POUR M" LE COMTE DE SOISSONS
Ne délibérons plus, allons droit à la mort; La tristesse m'appelle i à ce dernier effort,
Et l'honneur m'y convie :
Je n'ai que trop gémi. Si parmi tant d'ennuis j'aime encore ma vie. Je suis mon ennemi.
O beaux yeux, beaux objets de gloire et de grandeur, Vives sources de flamme où j'ai pris une ardeur
Qui toute autre surmonte,
Puis-je souffrir assez Pour expier le crime et réparer la honte
De vous avoir laissés ?
Quelqu'un dira pour moi que je fais mon devoir, Et que les volontés d'un absolu pouvoir
Sont de justes contraintes :
Mais à quelle autre loi Doit un parfait amant des respects et des craintes
Qu'à celle de sa foi ?
Quand le ciel offrirait à mes jeunes désirs
1 Malherbe fit ces stances à la prière du comte de Soissons, sur la passion de ce prince pour madame Henriettede France, aujourd'hui reine mère d'Angleterre, qu'on lui Faisait eî>pérer en mariage. (Mén.) — Son père avait déjà vainement recherché la main de Catherine , sœur de Henri IV.
2 Les poètes parlent ainsi d'eux-mêmes en un même lieu, et au singulier et au pluriel. Les exemples en sont si fréquents, que ce serait abuser et de mon loisir, et de celui de mes lecteurs, que d'en rapporter des exemples. (Mé.n.)