il m'avertit , par ses cris pointilleux , D'un vrai levain, d'un ferment périlleux, Qui de mon sang altère la substance; Alors sa haine , et la noire constance Dont me poursuit son courroux effronté,' Sans qu'il y songe , avancent ma santé. C'est une épée , un glaive favorable , Qui , dans ses mains malgré lui secourable, M'ouvrant le flanc, pour abréger mon sort , Perce l'abcès qui me donnait la mort.

Si je guéris , l'intention contraire De l'assassin ne fait rien à l'affaire : De son forfait toute l'utilité Reste à moi seul, à lui l'iniquité.

C'est donc à l'homme envers la Providence Une bien folle et bien haute imprudence, D'attribuer à son inimitié Ce qui souvent n'est du qu'à sa pitié. Ces contre-temps , ces tristes aventures , Sont bien plutôt d'heureuses conjonctures Dont le concours l'assiste et le soutient , Non comme il veut, mais comme il lui convient. L'Être suprême , en ses lois adorables , Par des ressorts toujours impénétrables , Fait , quand il veut , des maux les plus outrés Naître les biens les plus inespérés.

A quel propos vouloir donc par caprice Intervertir l'ordre de sa justice, Et la tenter par d'aveugles regrets, Ou par des vœux encor plus indiscrets?

Oh! si du ciel la bonté légitime Daignait , enfin , du malheur qui m'opprime Faire cesser le cours injurieux; Si son flambeau dessillant tous les yeux , A ma vertu si longtemps poursuivie,

Rendait l'éclat dont l'implacable envie,

Sous l'épaisseur de ses brouillards obseurs ,

Offusque encor les rayons les plus purs!

Cette prière innocente et soumise ,

Je l'avoûrai , peut vous être permise ;

Vous en avez légitimé l'ardeur

Par votre vie et par votre candeur;

Votre innocence inflexible et robuste

N'a point plié sous un pouvoir injuste,

Votre devoir est rempli ; tout va bien :

Soyez en paix ; le ciel fera le sien.

Il a voulu se réserver la gloire

De son triomphe et de votre victoire,

Et prévenir en vous la vanité

Qu'en votre cœur eût peut-être excité

Une facile et prompte réussite ,

Attribuée à votre seul mérite ;

Vous épargnant ainsi le dur fardeau

Et les rigueurs d'un châtiment nouveau.

Dans nos souhaits , aveugles que nous sommes Nous ignorons le vrai bonheur des hommes : Nous le bornons aux fragiles honneurs, Aux vanités , au plaisirs suborneurs ; A captiver l'estime populaire ; A rassembler tout ce qui peut nous plaire; A nous tirer du rang de nos égaux; A surmonter enfin tous nos rivaux.

Ronheur fatal! dangereuse fortune, Et que le ciel que souvent importune L'avidité de nos trompeurs désirs, Dans sa colère accorde à nos soupirs. Ce n'est jamais qu'au moment de sa chute, Que notre orgueil voit du rang qu'il dispute La redoutable et profonde hauteur.

Ce courtisan qu'enivre un vent flatteur Vient d'obtenir, par sa brigue funeste, La place due au mérite modeste :

Pour l'exalter tout semble réuni ; Il est content. — Dites qu'il est puni. Il lui fallait cette place éclairée, Pour mettre en jour sa misère ignorée.

, N'allons donc plus , par de folles ferveurs , Prescrire au ciel ses dons et ses faveurs : Demandons-lui la prudence équitable, La piété sincère , charitable ; Demandons-lui sa grâce et son amour ; Et, s'il devait nous arriver un jour De fatiguer sa facile indulgence Par d'autres vœux , pourvoyons-nous d'avancp D'assez de zèle et d'assez de vertus , Pour devenir dignes de ses refus ' .

1 Telle était encore, en 1736, la force des préventions élevées contre Rousseau depuis plus de vingt-cinq ans, que le sage, le

ÉPURES, LIVRE II

A M, L. RACINE

De nos erreurs , tu le sais , cher Racine,

La déplorable et funeste origine

N'est pas toujours , comme on veut l'assurer,

Dans notre esprit facile à s'égarer ;

Et sa fierté , dépendante et captive ,

N'en fut jamais la source primitive :

C'est le cœur seul , le cœur qui le conduit ,

Et qui toujours l'éclairé ou le séduit.

S'il prend son vol vers la céleste voûte,

L'esprit docile y vole sur sa route ;

Si de la terre il suit les faux appas,

L'esprit servile y rampe sur ses pas.

L'esprit enfin , l'esprit je le répète ,

N'est que du cœur l'esclave ou l'interprète;

Et c'est pourquoi tes divins précurseurs,

De nos autels antiques défenseurs ,

Sur lui toujours se sont fait une gloire

De signaler leur première victoire.

Oui , cher Racine , et pour n'en point douter,

Chacun en soi n'a qu'à se consulter.

Celui qui veut de mon esprit rebelle

Dompter, comme eux, la révolte infidèle,

Pour parvenir à s'en rendre vainqueur,

Doit commencer par soumettre mon cœur;

Et , plein du feu de ton illustre père ,

Me préparer un chemin nécessaire

Aux vérités qu'Esther va me tracer,

Par les soupirs qu'elle me fait pousser.

C'est par cet art que l'auteur de la Grâce ,

Versant sur toi sa lumière efficace,

Daigna d'abord , certain de son succès ,

Toucher mon cœur dans tes premiers essais,

Et qu'aujourd'hui consommant son ouvrage,

Et secondant ta force et ton courage ,

II brise enfin le funeste cercueil

Où mon esprit retranchait son orgueil ,

respectable Roi lin, ne reçut cette honorable épitre qu'avec une sorte de défiance, et mêla dans ses remerciments lettre du 10 mars) je ne sais quoi d'aigre et de chagrin qui affligea sensiblement Rousseau. Mais le bon recteur ne tarda pas a se le reprocher; et , mieux instruit , il s'efforça , dans les lettres suivantes, de réparer ce qu'il appelle lui-mémeune im/triuleiiec, une indiscrétion. Quel exemple que celui de Rollin, suppliant son ami de jeter sa lettre au/eu, et d'oublit >■ tout ce qu'elle contenait de téméraire et d'injuste! (Lettre du i'J mai.)

1 Cette épitre, composée en 1738, et inspirée par la lecture du poëme de la Relit/ion , devait paraître avec ce bel ouvrage, si digne du nom de Racine; mais le poème lui-même avant été arrêté à l'impression, l'épitre de Rousseau éprouva les mêmes difficultés : ce qu'il attribue ( lettre a VI. Boutet , du 27 mars) à la manière dont il s'exprimesur les petits esprits parts, •< dont la secte , dit-il , intitule aujourd'hui si horriblement en France, cpie, devant qu'il soit peu, si Dieu n'y met la main , on verra un royaume tout chrétien , sans christianisme. »

Et grave en lui les derniers caractères Qui de ma foi consacrent les mystères.

Quelle vertu, quels charmes tout puissants A son empire asservissent mes sens?

Et quelle voix céleste et triomphante Parle à mon cœur, le pénètre , l'enchante , C'est Dieu : c'est lui , dont les traits glorieux De leur éclat frappent enfin mes yeux.

Je vois , j'entends, je crois : ma raison même N'écoute plus que l'oracle suprême.

Qu'attends-tu donc, toi dont l'œil éclairé Des vérités dont il m' a pénétré, Toi dont les chants, non moins doux que sublimes, Se sont ouvert tous les divins abîmes Où sa grandeur se plaît à se voiler ; Qu'attends-tu , dis-je , à nous les révéler, Ces vérités qui nous la font connaître? Et que sais-tu s'il ne te fit point naître Pour ramener ses sujets non soumis, Ou consoler du moins ses vrais amis?

Dans quelle nuit, hélas ! plus déplorable Pourrait briller sa lumière adorable , Que dans ces jours où l'ange ténébreux Offusque tout de ses brouillards affreux; Où , franchissant le stérile domaine Donné pour borne à la sagesse humaine, De vils mortels jusqu'au plus haut des cieux Osent lever un front audacieux ; Où nous voyons enfin l'osé-jedire?

La vérité soumise à leur empire ; Ses feux éteints dans leur sombre fanal , Et Dieu cité devant leur tribunal?

Car ce n'est plus le temps où la licence Daignait encor copier l'innocence, Et nous voiler ses excès monstrueux Sous un bandeau modeste et vertueux.

Quelque mépris , quelque horreur que mérite L'art séducteur de l'infâme hypocrite, Toujours pourtant, du scandale ennemi, Dans ses dehors il se montre affermi ; Et , plus prudent que souvent nous ne sommes , S'il ne craint Dieu respecte au moins les hommes. Mais en ce siècle , à la révolte ouvert , L'impiété marche à front découvert :

Rien ne l'étonné; et le crime rebelle N'a point d'appui plus intrépide qu'elle. Sous ses drapeaux , sous ses fiers étendards, L'œil assuré, courent de tontes parts Ces légions . ces bruyantes armées D'esprits subtils , d'ingénieux pygmées, Qui , sur des monts d'arguments entassés , Contre le ciel burlesquement haussés De jour en jour, superbes Encelades,

G52 ŒUVRES POETIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Vont redoublant leurs folles escalades,

Et jusqu'au sein de la Divinité

Portant la guerre avec impunité ,

Viendront bientôt, sans scrupule et sans honte,

De ses arrêts lui faire rendre compte ;

Et déjà même, arbitres de sa loi ,

Tiennent en main , pour écraser la foi ,

De leur raison les foudres toutes prêtes.

Y songez-vous , insensés que vous êtes ! Votre raison , qui n'a jamais flotté Que dans le trouble et dans l'obscurité, Et qui , rampant à peine sur la terre , Veut s'élever au-dessus du tonnerre , Au moindre écueil qu'elle trouve ici-bas , Bronche , trébuche et tombe à chaque pas : Et vous voulez , fiers de cette étincelle , Chicaner Dieu sur ce qu'il lui révèle ! Cessez , cessez héritage des vers D'interroger l'auteur de l'univers :

INe comptez plus avec ses lois suprêmes; Comptez plutôt , comptez avec vous-mêmes; Interrogez vos mœurs , vos passions , Et feuilletons un peu vos actions.

Chez des amis vantés pour leur sagesse Avons-nous vu briller votre jeunesse ?

Vous a-t-on vus , dans leur choix enfermés , Et de leurs mains à la vertu formés, Chérir comme eux la paisible innocence , Vaincre la haine , étouffer la vengeance ; Faire la guerre aux vices insensés, A l'amour-propre , aux vœux intéressés ; Dompter l'orgueil , la colère , l'envie , La volupté, des repentirs suivie ?

Vous a-t-on vus, dans vos divers emplois , Au taux marqué par l'équité des lois De vos trésors mesurer la récolte , Et de vos sens apaiser la révolte ?

S'il est ainsi , parlez ; je le veux bien . Mais non : j'ai vu, ne dissimulons rien , Dans votre vie au grand jour exposée, Une conduite , hélas ! bien opposée :

Une jeunesse en proie aux vains désirs, Aux vanités , aux coupables plaisirs.

Un fol essaim de beautés effrénées , A la mollesse , au luxe abandonnées ; De faux amis , d'insipides flatteurs , Furent d'abord vos sages précepteurs ; Bientôt après, sur leurs doctes maximes, En gentillesse érigeant tous les crimes, Je vous ai vus , à titre de bel air, Diviniser des idoles de chair, Et mettre au rang des belles aventures Sur leur pudeur vos victoires impures;

Je vous ai vus , esclaves de vos sens ,

Fouler aux pieds les droits les plus puissants ,

Compter pour rien toutes vos injustices ,

Immoler tout à vos moindres caprices ,

A votre haine, à vos affections,

A la fureur de vos préventions;

Vouloir enGn, par vos désordres mêmes,

Justifier vos désordres extrêmes;

Et sans rougir, enflés par le succès,

Vous honorer de vos propres excès.

Mais, au milieu d'un si gracieux songe , Ce ver caché, ce remords qui nous ronge, Jusqu'au plus fort de vos dérèglements , Vous exposait à de trop durs tourments : Il a fallu , parlons sans nulle feinte , Pour l'étouffer, étouffer toute crainte , Tout sentiment d'un fâcheux avenir ; D'un Dieu vengeur chasser le souvenir; Poser en fait, qu'au corps subordonnée, L'àme avec lui meurt ainsi qu'elle est née: Passer enfin, de l'endurcissement De votre cœur, au plein soulèvement De votre esprit : car tout libertinage Marche avec ordre, et son vrai personnage Est de glisser par degrés son poison Des sens au cœur, du cœur à la raison. De là sont nés , modernes Aristippes , Ces merveilleux et commodes principes Qui , vous bornant aux voluptés du corps , Bornent aussi votre âme et ses efforts A contenter l'agréable imposture Des appétits qu'excite la nature.

De là sont nés , Épicures nouveaux , Ces plans fameux, ces systèmes si beaux, Qui, dirigeant sur votre prud'hommie , Du monde entier toute l'économie, Vous ont appris que ce grand univers N'est composé que d'un concours divers De corps muets, d'insensibles atomes, Qui par leur choc forment tous ces fantômes Que détermine et conduit le hasard , Sans que le ciel y prenne aucune part.

Vous voilà donc rassurés et paisibles ! Et désormais , au trouble inaccessibles , Vos jours sereins , tant qu'ils pourront durer, A tous vos vœux n'ont plus qu'à se livrer. Mais c'est trop peu : de si belles lumières Luiraient en vain pour vos seules paupières; Et vous devez , si ce n'est par bonté , En faire part , du moins par vanité, A ces amis si zélés , si dociles, A ces beautés si tendres , si faciles , Dont les vertus , conformes à vos mœurs,

ÉPITRES, LIVRE II

Vous ont d'avance assujetti les cœurs.

C'est devant eux que vos langues disertes

Pourront prêcher ces rares découvertes ,

Dont vous avez enrichi vos esprits :

C'est à leurs yeux que vos doctes écrits

Feront briller ces subtiles fadaises,

Ces arguments émaillés d'antithèses ,

Ces riens pompeux, avec art enchâssés

Dans d'autres riens, fièrement énoncés,

Où la raison la plus spéculative,

Non plus que vous , ne voit ni fond ni rive.

Que tardez-vous ? Ces tendres nourrissons

Déjà du cœur dévorent vos leçons.

Ils comprendront d'abord, comme vous-mêmes ,

Tous vos secrets , vos dogmes , vos problèmes ;

Et, comme vous, bientôt même affermis

Dans la carrière où vous les aurez mis ,

Vous les verrez , glorieux néophytes ,

Faire à leur tour de nouveaux prosélytes ;

Leur enseigner que l'esprit et le corps ,

Bien qu'agités par différents ressorts ,

Doivent pourtant toute leur harmonie

A la matière éternelle, infinie,

Dont s'est formé ce merveilleux essaim

D'êtres divers émanés de son sein ;

Que ces grands mots d'àme , d'intelligence,

D'esprit céleste, et d'éternelle essence ,

Sont de beaux noms forgés pour exprimer

Ce qu'on ne peut comprendre ni nommer,

Et qu'en un mot, notre pensée altière

N'est rien au fond que la seule matière

Organisée en nous pour concevoir,

Comme elle l'est pour sentir et pour voir :

D'où nous pouvons conclure , sans rien craindre,

Qu'au présent seul l'homme doit se restreindre ;

Qu'il vit et meurt tout entier ; et qu'enfin

Il est lui seul son principe et sa On.

Voilà le terme où , sur votre parole, Et sur la foi de votre illustre école , Doit s'arrêter dans notre entendement Toute recherche et tout raisonnement :

Car, de vouloir combattre les mystères Où notre foi puise ses caractères , C'est, dites-vous , grêler sur les roseaux. Est-il encor d'assez faibles cerveaux , Pour adopter ces contes apocryphes , Du monachisme obscurs hiéroglyphes ?

Tous ces objets de la crédulité, Donts'infatueun mystique entêté, Pouvaient jadis abuser des Cyrilles, Des Augustins , des Léons , des Basiles ! Maisquant à vous, grands hommes, grands esprits, C'est par un noble et généreux mépris

Qu'il vous convient d'extirper ces chimères , Épouvantai! d'enfants et de grand'mères.

Car aussi bien, par où se figurer, Poursuivez-vous , de pouvoir pénétrer Dans ce qui n'est à l'homme vénérable , Qu'à force d'être à l'homme impénétrable ? Quel fil nouveau, quel jour fidèle et sûr Nous guiderait dans ce dédale obscur ?

Suivre à tâtons une si sombre route , C'est s'égarer, c'est se perdre.— Oui, sans doute , C'est s'égarer, j'en conviens avec vous, Que de prétendre, avec un cœur dissous Dans le néant des vanités du monde , Dans les faux biens dont sa misère abonde , Dans la mollesse et la corruption , Dans l'arrogance et la présomption , Vous élever aux vérités sublimes Qu'ont jusqu'ici démenti vos maximes.

Non , ce n'est point dans ces obscurités Qu'on doit chercher les célestes clartés. Mais voulez-vous, par des routes plus sûres, Vous élancer vers ces clartés si pures Dont autrefois, dont encore aujourd'hui Tant de héros , l'inébranlable appui Des vérités par le ciel révélées, Font adorer les traces dévoilées , Et tous les jours , pleins d'une sainte ardeur, Dans leurs écrits consacrent la splendeur ? Faites comme eux : commencez votre course Par les chercher dans leur première source ; C'est la vertu , dont le flambeau divin Vous en peut seul indiquer le chemin.

Domptez vos cœurs, brisez vos nœuds funestes; Devenez doux , simples , chastes , modestes ; Approchez-vous avec humilité Du sanctuaire où gît la vérité ; C'est le trésor où votre espoir s'arrête. Mais , croyez-moi , son heureuse conquête N'est point le prix d'un travail orgueilleux, Ni d'un savoir superbe et pointilleux.

Pour le trouver, ce trésor adorable, Du vrai bonheur principe inséparable, Il faut se mettre en règle, et commencer Par asservir, détruire, terrasser, Dans notre cœur nos penchants indociles ; Par écarter ces recherches futiles Où nous conduit l'attrait impérieux De nos désirs follement curieux ; Par fuir enfin ces amorces perverses, Ces amitiés , ces profanes commerces , Ces doux liens que la vertu proscrit , Charme du cœur, et poison de l'esprit.

Dès qu'une fois le zèle et la prière

ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

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