CONSOLATION
A M. LE PREMIER PRESIDENT DE VERDUN. M I; l.A MOKT DE SA FEMME'.
Sacré ministre de Thémis .
Verdun, en qui le ciel a mis
Une sagesse non commun Sera-ce pour jamais que ton cœur abattu
Laissera sous une infortune, Au mépris de ta gloire, accabler ta vertu?
Toi de qui les avis prudents
En toute sorte d'accidents
Sont loués même de l'envie, Perdras-tu la raison jusqu'à te figurer
Que les morts reviennent en vie , Et qu'on leur rende l'âme à force de pLurer?
Tel qu'au soir on voit le soleil
Se jeter aux bras du sommeil ,
Tel au matin il sort de l'onde.
Les affaires de l'homme ont un autre destin :
Après qu'il est parti du monde, La nuit qui lui survient n'a jamais de matin.
Jupiter ami des mortels 2 ,
Ne rejette de ses autels
Ni requêtes ni sacrifices :
Il reçoit en ses bras ceux qu'il a menacés;
Et qui s'est nettoyé de vices Ne lui fait point de vœux qui ne soient exaucés.
Neptune, en la fureur.des flots
Invoqué par les matelots,
Remet l'espoir en leurs courages; Et ce pouvoir si grand donl il est renommé
N'est connu que par les naufrages Dont il a garanti ceux qui l'ont réclamé.
1 Malherbe fut près de trois ans à composer ces stances, >t quand il les publia . VI. de V erdon était remari. ■ noces ; ce qui leur lit perdre beaucoup de leur ^r kce K v wi
- Toui ce passage est pris de Ronsard, llv. V, od. rv. El cependant Malherbe estimai! si peu ce poète, qu'il ai ut i fi .< ■• toutes ses poésies depuis un boni jusqu'à Pautre. Je m m. os d'avoir oui dire aGomh uid que, quand Malherbe Usait
- ami.-, el qui] y rcu<-. intrati quelque I I.
dur nu d'impropre, il s'arrétail tout court . <t leur di-.ui enmite / i M -m- 1 i- dfl l'a\ i- de ceux
qui méprisent Bonsard jusqu'à l'effacer (oui entier; m Buis encore moins de rai is de ceui qui radorenl jusqu'à lui dresser des ml Is, ••! je tiens avec M. de Balzac qu'il n'est que le commencement et la matière d'un poète. Mes.)
ŒUVRES DE MALHERBE
Pluton est seul entre les dieux
Dénué d'oreilles et d'yeux
A quiconque le sollicite :
Il dévore sa proie aussitôt qu'il la prend ;
Et, quoi qu'on lise d'IIippolyte, Ce qu'une fois il tient , jamais il ne le rend.
S'il était vrai que la pitié
De voir un excès d'amitié
Lui fît faire ce qu'on désire, Qui devait le fléchir avec plus de couleur
Que ce fameux joueur de lyre Qui fut jusqu'aux enfers lui montrer sa douleur?
Cependant il eut beau chanter,
Beau crier, presser et flatter,
Il s'en revint sans Eurydice ; Et la vaine faveur dont il fut obligé
Fut une si noire malice, Qu'un absolu refus l'aurait moins affligé.
Mais, quand tu pourrais obtenir
Que la mort laissât revenir
Celle dont tu pleures l'absence, La voudrais-tu remettre en un siècle effronté
Qui , plein d'une extrême licence, JSe ferait que troubler son extrême bonté ?
Que voyons-nous que des Titans
De bras et de jambes luttants
Contre les pouvoirs légitimes1 ; Infâmes rejetons de ces audacieux
Qui , dédaignant les petits crimes , four en faire un illustre attaquèrent les cieux?
Quelle horreur de flamme et de fer
N'est éparse , comme en enfer,
Aux plus beaux lieux de cet empire?
Et les moins travaillés des injures du sort
Peuvent-il pas justement dire Qu'un homme dans la tombe est un navire au port ?
Crois-moi , ton deuil a trop duré ,
Tes plaintes ont trop murmuré ;
Chasse l'ennui qui te possède , Sans t'irriter en vain contre une adversité
Que tu sais bien qui n'a remède Autre que d'obéir à la nécessité.
Prends à ton âme le repos Qu'elle s'ôte mal à propos
1 La France était alors troublée par les huguenots. Ces troubles ne s'apaisèrent qu'en IG29, un an après la prise de la I Rochelle. |
Jusqu'à te dégoûter de vivre :
Et , si tu n'as l'amour que chacun a pour soi ,
Aime ton prince , et le délivre Du regret qu'il aura s'il est privé de toi.
Quelque jour, ce jeune lion
Choquera la rébellion ,
En sorte qu'il en sera maître :
Mais quiconque voit clair ne connaît-il pas bien
Que, pour l'empêcher de renaître Il faut que ton labeur accompagne le sien?
La Justice, le glaive en main ,
Est un pouvoir autre qu'humain
Contre les révoltes civiles :
Elle seule fait l'ordre; et les sceptres des rois
N'ont que des pompes inutiles, S'ils ne sont appuyés de la force des lois.