LA GROTTE DE MERLIN
Cette île noble, antique , et renommée, (jui de Neptune à tel point fut aimée 3 , Qu'un de ses fils voulut s'y renfermer, Et de son nom Albion la nommer, Mainte merveille en son sein fait reluire, Qu'en ces vers-ci je ne prétends déduire , Par le menu , les chroniqueurs passés
1 11 s'agit de Jacques III , frère de la reine Anne , et si connu dans l'Europe sous le nom de Chevalier Saint-Georges, ou du Prétendant. (ÉDIT.)
2 J'ai changé le titre de Rockes de Salisbury, sous lequel celte allégorie a été d'abord donnée dans le monde. Ces roches passent pour une des merveilles de l'Angleterre : on les appelle Gonds ou Portes de pierre , comme je l'ai marqué plus bas; parce qu'il s'en trouve en effet quelques-unes qui ont la figure d'une porte. La Fable veut que Merlin les ait transportées d'Irlande au lieu où elles sont : c'est ce qui m'a donné l'idée de placer en cet endroit la grotte de cet enchanteur. (R.)
3 La tradition fabuleuse veut qu'un fils de Neptune, appelé Albion , ait le premier régué dans l'île de Bretagne, à laquelle il donna son nom. (R.)
En leurs recueils les déduisant assez.
Pour le présent , suffit d'en citer une ,
Une sans plus; mais qui peut mieux qu'aucune
Passer pour rare, et que je garantis
Sur le rapport de ces recueils gentils.
Ce sont ces rocs , autrement gonds de pierre ,
Qu'on voit semés en cette noble terre,
Tout à travers d'un champ vert et fleuri ,
Que gens du lieu nomment Sarisbery;
Et que Merlin jadis par son génie
Fit transporter des Marches d'Hybernie :
Car tels rochers ne sauraient bonnement
Se trouver là , fors par enchantement.
Or, noterez qu'entre ces roches nues ,
Qui par magie en ce lieu sont venues ,
S'en trouvent sept, trois de chacune part ,
Une au-dessus; le tout fait par tel art ,
Qu'il représente une porte effective,
Porte vraiment bien faite et bien naïve;
Mais c'est le tout : car qui voudrait y voir
Tours ou chàtels , doit ailleurs se pourvoir ;
Et ne sait -on encor pour quel office
Ce haut portail est là sans édifice.
Mais ces secrets arcanes et sacrés , Ja ne sont faits pour être pénétrés , Fors de ceux-là, que vaillance autorise A pourchasser vertueuse entreprise :
L'épée au poing , fendant jusqu'aux talons Traîtres géants , Endriaques félons, Tant que par eux soit mis hors de servage Quelque empereur ou roi de franc lignage. Entre ceux-là furent prisés jadis Agésilan, Florisel ', Amadis , Et maints encor, de qui Dieu par sa grâce Jusqu'en nos jours a conservé la race : Témoin cettui que je vais publier, Sage entre tous et discret chevalier, Qui mérita par sa force invincible, D'être introduit dans la grotte invisible; Et que l'on tient issu selon la chair, De Palmerin, le chevalier sans pair 2.
Icelui preux vers les roches décrites 3 Allait chantant les vertus et mérites Du prince Artus 4, des bons tant regretté ; Et récitait , sur son luth argenté,
i Ce sont deux chevaliers très-célèbres , dans le douzième tome du roman des Amadis. (R.)
2 Le roman de Palmerin d'Angleterre est assez connu. (Voyez l'éloge que Michel Cervantes en fait dans le premier volume de Don Quichotte. (R.)
3 II est aisé de voir de qui j'entends parler, pour peu qu'on ait de connaissance de l'histoire du temps. (R.)
4 Le roi Artus (ou Arthur) est le Charlemagne des Anglais et le grand héros de leurs romans , comme celui-ci l'a été des nôtres. On peut voir dans Lancelot du Lac une partie des
ALLÉGORIES, LIVRE I
Ce lai plaintif : « O rives britanniques! « O roi , dompteur des Saxons tyranniques , « Si , comme on dit , par don surnaturel , « Tu dois revoir ce monde temporel , « Et revenir chasser hors de nos terres « Rébellions , débats, troubles et guerres, « Que tardes-tu? viens revoir ton palais ! « Viens de prison tirer la douce Paix , « Qui las, hélas! désolée et chétive, « Chez Faction languit toujours captive '. »
Ainsi chantait le chevalier dolent.
Lors lui sembla qu'une voix , l'appelant Par son vrai nom , lui parla de la sorte : « Si les esprits qui gardent cette porte, « En paraissant , n'effarouchent tes yeux , « Tu peux entrer. » Le paladin joyeux , A qui frayeur n'entra jamais dans l'âme , Prend son écu , se commande à sa dame , Approche, arrive ; et démons de hurler, De tempêter, crier, siffler, voler, Mais pour néant : car sans crainte ni doute, Le champion poursuit toujours sa route.
Si qu'eussiez vu tous ces diables cadets , Larves , Lutins , Lémures , Farfadets , Spectres volants, Ténébrions, Génies, En moins de rien cesser leurs litanies, Et s'éclipser à tout leur carillon , Comme étourneaux devant l'émeriilon.
Eux départis , ô merveille imprévue !
La terre s'ouvre , et ne s'offre à la vue Qu'un antre sombre, enfumé , caverneux, Où d'un brandon l'éclat fuligineux * Semble éclairer par ses lueurs funèbres L'affreux manoir du prince des ténèbres. A la clarté du flambeau stygial , Par cent degrés le chevalier loyal Descend au creux de la spélonque 5 obscure ,
merveilles que la fable a ajoutées à l'histoire pour illustrer ce prince : elle prétend même qu'il n'esypoint mort, qu'il n'a fait (pie disparaître, et qu'il doit venir un jour régner encore une fois sur l'Angleterre, et y ramener le siècle d'or. Ce qui est de vrai, c'est que son règne fut très-glorieux, et qu'il délit les Saxons en beaucoup de combats. J'ai cru que le style que j'ai choisi m'autorisait à faire descendre de ce héros le prince doid je parle; d'autant mieux que cette imagination est assez vraisemblablement fondée sur l'histoire, comme on le verra dans la suite. (R.)
— Arthur vivait au commencement du sixième siècle. Vécrivain qui a mis le plus de soin à éclaircir son histoire, Withaker, dérive son nom de .Irth-nir ou souverain des Silures. 11 fut enterre à Glasseniburj ; el son tombeau, découvert en 1189 sous le règne de Henri 11, était décoré d'une petite croix de plomb, sur laquelle on lisait ces mois : //«' jaeet inclyUu fex drturius, in inaida Avaîonia. (Édit.)
1 On en I rodasse/, que je veux parler des deux fameux partis qui divisent aujourd'hui l'Angleterre. (R.)
2 Fuligineux : du \aiiafuligo, noir, couleur de suie.
3 Du latin spelunca , une caverne.
Et trouve enfin, pour l'histoire conclure, Un huis fermé, qui s'ouvre sur l'instant, Et lui découvre un palais éclatant :
Palais, non pas, mais grotte émerveillable, Telle que l'œil n'en vit onc de semblable : Et que jamais sane n'obtint pour don , Telle demeure , hormis Apollidon >.
Car c'est illec 2 que la troupe des Gnomes, Dominateurs des terrestres royaumes , A rassemblé , pour leur prince honorer, Tout ce qui peut son séjour décorer; Ambre , corail , ivoire , marguerites 3 , Perles, saphirs, jacinthes, chrvsolites, Riches métaux, azur corinthien , Jaspe, porphyre et marbre phrygien , Sans oublier mainte fine escarboucle, Et diamants proprement mis en boucle Tout à l'entour, de qui l'éclat riant Pâlir ferait le soleil d'Orient.
Or, entendez qu'en ce lieu de lumière, Où l'art encor surmonte la matière , Brille surtout , de rubis étoile , Un siège d"or finement ciselé, Où reposait le très-noble prophète , Qui cette grotte a choisi pour retraite , Et fut jadis , sous le roi Pendragon 4, Des enchanteurs clamé 5 le parangon 6 , Bien paraissait être [celui prud'homme, Prince de ceux que sages on renomme 7 , Tant à le voir semblait homme de bien , Vieillard honnête et de noble maintien!
Si qu'eux , voyant seulement son visage , Eussent pour chef accepté cettui sage, Qui tout à l'heure en son séant dressé, Ayant trois fois éternué , toussé , Les yeux luisants comme deux girandoles, Au damoisel adressa ces paroles :
« Je suis Merlin, qu'en vulgaire sermon Vos vieux conteurs prêchent né du démon 8 , Attribuant, par malice grossière, L'extraction des enfants de lumière A la vertu de cet esprit vilain ,
1 Voyez la description du palais d'Apollidon, dans le second et le quatrième livre des Amodia. (R.)
- Ulee, la, illic.
Marguerites, des perles : margarite.
4 Dtter Pendragon était le père du roi Arlus; et Merlin vivait dans le cinquième siècle, sous ers deua rois, et sous Vortiger, leur prédécesseur. (R.) i imé, nommé, proclamé.
6 Le parangon , le modèle, le patron.
: Merlin est le plus ancien , aussi bien que le plus considérable, de tous les enchanteurs dont les romans fassent mention. R.)
8 on a dit que .Merlin était né d'un démon Incube el d'une princesse anglaise, religieuse à Kaer-Merlin. (R.)
(5G4 OEUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU
Qui de l'Enfer fut créé châtelain.
J'ai visité là-haut vos colonies , Suivant les us de nous autres génies , Et fus longtemps prophète en Albion , Dont je plorai l'inique oppression, Quand Vortiger x dans le sein britannique Eut attiré le serpent teutonique2.
0 mon pays? ô Bretons redoutés!
Défiez-vous des peuples allaités
Loin de vos bords ! fuyez leur parentage ; Car c'est d'iceux qu'est né votre esclavage. Je disparus en ce conflit amer ; Et par mon art transportai d'outre-mer Les hauts rochers qui servent de barrière A cette grotte , où , bornant ma carrière , Démogorgon3, notre roi souverain , M'a fait seigneur du peuple souterrain.
C'est cette gent dont l'esprit tutélaire 4 Va parcourant votre monde polaire, Où je Tenvoie en invisibles corps Examiner les troubles et discords , Qui par l'engin du père d'impostures Vont affligeant mortelles créatures.
Par eux adonc m'ont été rapportés Tous vos débats , maux et calamités, Qui , par révolte et ruses infernales , Ont affolé vos provinces natales , Si que la paix oncques n'y peut mûrir, Tant qu'y verrez iniquité ileurir ; Car ne croyez pouvoir par artilice Paix rétablir, sans l'aide de justice.
Par quoi d'abord détruire vous convient L'enchantement où Fraude la détient, Fraude , sans qui rebelle Félonie N'eût engendré superbe Tyrannie , Et Faction , mère de tous les maux Qui sont sortis des paluds5 infernaux.
Or puisque en toi n'est encore effacée La souvenance et mémoire passée Du prince Artus, la merveille des rois, Je veux du sort t'interpréter les lois ,
1 Ce fut ce prince qui attira les Saxons en Angleterre; et on prétend que Merlin lui fit voir par ses enchantements que ces nouveaux venus lui ôteraient la couronne et la vie. (R.)
2 Les Anglo-Saxons , qui usurpèrent la Grande-Bretagne, venaient de la Basse-Germanie , ou ils habitaient le long des bords de l'Elbe et du Weser, autrefois la demeure des Cimbres et des Teutons. (R.)
3 Démogorgon est le prince des génies et des fées. Voyez ce qu'en dit Aiistote dans son quarante-sixième chant. (R.)
-i Les visions de la cabale et de la Fable moderne ne sont qu'une extension vicieuse des principes de la philosophie des anciens , et de la re ligion même , qui reconnaît , entre Dieu et l'homme, des intelligences moyennes, lesquelles observent tout ce qui se fait sur la terre, et examinent toutes les actions des hommes. (R.)
4 Paluds, marais : paludes.
Et t'expliquer les divins caractères Qui sont enclos au livre des mystères. »
Ces mots finis , le vieillard s'arrêta , Puis se signant , quelques mots marmotta En feuilletant son grand antiphonaire, Où , par comment « et glose intérimaire , Se touche au doigt et se montre éclairci Tout l'avenir ; lors poursuivit ainsi :
« Ce brave Artus , de qui l'ardente épée Au sang germain tant de fois fut trempée , De ses hauts faits le monde récréant , Usurpateurs eût mis tous à néant , Si d'Atropos la colère félonne Ps'eùt d'Albion renversé la colonne.
Ah! maie mort , tes larronnesses mains Psous l'ont tollu2, le plus grand des humains! Et rien n'y font ceux-là, dont le bon zèle Dans les hauts deux , comme Enoch , le recèle D'où quelque jour, à les ouïr narrer, Il reviendra son pays bienheurer.
Tous ces rébus d'antiques prophéties Ne sont qu'amas de vieilles facéties , Dont le droit sens et mystère caché Est, sans emblème, en ce livre épluché.
« De ce bon roi l'héroïque lignée3 , Au fond des bois réduite et consignée, Donna longtemps aux fidèles Gallois Chefs souverains et magnanimes rois; Tant qu'une sœur de ces généreux princes 4 Dont le Germain détenait les provinces, Le grand Walter en ses flancs enfanta , Qui leur vrai sang chez les Pietés porta. Ici d'Artus la tige est mi-partie Entre les rois de l'antique Scotie; Puis se rejoint dans le sang bien-aimé5 Du bon Henri , le Sage surnommé , Qui , s'unissant à la royale race Du preux Walter, fait revivre la trace
• Comment, comf^ntaire : commentum.
1 Tollu , enlevé : du verbe latin loi 1ère.
3 Tout ce qui suit est fondé sur la vérité de l'histoire. Les descendants d'Artus, poursuivis par les Saxons, se réfugièrent dans les montagnes du pays de Galles, ou ils fondèrent un huitième royaume , indépendant des sept autres , qui partageaient l'Angleterre sous la domination saxonne. (R.)
« Vers le milieu du onzième siècle, Fléante, fils de Banco, s'étant réfugié dans le royaume de Galles, pendant que le tyran Machet régnait en Ecosse, y épousa la sœur du roi , et en eut le fameux Walter ou Gaultier, premier des Stwarls , de qui sont descendus les rois qui ont régné depuis en Ecosse et en Angleterre. (R.)
s Henri VII , surnommé le Sage , était petit-fils d Aventider seigneur du pavs de Galles , issu par Cadovallare des souverains qui avaient régné sur cette principauté, depuis que les descendants d'Artus s'y furent retirés. Marguerite, tille de Henri, épousa Jacques IV, roi d'Ecosse; et c est en vertu de cette alliance que les Stwarts ont hérité de la couronne d'Angleterre. (R.)
ALLÉGORIES, LIVRE I
Des rois bretons, dans la douce union
De l'Albanie I au règne d'Albion 2.
Or, entends-moi. Quoique maint docte livre
Conte qu'un jour Artus doive revivre
Pour les destins de votre île amender,
Si ne devez ce discours regarder
Que comme un type , ou sermon prophétique ,
Qui vous décrit l'avènement mystique
D'un jeune roi de son sang descendu ,
Qui, par justice à son peuple rendu,
Doit extirper discordes intestines ,
Guerres, débats, scandales, et rapines;
Si que pourrez par lui revoir encor
En Albion triompher l'âge d'or,
Et retourner prospérité, richesse,
Dilection , paix , amour et liesse.
Il , de vos bords en naissant disparu ,
Terres et mers dès l'enfance a couru ,
Et s'est appris , par épreuve importune,
A supporter l'une et l'autre fortune,
Afin qu'un jour, par son exemple instruit
De tout le mal qu'iniquité produit ,
Justice et droit à tous il sache rendre,
Aider le faible, et l'opprimé défendre.
La noble fée et le sage devin
Qui de ce prince ont , par vouloir divin,
Jusqu'à ce jour régi la destinée ,
Ja dès longtemps sa naissance ont ornée ,
L'une, des dons qui le corps font chérir;
L'autre, de ceux qui font l'âme fleurir :
Tant qu'à le voir nul presque ne peut dire
Lequel en lui plus de tendresse inspire,
Grâce ou vertu , ne qui réussit mieux
A l'admirer, ou le cœur, ou les yeux.
Déjà le Dieu qui des combats décide
De près a vu comment cejeune Alcide
Sait manier les instruments de Mars,
Écus , hauberts, lances, et braquemarts ,
Et mépriser, dans le champ des batailles,
Repos oisif, périls , et funérailles ;
Dont aisément se peut imaginer
Comme en son temps il saura gouverner
Ses ennemis, si quelqu'un s'en escrime :
Non pas les siens ; car son cœur magnanime
Ne connaîtra pour ses vrais ennemis
Que ceux du peuple en sa garde remis.
Aussi dans peu ce peuple réfractaire
1 C'est ainsi que l'Ecosse est souvent nommée par les anciens auteurs. L'Albanie n'est plus qu'une province particulière, avec le titre de duché, qui a été quelquefois donné aux fils aines des rois d'Ecosse. (R.)
2 On sait que le mot de règne, en vieux langage, se prend souvent pour royaume, comme regnum en latin. (R.)
Réparera sa coulpe ■ involontaire ;
Et pour bientôt faction enterrer,
Le jeune roi n'aura qu'à se montrer.
Car quel esprit, tant soit-il intraitable
Et for-issu 2 du manoir délectable
D'entendement pourrait , à son aspect ,
N'être saisi d'amour et de respect?
Est-il lion , tigre ou serpent d'Afrique ,
Qui , contemplant le regard héroïque ,
Le noble éclat, et la douce fierté
Qui , sur ce front rempli de majesté ,
Marque si bien ce qu'il est et doit être,
Ne s'amollît et ne connut son maître?
Partant , croyez qu'encontre ses regards
Point ne tiendront les gentils léopards3
(Point n'y tiendraient ogres anthropophages),
Tous seront bons , tous seront beaux et sages :
Antiques mœurs il ressuscitera ,
Gloire et vertu trompher il fera.
Que dirai plus ! il fermera le temple
Du vieux Janus ; et sera son exemple ,
Des bons l'amour, et des méchants l'effroi.
Finalement ce légitime roi
Fera partout fleurir paix et justice :
Justice et paix , mères de tout délice ,
Sans qui richesse, honneur, prospérité,
Font plus de mal que honte et pauvreté.
Alors banquets et festins domestiques,
Danses, chansons, épinices^ rustiques,
Tournois, béhourds5 , et tous autres ébats
Retourneront francs de noise et débats ,
Et durera cette joie établie
En Albion , jusqu'au retour d'Élie.
O de tout bien principe et fondement!
0 lors en terre , et non point autrement , Repos , douceur, allégresse, innocence, Déduit, soûlas, désirs, et jouissance!
Levez vos cœurs et tendez vos esprits , Peuples heureux, à ces ordres prescrits Par le vouloir de la fée immortelle ,
Qui vos destins a pris en sa tutelle. » A tant se tut le vieillard nonpareil.
Lors s'inclina le chevalier vermeil , Qui , méditant, en extase profonde , Ce grand oracle et mystère , où se fonde Tout gentil cœur ami de son devoir, Fut transféré par magique pouvoir Dans le palais de la haute pairie6,
1 Coulpe , faute : culpa.
2 For-issu , sorti : composé de l'adverbe foras, et du vieux verbe français issir, qui signifiait sortir.
3 Ce sont'les armes d'Angleterre. (R.) ■i Chants de victoire.
4 Béhourd, combat , exercice guerrier.
6 La chambre haute ou la chambre des pairs. Le chevalier
ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU
Palais où gît tout l'art de faérie,
Comme celui qui fait par sa splendeur
De toute Pile admirer la grandeur ;
Mais qui pourtant, quoiqu'il joigne et rassemble
De ce climat les sages tous ensemble,
Si ne reluit et n'a d'éclat en soi ,
Que par le trône et les yeux de leur roi ■ .