IDYLLE
Échappé du tumulte et du bruit de la ville, Muse, je te retrouve en ce champêtre asile, Où, dans la liberté que tu m'y tais choisir, Tu viens me demander compte de mon loisir. Il est vrai qu'avec toi dans ces plaines fleurit J'entretiens quelquefois mes douces rêveries; Mais pardonne aujourd'hui, si des charmes plus doux T'enlèvent un tribut dont ces bords sont jaloux. J'y vois de toutes parts, prodigue eu ses largesses, Cybele à pleines mains répandre ses richesses : De ses bienfaits nouveaux ces arbres sont parés^ D'une herbe verdoyante elle «HTi re nus prés. Cérès suit son exemple, e1 de ses dons propices, Sous la même couleur déguise les pr< : Et Bacchus, cultivant se> thyrses reverdis, N'ose encore a DOS yeux étaler ses rubis. 1 Joseph I", empereur d'Autriche.
L'émail riche et brillant que nos champs font éclore N'est encor réservé qu'au triomphe de Flore, Soit par reconnaissance et pour prix des présents Dont sa main de Cybèle orna les jeunes ans ; Ou soit que le zéphyr, par quelque heureuse adresse, Ait obtenu ce don de la bonne déesse ; Car ce dieu caressant plaît par ses privautés, Et se donne souvent d'heureuses libertés. On lui pardonne tout , caprices , inconstance. Aujourd'hui même encor, si j'en crois l'apparence, Deux jeunes déités , objets de ses soupirs , Partagent à la fois ses soins et ses plaisirs ; [ne , Et, pour cacher le fruit d'un amour qu'on soupçon- Sous les habits de Flore il déguise Pomone. C'est à ces doux objets que mes yeux sont ouverts. Ici l'airain bruyant n'ébranle point les airs : De la sœur de Progné la voix flatteuse et tendre Dans ces paisibles lieux seule se fait entendre. Heureux si bieu souvent ses accords enchanteurs Ne réveillaient l'Amour assoupi dans les ce A sa voix les amants renouvellent leurs plaintes, Ils sentent ranimer leurs désirs et leurs crai L'un , outré du mépris qu'on fait de ses amours, Appelle vainement la mort à son secours; L'autre, témoin des feux d'une infidèle amante, Exhale en vains serments sa colère impuissante. Qui pourrait épuiser les songes déréglés , blés . Les fantômes trompeurs dont leurs sens sont trou- Quand le sang, allumé d'un feu qui l'empoisonne, Au retour du printemps dans leurs veines bouillonne? Jadis nos sens, plus vifs dans la saison des fleur> . Se sentaient excites par les mêmes chaleurs; Mais de trente printemps la sagesse escortée Dejour en jour s'oppose à leur fouguëindompti Pour ceux de qui l'été fait mûrir la raison, Le printemps et l'hiver sont la même saison.