‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 589 sur 672 · LA LITURGIE DE CYTHÈRE · texte numérisé non relu

LA LITURGIE DE CYTHÈRE

Le dieu d'Amour en faisant sa visite, Comme doit faire un pasteur bien appris , Voulut revoir sa ville favorite, Et terminer sa course dans Paris.

Là, contemplant le progrès de ses flammes, Il jette l'œil sur son petit troupeau , Joyeux, refait, séjourné « , gras et beau , Et reconnaît toutes ces bonnes âmes Qu'il instruisit au sortir du berceau ; Mais au milieu de ses saintes ouailles, Il est surpris de voir une beauté Qu'il ignorait, et qui dans nos murailles A depuis peu son séjour transporté.

De toutes parts autour de l'inconnue Il voit tomber comme grêle menue Moisson de cœurs, sur la terre jonchés, Et des dieux même à son char attachés. « Ouais ! qu'est ceci ? dit l'enfant de Cy thère ; Ce jeune objet, plus vermeil que corail, A notre loi voudrait-il se soustraire?

Oh! parvenus, nous verrons cette affaire. » Si s'en retourne aux cieux dans son sérail , En ruminant comment il pourra faire Pour attirer la brebis au bercail.

Or, il avint que la Nymphe , en goguettes, Et ne sachant , comme on dit , rien de rien , En disputant sur certaines sornettes, Que quelques-uns appuyaient mal ou bien, Fit de sa bouche échapper par fortune Un certain mot... Comment dire ceci?

Un mot... Ce mot que le dévot Neptune N'acheva pas 2 ; vous m'entendez d'ici. La belle alors de rougeurs infinies Se colora ; mais du plus haut des cieux Amour l'ouït , et cria tout joyeux :

« Bon Ja voilà qui dit nos litanies!

Elle est à nous : voilà les propres mots Que de tout temps dame Venus ma mère A consacrés à ce joyeux mystère, Que l'on célèbre à Cythère , à Paphos.

Jeune beauté, par qui je vois reluire D'un feu nouveau mes antiques autels , Je veux toujours te protéger, t'instruire : Je t'apprendrai de quel ton il faut dire Ces autres mots graves et solennels

1 Séjourné , qui a pris du repos et de l'embonpoint : peu usité, même dans le >t> le familier, auquel il appartient.

2 Allusion un peu forcée , et plus qu'allégorique, au fameux Quos ego!... de Neptune, dans V Enéide

ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU

Qui sont marqués dans mes saints rituels; Et si déjà le pouvoir de tes armes Force des dieux à te faire la cour, Que ne doit-on attendre de tes charmes, Quand tu seras instruite par l'Amour ? »

ÉCLAIRCISSEMENTS DE L'AUTEUR sue l'allégorie suivante.

Cette pièce fut composée au mois de décembre de l'année 1713. Les prophéties allégoriques de Merlin semblaient alors toucher d'assez près à leur accomplissement; et le piince qui en fait le sujet x n'avait pas d'autre nom que celui de roi dans le pays où je suis né : mais comme les choses ont pris maintenant une face très-différente , peutêtre n'aurais-je point songé à publier un ouvrage qui ne saurait plus être du goût de tout le monde, si ce même ouvrage n'avait déjà été rendu public par les copies qui en ont couru dans le temps qu'il fut fait. Je le donne ici tel qu'il est , persuadé qu'il y a encore plus de honte à désavouer ce qu'on a une fois écrit , que de prudence à s'en dédire.

Le reproche qu'on peut me faire d'avoir mal deviné m'est commun avec tous ceux qui jugeaient alors connue moi ; et je ne pense pas qu'on puisse m'en faire d'autres , n'étant jusqu'à présent hé par aucun engagement contraire à mes premières idées; et mon principal soin ayant été, connue on le peut voir, d éviter tout ce qui peut blesser le respect dû aux puissances , et en particulier à une nation composée de tant de personnes également recommandables par l'élévation de leur courage et la profondeur de leur génie.

( Rousseau. )

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