L'OPÉRA DE NAPLES
Quand le Seigneur vit que l'Esprit immonde, Par l'Opéra séduisant tous esprits, Était plus fort que dogmes ni qu'écrits, Et dans l'abîme entraînait tout le monde , Il résolut d'abolir un lieu tel , Source de vices et de péché mortel ; Et se servant même du ministère De Satanas , de tout péché le père , Dans un cachot mit le déterminé , Cachot de chair, et dans un corps tanné Vous l'emboîta, puis lui mit sur l'échiné Manteau d'abbé : bref, l'accoutra si bien ,
1 Cette allégorie, d'abord intitulée la Picade , semble avoir donné à Voltaire l'idée de sa Orépinade, satire également odieuse, et dans laquelle il retourne contre Rousseau les armes que lui-même emploie ici contre ses ennemis. Tout le crime de ce pauvre abbé Pic était d'avoir donné à l'Opéra le ballet des Saisons, -la IS'aissance de Vénus, et Aricie, un peu moins malheureux que Jason, Vénus et Adonis, mais aussi complètement oubliés aujourd'hui.
Que de ce troc nul ne soupçonna rien , Et que chacun le crut homme à la mine. Or, voilà donc le diable en sa machine, Efcveloppé d'organes tant épais, Que diable aucun si sot ne fut jamais. Dans cet état s'en va trouver Manchine ' : Car Dieu l'avait sur terre mis exprès Pour le dessein que vous verrez après.
Manchine est là, qui lui dit : Versifie Pour mon théâtre. Ainsi fit le vilain : Versifia, chatouillé par le gain.
Mais admirez en ceci , je vous prie , Combien profonds sont les ordres du ciel! Car l'Opéra , ce temple d'Uriel , Où s'attroupaient tant de femmes coquettes, Où se tramaient tant d'intrigues secrètes, Est depuis lors plus vide et moins hanté Qu'un lazaret, de scorbut infecté.