LIVRE II, STANCES
Pourvu qu'à mon exemple on souffre doucement Et qu'aux appas du change une âme ne s'envole ,
On se peut assurer Qu'il est maître équitable, et qu'enfin il console
Ceux qu'il a fait pleurer.
Louez Dieu par toute la terre ,
Non pour la crainte du tonnerre
Dont il menace les humains, Mais pource que sa gloire ■ en merveilles abonde , Et que tant de beautés qui reluisent au monde
Sont les ouvrages de ses mains.
Sa providence libérale
Est une source générale
Toujours prête à nous arroser.
L'Aurore 2 et l'Occident s'abreuvent en sa course; On y puise en Afrique , on y puise sous l'Ourse ;
Et rien ne la peut épuiser.
N'est-ce pas lui qui fait aux ondes
Germer les semences fécondes
D'un nombre infini de poissons; Qui peuple de troupeaux les bois et les montagnes, Donne aux prés la verdure, et couvre les campagnes
De vendanges et de moissons?
Il est bien dur à sa justice
De voir l'impudente malice
Dont nous l'offensons chaque jour; Mais , comme notre père, il excuse nos crimes; Et même ses courroux , tant soient-ils légitimes ,
Sont des marques de son amour.
Nos affections passagères,
Tenant de nos humeurs légères,
Se font vieilles en un moment3; Quelque nouveau désir comme un vent les emporte : I.a sienne, toujours ferme, et toujours d'une sorte,
Se conserve éternellement.
■ Cesl-à-dire ses actions louables, admirables et dignes 'le gloire. Malherbe a employé souvent ce mot dans le même sens. (COSTAR.)
J L'aurore esi ici pour ['orient. Celte façon de parler est hardie, mais elle est belle. M 1 v
1 On pourrait se demander comment ces affections sont passagères puisqu'elles \ ieillissent . ou comment elles \ ieil lissent puisqu'elles sont passagères. Hais il faut considérer 'pi.' Malherbe ne dit pas qu'elles sonl anciennes. Il dil qu'elles se f'int vieilles, et vieilles <n un moment, pour marquer qu'elles s'affaiblissent, s'altèrent et se corrompent en peu de temps. (Costar.)